Un printemps bas

C’était un été sûr
Où l’on regardait
La place muette derrière les persiennes closes
Poubelles et reste de côtes
Pastèques vivantes aux yeux pépin
La nuit sans lune suçait
Les yeux des lampadaires
Et les voitures écrasées
Répétaient toujours le même discours

On observait devant chaque
Vitrine éclairée
La chaussée enluminée
Projeter
Un horizon vague
Et l’œil plissé
Trait de lumière emmurée
La vue sans fuir et la vue sans faire
Répétaient toujours le même discours

Depuis le printemps bas
L’on voyait crépiter
Le monde muet comme un avion
Souterrain
Fore et voit sa terre remuer
Une mousse d’argile
Que le soleil creuse
Et les bêtes sans bruit
Répètent soudain le seul discours

Rita dR — Printemps Quatre-Temps 2020

Tierce mineure

Délicate, vive, prudente. Un temps qu’elle n’a joué à ce jeu, trois qualificatifs pour une main sont à peine suffisants. Bien assez pour connaître une personne. L’exercice a été difficile, trop d’ellipses. Et puis son regard la trahirait, la situation devenait ambigüe, alors elle s’est concentrée sur sa bouche, ses yeux.

Non ses mains, retournons aux mains : délicates, vives, prudentes. Elles finiront par déborder. Pour l’instant tout est très calme, le débit est lent, la parole est neutre. Elle les scrute – discrètement bien sûr. Prudentes mais élégantes, les deux mains joliment galbées, des doigts arrondis, un index se soulève, n’indique rien de particulier. Se stabilise par à coups comme une aiguille de boussole Continuer la lecture de « Tierce mineure »

La poêle du monde


Comme chaque jour depuis des millénaires, le soleil a disparu. Il a disparu à la vitesse d’une noix de beurre qui fond sur la poêle du monde. Un embrasement inversé comme une fissure au cœur du monde. Millions de têtes chaudes qui se pressent autour d’un repas, un fastueux repas de roi de Namibie, une poignée de riz dans une eau bouillante d’où émergent et disparaissent des tronçons de tiges creuses. 
 
Au parc national d’Etosha, une lionne se dirige lentement vers sa tanière, avec les pattes d’un bébé zèbre qui s’agitent dans sa gueule. 

Mais ici aucune de ces images ne survit. Ici les oiseaux dirigent le monde ; ils chantent le monde, écartent d’un coup d’aile le ciel qui n’est pas ciel, fendent d’un coup de bec un diaphane rideau de pluie, taisent les coups de gronde, aplatissent la terre où la douleur du monde est tapie entre chaque grain.

Une fois les oiseaux apaisés, une fois leur vaste tâche accomplie, un drap bleu couvre la surface de la mer. Ça et là des plis aux reflets moirés comme une paix qui se gondole.

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