La poêle du monde


Comme chaque jour depuis des millénaires, le soleil a disparu. Il a disparu à la vitesse d’une noix de beurre qui fond sur la poêle du monde. Un embrasement inversé comme une fissure au cœur du monde. Millions de têtes chaudes qui se pressent autour d’un repas, un fastueux repas de roi de Namibie, une poignée de riz dans une eau bouillante d’où émergent et disparaissent des tronçons de tiges creuses. 
 
Au parc national d’Etosha, une lionne se dirige lentement vers sa tanière, avec les pattes d’un bébé zèbre qui s’agitent dans sa gueule. 

Mais ici aucune de ces images ne survit. Ici les oiseaux dirigent le monde ; ils chantent le monde, écartent d’un coup d’aile le ciel qui n’est pas ciel, fendent d’un coup de bec un diaphane rideau de pluie, taisent les coups de gronde, aplatissent la terre où la douleur du monde est tapie entre chaque grain.

Une fois les oiseaux apaisés, une fois leur vaste tâche accomplie, un drap bleu couvre la surface de la mer. Ça et là des plis aux reflets moirés comme une paix qui se gondole.

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Main

Maints gestes que j’épie,
Mais de quelle main êtes-vous vieux ? 

Main douce énonce un son,
un son fuyant et crispant comme une attente contrariée
.

Main frileuse et main mobile se rencontrent, 
et l’étincelle redoutée épanche la braise.

Mais de quel âge est cette main ?

La plus traitre,
la plus agile,
somptueuse agape que nul n’impose.
 

Et c’est tant mieux, car j’ai la main qui déborde,
tant et tant que je dois la vêtir.

Les yeux railleurs, la bouche fumeuse, pour attiédir le bavardage de mes mains,
mains qui volent comme une éclipse de lune,

comme un pouce sur une peau de prune.

Caresse

Au milieu de cette bataille, il y a toujours un retour à l’étreinte.
A l’origine, il y avait cette caresse. Les yeux dans les yeux. La seule caresse.

L’unique.

Juste après l’éclosion.

La peau visqueuse, le sang, blanc. Rien, rien qui n’entacherait cette caresse. La plus pure. Les yeux vitreux, un regard de cheval.
Le regard animal.

A l’origine il y avait cette caresse.
 

La première caresse.

Quelle mère a oublié cette caresse ?
Il n’y a pas d’avant. Enfin si, il y a la divagation de la main qui reprend toutes les caresses, depuis la caresse des cavernes.
Quelle main a oublié cette caresse ?

Il y a la paume qui a parcouru tous les corps depuis le corps des cavernes.
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