La faute A l’art

Au plus près le fauteuil de velours. A notre gauche, la table vêtue de son frôlement des jours heureux que les convives rejoignaient : la lumière y coulait à la verticale, renforçait les plis qui se saisissaient de nos genoux tendus.  Et derrière le fauteuil au dos très large et aux oreilles repliées, le long du mur peint d’un rouleau de calme et de vigueur, les multiples carreaux des trois fenêtres qui escaladent la paroi en allongeant nos ombres violettes.

Le chuchotement du voisin, une fois installé, une fois en cercle autour de la table ; le chuchotement du voisin venait de votre droite. Le convive avait tant attendu son tour, qu’il appliquait la règle de bonne conduite dictée par le Maître des lieux avec une minutie concentrée : il n’était pas simple de ne jamais parler au convive de gauche. Mais enfin, la peur d’une éviction avant la fin du repas, avant la gorgée qui fait trembler le corps, le maintenait avec le visage tourné du bon côté. La crainte de quitter sans avoir vu le fauteuil, l’unique, dans l’exact barycentre, le fauteuil au dos large, se couvrir de cette explosion tant recherchée, de ce bleu matinal subverti en jaune couchant d’une nuit d’été, le maintenait dans l’exacte position de l’immémorial réflexe de survie – le Maître des lieux était strict et son emprise irréversible.

Le Maître des lieux apparaissait en général avant la fin du repas, vêtu de sa cape longue et noire, de sa coiffe pyramidale. Il traversait la pièce avec une telle langueur, une telle lourdeur opaque – assurance qui inspirait la crainte – qu’il franchissait le cercle du fauteuil, l’absorbait sous sa cape, le faisait disparaître ; et les convives, tous paniqués, en oubliaient presque la règle. On les voyait d’un coup se rabattre sur leur assiette, pencher leur visage sur une montagne à peine entamée, alors qu’ils avaient déjà enfoncé leur fourchette, encore et encore ; on les voyait courber leurs pensées dans le bol prévu à cet effet, on les entendait bruissant de peine et de raideur, presque sur le point d’agoniser.

Le Maître des lieux se retirait.

La salle se remplissait d’une froide lumière, puis le fauteuil réapparaissait. Seul. Dans un bleu encore plus pâle que leur visage. Comme par miracle, apparaissait un instrument enfoncé au fond de leur poche ; pas un scalpel qui aurait pu abîmer, mais plutôt, un instrument de mesure, une arbalète, un stéréoscope, voire un anneau saturnien pour les plus poétiques et lunatiques, pour ceux qui savent planter leurs yeux dans un lointain pays d’étoiles et n’en revenir qu’une fois que l’anneau en cercle, brillant, sans cesse tournant autour de leur corps, les entraîne dans une danse aux mille torsions graciles.  

Avait-on déjà vu pareille cérémonie dans des temps anciens ? La question n’avait pas été soulevée puisque ces gens-là ne pensaient pas en époque, ni en période révolue. Ni en futur asphyxiant. Ces convives savaient que depuis toujours le fauteuil au dos large avait rempli ce salon, qu’avant sûrement, il avait été de paille et de lianes ; qu’un jour, il avait reçu une tige depuis un champs, espèce croisée entre un blé ancien et une espèce du temps présent. Qu’une bouture avait germé. Qu’une partie de ciel jetée sur un traversin soudain traversé de larmes et de misère avait tissé un dos. Que depuis le fond d’un puits de teinture aux fleurs macérées, le velours avait traversé une plaine pour les y retrouver. Que le dos avait reçu le velours, puis les deux oreilles tournées vers l’intérieur. Et que la lumière verticale toujours fulminante de vigueur enverrait le Maître des lieux évincer les maîtres du monde, éradiquer les guerres, abattre les tyrans sans cesse reproduits par le bruit et la fureur, sauver les femmes et les hommes, soumis bien malgré eux, dans une contrée dirigée bien malgré eux, par la terreur bien malgré eux, l’avidité, la cupidité.

