En coulisses d’Evguéni Zamiatine traduit du russe par Sophie Benech (Editions Interférences)


Voici un petit traité qui porte très bien son nom et vous mène visiter les coulisses du cerveau de l’écrivain, ou disons d’un écrivain, Evguéni Zamiatine, avec certainement une bonne dose de bon sens ; mais aussi de précautions et de remarques indispensables pour se lancer dans cette aventure fort passionnante. Car quand on écrit, c’est « Comme dans les rêves, il suffit de se dire que l’on est en train de rêver, il suffit d’enclencher sa conscience, pour que le rêve disparaisse. »

Ecrire s’apparente à un acte d’amour, je ne vous apprendrai rien. Et il faut bien des précautions pour ne pas profaner une relation d‘amour. Zamiatine de poursuivre lors d’une conférence retranscrite page 43 « Si je vous promettais sérieusement que je vais vous apprendre à écrire des romans et des nouvelles, ce serait aussi aberrant que si je vous promettais de vous enseigner l’art d’aimer, de tomber amoureux car cela aussi, c’est un art, et pour cela aussi il faut avoir du talent. Ce n’est pas un hasard si j’ai pris cette comparaison : pour un artiste, créer un personnage quel qu’il soit c’est en être amoureux. »  
Ne nous attardons pas sur les nombreuses références au lien affectif qu’entretient l’écrivain avec ses personnages. Ce qui est intéressant, c’est que quand Zamiatine parle de création, il parle de cette lumière qui s’allume quand l’esprit se détache suffisamment  pour que le cerveau ne réponde plus à la conscience, sans pour autant que le cerveau soit endormi. Il est alors guidé par une lumière bleue – jolie métaphore – et poursuit son chemin avec une suite d’associations. Libère ainsi une histoire hors du corps conscient. Naît alors une histoire qui s’anime en dehors du corps conscient. Continuer la lecture de « En coulisses d’Evguéni Zamiatine traduit du russe par Sophie Benech (Editions Interférences) »

Carson McCullers, un coeur de jeune fille de Josyane Savigneau (Editions Stock)

 

Dans cet essai, Josyane Savigneau se lance sur les traces de Carson McCullers, cette étonnante fille, écrivaine précoce, qui a écrit un chef d’œuvre Reflets dans un œil d’or à 24 ans. Les biographies ou autobiographies ne m’intéressent en général pas – je crois l’avoir déjà dit dans ce site – et je préfère lire l’homme à travers l’œuvre que l’inverse. Et ce sont les écueils que je redoute, la surinterprétation, la projection de sa propre sensibilité, de ses propres mécanismes de réflexions que Josyane Savigneau tente d’éviter dans cet essai. L’être humain est souvent enclin à adopter les raisonnements qui ne le mettent pas mal à l’aise ; et Carson McCullers est certainement une écrivaine qui a beaucoup dérangé, d’abord parce qu’elle a eu du succès très tôt. Continuer la lecture de « Carson McCullers, un coeur de jeune fille de Josyane Savigneau (Editions Stock) »

Dieu, les mathématiques, la folie de Fouad Laroui (Editions Robert Laffont)

Dans l’imaginaire collectif, il y a cette croyance que les mathématiques pures sont la discipline qui se rapproche le plus de l’Être. Quand un mathématicien voit pour la première fois une démonstration, cela lui donne le sentiment de soulever un nouveau pan de vérité absolue et universelle, de s’approcher de Dieu.

Il porte en lui en quelque sorte la parole de Dieu.

Les mathématiques décrivent des vérités qui existent indépendamment du monde matériel, ce qui en fait une discipline à part. Fouad Laroui, dans cet essai, nous rappelle que c’est la secte religieuse des pythagoriciens qui appela ses initiés « mathématiciens », c’est-à-dire ceux qui détiennent le savoir. Continuer la lecture de « Dieu, les mathématiques, la folie de Fouad Laroui (Editions Robert Laffont) »

De l’ardeur de Justine Augier (Editions Actes Sud)

Comme moi, vous achèterez peut-être ce livre et vous le laisserez traîner pendant quelques jours sur une table. Puis vous en achèterez d’autres plus légers que vous déposerez dessus. Puis vous vous direz « Je vais attendre d’avoir un moral d’acier avant de l’aborder ». Et enfin, vous trouverez un subterfuge pour l’entamer. Pour moi, le subterfuge a consisté à commencer la lecture pendant que mes enfants jouaient calmement à côté alors que d’habitude je préfère lire seule. Continuer la lecture de « De l’ardeur de Justine Augier (Editions Actes Sud) »