« Un trône est un trône », scande la terre en chœur.

Le trône est à tout le monde, assène le Maître des lieux. Les multiples carreaux des trois fenêtres toujours escaladent la paroi et allongent leurs ombres violettes.  Le convive, toujours tourné vers la droite, toujours sous la lumière verticale à toute heure, chuchote la parole civilisée. Maintenant, leurs yeux rivés sur le fauteuil, les convives voient. Ils ont soumis leur appétit bien aiguillé à leur assiette. Ils ont le goût du bon vin ; ils le touchent en dardant leur langue pointue, le font tourner dans leur palais, s’adressent à leur voisin, lèvent leurs verres. Les font tinter d’un coup sec, le bruit en cercle s’élève et retombe étincelant sur la table enluminée. Le fauteuil se pare de sa couleur de l’été ; les saisons ne sont pas l’infini passage du temps, elles ont un cycle qui n’échappe au cœur qu’au cœur de l’hiver. Le Maître des lieux a traversé le mur, laissant la petite lampe à gauche de la pièce cerclée d’images encadrées, la grande table devant s’est vidée depuis que le tintement circulaire résonne de toute part ; les convives suivants attendent à l’entrée. Sauront-ils appliquer la règle ? Sauront-ils convoquer le Maître des lieux ? Sont-ils envoyés par les noceurs de l’avidité ? Sèment-ils le bruit tant redouté ? 

Ils œuvrent pour le bien de tous.

« Le Bien nommé n’a pas la vie longue. »

Rita dR

Texte écrit en souvenir d’une journée portes ouvertes à l’ Académie de la Grande Chaumière le 13 novembre 2021.

Ma maison

Ma maison je la voudrais sans loi, les volets
De guingois, habillée de pierres rouges, poreuse
Et verdie par les herbes hautes d’une prairie habitée.

Ma maison, les hirondelles la tissent, rassemblent
Les tuiles de ciel dans une infinie ronde ; hystériques,
Sèment leurs cris – Victoire ! Victoire ! – écartent les voix.

Ma maison, ce sont les fenêtres sans vitres qui l’assiègent
Le soleil comme la nuit ; ma table au centre et ses veillées à peau
Frileuse comme ses conquêtes soyeuses rabattent ses volets percés.

Vie du poème de Pierre Vinclair (Editions Labor & Fides)

Il y a quelque chose d’extrêmement touchant dans la manière qu’a le poète Pierre Vinclair d’aborder la fabrique du poème. Il y a chez lui cette conscience de la détermination réciproque de l’effort tendu – du don – et de sa réception.

Dans cet essai, Pierre Vinclair analyse rétrospectivement comment tous ses poèmes se sont formés, comment il a appris à les redresser, pour leur donner une « dignité » dans un effort tendu vers un lecteur donné. Après une période où il a dressé les axes d’un projet pour une résidence de Kyoto, il a appris à entrelacer les trajectoires déterministes et le hasard, à inviter les anachronismes dans son histoire, à dégager de sa succession de notes prises sur le vif une sonorité urbaine, dans un marché-crawlé dans les rues des grandes villes où s’activent les travailleurs transparents. Il fait danser ses phrases âpres en s’adressant à ses frères, en racontant une vie mangée par la laideur ; il est sans cesse interrompu dans ses gestes quotidiens par les gestes prosaïques des vies d’ailleurs.

Doté d’une conscience aigüe de l’importance de la réception d’une œuvre, du jeu qui se joue derrière cette réception, Pierre Vinclair n’aime pas flouer son public. Et, chose rare, il saisit pour vous toutes les étapes intermédiaires avant de tirer les fils du nœud final,

avant l’instant où les

« Mots, vers, strophes sonnets filent en dialectique

Le discret et le continu, cousent un rythme :

Une unité retient l’autre en figure, écho

Ouvert, puis clos à terme sur le mètre échu.

            La prose a besoin d’un volcan pour sa lave

            avance – et le poème est un carillonnage. »

( Sonnet 36 de « Sans adressse» )

Il vous donne ce que peut donner un poète de terrain. « Je dis que le poème est dressé, je pourrais dire redressé ― au même sens où on dit à quelqu’un d’avachi de se redresser pour la photo : le poème final n’est plus en coulisses comme sa version de carnet. Il pose dans l’espace public, il sait qu’on le regarde, il est sur scène. J’expliquerai dans un prochain chapitre la parenté que je lui trouve avec le rituel. » Et il illustre ce redressement par des exemples concrets, comment il reprend ses vers jetés sur le vif, concentre sa vision, comment « une forme apparaît peu à peu dans ce redressement, et dans cette forme le type de dire qui définit l’existence et la dignité du poème. Une nouvelle expérience prend alors le relais, qui se déploie cette fois dans l’attention, non au réel, mais aux possibilités de la langue. »

Pierre Vinclair raconte les crises qui l’ont fait, les amitiés qui l’ont nourri, les poèmes adressés. Les poètes qui ont jalonné son parcours, en particulier dans son investissement politico-poétique – Claude Pinson qu’il a invité dans la revue Catastrophes, d’où sont nés « La Sauvagerie » et « Agir non agir » parus l’an passé.  Un passage traçant un rapide tour d’horizon du courant moderniste nous rappelle judicieusement que toutes les écoles de cette riche période, malgré les batailles de prises de pouvoir, nous ont légué un héritage qui  « consiste essentiellement en un point, qui empêche de le restreindre à un courant, à savoir : le refus de faire du poème une activité séparée de la vie, qui consisterait, comme de la broderie, à orner par un recours à une rhétorique traditionnelle élaborée (avec ses rimes, ses strophes, etc.) des discours idéalistes ou édifiants. Mis à l’endroit, cette définition négative devient : le modernisme est une tentative de rendre compte de la vie par l’exploration formelle. »

La langue de Pierre Vinclair s’est nourrie entre la médiathèque de Nantes au rayon poésie qu’il a souvent fréquenté, la scansion rapide de lignes de rap écrites pendant son adolescence, la rigueur de sa formation scientifique (sans cesse une recherche de consistance, d’unicité, de définition d’une base de projection), sa formation philosophique, sa lecture assidue des objectivistes américains, son travail de thèse à travers l’œuvre de William Carlos Williams, Paterson, ses traductions du Chinois, du Japonais et de l’Anglais (lire à ce propos les très belles traductions de John Donne qu’il a récemment postées sur Catastrophes).

A l’heure où la parole se fait flot, ce livre est une belle invention. Parce que les fabriques à illusions prolifèrent. Pour illuminer une opacité entretenue, faire briller un déclaré Grand Ecrivain de quelques pages supplémentaires à la Sainte Beuve (grand-père, père, mère, la vie dure, voyez comme j’ai souffert… ) qui viendront compléter les photos des carnets étalés. Les traits tirés. Renforcer les postures. Il y a un vrai renversement de valeurs dans cet essai : Pierre Vinclair choisit d’installer la pérennité du geste poétique, le distribue à qui veut s’en saisir, relance la machine du poème. Tout est élan.

Je finirai par cette citation de mon cru : « Aujourd’hui, était dissipée l’obscurité qui divise les sexes et qui abrite, bien dissimulées, d’innombrables impuretés et, si ce que dit le poète de la vérité  et de la beauté est vrai, la tendresse d’Orlando gagna en beauté ce qu’elle perdit en mensonge. » Virginia Woolf (traduction de Catherine P-Musard)

PS : On pourra compléter la lecture de « Vie du poème » par l’indispensable « Sans adresse », très beau recueil de sonnets qui revisite l’intime, s’accroche au monde à travers les tours de Shangaï, brise son propre élan par un sarcasme, avec un goût prononcé pour le Conceit, (a comparaison becomes a conceit when we are made to concede likeness while being strongly conscious of unlikeness, définition du Conceit par Margaret Llasera).

La scoliose de la sole

Elle s’est dit que quatre filets de sole sont faciles à détacher. D’un geste vif, elle les a séparés, puis a installé l’arête nue et nettoyée au milieu de la terre glaise. L’assiette avait un aspect brut et sophistiqué. La glaise a séché un après-midi entier ; elle l’a enduite d’une eau argileuse puis l’a enfournée chez le voisin, celui qui possède un vélo à remorque bricolé avec un grand cageot rose. Quand il la lui a rapportée avec les autres assiettes cuites, elle n’a pas tout de suite reconnu sa forme, a pensé que la cuisson avait transformé son œuvre. Puis elle a tracé le contour de son poisson : du jaune qui s’élargit le long du flanc et du noir pour clôturer d’un trait la courbure opposée, deux ronds de yeux bleus. Mais l’assiette avait un aspect suspect, l’arête avait comme une encoche, un déplacement au niveau d’une vertèbre pas visible à l’œil nu. Quand on passait la main, une légère scoliose agrippait la peau du pouce. Une fois l’assiette posée loin des yeux, une fois le contour de la sole tracé, elle l’a observée un moment, se demandant ce qui pourrait bien redresser son arête. Et un jour, elle a patiemment tracé un bord orangé ajouré de points mauves tout autour de la sole. A lui seul, ce bord avait l’éclat des surprises et des prudences dévoyées.

L’assiette a trôné au milieu de la table des années. Toujours au centre. Elle avait un contour un peu gondolé, qui lui donnait un aspect brut, d’une beauté allégée des standards de l’époque, pas de forme tout à fait irrégulière ni tout à fait ronde. Le bleu des yeux disparaissait sous les fruits empilés. Le noir et le jaune des flancs teintaient d’une humeur particulière les derniers fruits mûrs comme pour dire l’urgence de consommer. Une fois l’assiette vidée, on la passait sous l’eau, un coup de savon léger, on avait peur de l’abîmer. Et alors ressortait toujours ce bord orangé ajouré de points mauves. Toujours ce bord ajouré qui une fois déchargé du monticule de fruits conférait à l’assiette son trait de caractère vif et enflammé. Le jaune du flanc aqueux comme un citron cueilli dans une région chaude, une fois passé à l’eau, une fois l’assiette vidée de son poids, soulignait alors la belle arête bombée et sa scoliose invisible à l’œil nu.

L’assiette a longtemps alimenté les conversations. L’arête avait certainement enflammé les esprits, endiablé les imaginations galopantes, inquiété les plus aguerris : quelle colonne vertébrale pouvait rester droite, capturée dans la profondeur d’une glaise brute ?

Une fois qu’elle changeait de foyer, l’assiette retrouvait toujours sa place centrale. Elle avait fait le tour de la terre, toujours emballée dans du papier de soie, jamais confiée à un déménageur. Elle s’est nichée sur l’étagère d’un buffet exigu et coloré dans une région féroce espagnole, a recueilli des rayons saphirs saccadés par le galop d’un élevage à Rosario de Perija, s’est transformée en lune argentée dans la clarté des nuits norvégiennes, a résisté à l’énorme explosion de l’usine de cuivre FDV près de Brazzaville.

Quand l’assiette est revenue sur son assise, ou plutôt au milieu de sa table longue où l’artiste avait jeté ses premières couleurs, la collection d’assiettes à poissons était haute, mais seule celle-ci avait un éclat particulier. L’éclat de l’œil qui ne cherche pas à plaire. De l’œil vierge. De l’œil qui voit. A chaque peine, à chaque creux, chaque remontée fastidieuse à l’âge adulte, quand l’enthousiasme l’abandonnait, à chaque fois que le désir s’affolait et se prenait les jambes dans une étoffe de paillettes sous une lumière pâle, la fille observait l’assiette, passait son pouce pour sentir l’arête. Pour sentir l’encoche, douce et inquiétante. Vibrante, la scoliose sous le pouce élargissait son souffle comme une soie sous le vent. Figée dans son cercle de lumière, la sole avait l’éclat du regard frais. L’artiste éprouvait alors une vague impression de résister, d’affranchir sa colonne de sa droiture et de son maintien artificiel, de son conformisme réducteur.

La fille parlait à l’assiette. De ses deux yeux et mains elle l’agrippait. A chaque fois que le désir s’érodait. Les yeux dans les yeux, ces ronds parfaitement expressifs d’un bleu vindicatif et exigeant. Elle affrontait l’encoche. En face, très près du nez. La sole nette fidèle à l’innocence du premier jet faisait tourbillonner son regard. La face droite de la sole enfonçait ses deux ronds bleus dans les yeux de l’artiste et l’artiste répondait. Elle la sommait de poser sa face gauche bien à plat comme toute sole qui se respecte au fond de l’eau jusqu’à toucher le fond sablonneux. Elle posait son pouce sur l’assiette, goûtait la scoliose qui la nourrissait. Prendre la pente à droite, puis à gauche. Sentir sa déformation, sous le pouce le plus habile, tourner autant de fois que possible aussi loin et près du bord orangé ajouré de points mauves.

Texte écrit en souvenir d’une sole sans scoliose (et délicieuse) découverte par J. M. cet été.

Ce que je ne veux pas savoir de Deborah Levy traduit de l’anglais par Céline Leroy (Editions du sous-sol)

 
A tous ceux qui fustigent les autobiographies (j’en fais partie, autant l’avouer), ce petit livre, tout petit, minuscule, aussi fin qu’un clou, est fait pour vous. Il a le pouvoir de s’insinuer à coup de burin dans la conscience pour se poser la question, la seule qui vaille : combien de temps vais-je contourner « ce que je ne veux pas savoir » ?
 
Cette confession étant faite, retournons au projet défendu par Deborah Levy, poétesse, écrivaine et dramaturge anglaise née en Afrique du Sud, qui dans une conférence a déclaré . “I want to create something vulnerable and real,” Ce livre est la première brique de ce projet. Continuer la lecture de « Ce que je ne veux pas savoir de Deborah Levy traduit de l’anglais par Céline Leroy (Editions du sous-sol) »

Impossible de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard)

 
 
 

Il y a un côté très rassurant à s’embarquer dans un livre où est inscrit dès le départ « Vous décidez des sujets, mais moi je décide si j’ai envie de livrer ou non un souvenir. » On sait dès la première page que l’on va assister à une démonstration empirique. Et on jubile parce que l’on sait que la montagne qu’Erri de Luca s’apprête à gravir lui est très familière. Qu’il est tout autant capable de faire tomber ses propres résistances pour explorer sa vérité intérieure que résister aux assauts extérieurs et la sauvegarder. On sait qu’il a le pouvoir de résister à l’ennemi.

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Atelier d’écriture avec Monet, Virginia Woolf et l’œil de la poule

 
  • Deux fois, l’envie tenace de m’y promener, et deux fois j’ai dû rebrousser chemin. Trop de jambes qui se pressent, un attroupement inimaginable, l’enivrement espéré avorté devant cette masse d’yeux impassibles qui ne voient rien puisqu’il est impossible de voir dans ces conditions, un manche extensible à la main, l’un derrière l’autre, chacun cochant la case « vu ». 
 
Si je vais au jardin Monet, il faut que ce soit comme quand je lis un livre : je ne dois pas en ressortir indemne ni ornée d’une guirlande factice. 
 

Montedidio de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard)

 

« La journée est une bouchée ». La voici donc la bouchée dont j’avais besoin ces jours-ci. Posée au sommet de ma tour italienne, ce « Montedidio » attendait que ma soif d’ascension se déclare. Une envie d’ailleurs, un voyage à Montecatini dans une pension que j’aime beaucoup annulé, un besoin de lumière crue et de sauvagerie. Le souffle du grand placard de livres de quatre-vingt centimètres de profondeur où je déplace les montagnes selon la météo (une photo pour illustrer peut-être un jour) a frappé les flancs du Montedidio, et je l’ai lu en un jour Continuer la lecture de « Montedidio de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard) »