{"id":950,"date":"2021-09-17T15:07:03","date_gmt":"2021-09-17T13:07:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=950"},"modified":"2022-06-06T17:47:26","modified_gmt":"2022-06-06T15:47:26","slug":"vie-du-poeme-de-pierre-vinclair-editions-labor-fides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=950","title":{"rendered":"Vie du po\u00e8me de Pierre Vinclair (Editions Labor &#038; Fides)"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a quelque chose d\u2019extr\u00eamement touchant dans la mani\u00e8re qu\u2019a le po\u00e8te Pierre Vinclair d\u2019aborder la fabrique du po\u00e8me. Il y a chez lui cette conscience de la d\u00e9termination r\u00e9ciproque de l\u2019effort tendu \u2013 du don \u2013 et de sa r\u00e9ception. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet essai, Pierre Vinclair analyse r\u00e9trospectivement comment tous ses po\u00e8mes se sont form\u00e9s, comment il a appris \u00e0 les redresser, pour leur donner une \u00ab\u00a0dignit\u00e9\u00a0\u00bb dans un effort tendu vers un lecteur donn\u00e9. Apr\u00e8s une p\u00e9riode o\u00f9 il a dress\u00e9 les axes d\u2019un projet pour une r\u00e9sidence de Kyoto, il a appris \u00e0 entrelacer les trajectoires d\u00e9terministes et le hasard, \u00e0 inviter les anachronismes dans son histoire, \u00e0 d\u00e9gager de sa succession de notes prises sur le vif une sonorit\u00e9 urbaine, dans un march\u00e9-crawl\u00e9 dans les rues des grandes villes o\u00f9 s\u2019activent les travailleurs transparents. Il fait danser ses phrases \u00e2pres en s\u2019adressant \u00e0 ses fr\u00e8res, en racontant une vie mang\u00e9e par la laideur ; il est sans cesse interrompu dans ses gestes quotidiens par les gestes prosa\u00efques des vies d\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dot\u00e9 d\u2019une conscience aig\u00fce de l\u2019importance de la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre, du jeu qui se joue derri\u00e8re cette r\u00e9ception, Pierre Vinclair n\u2019aime pas flouer son public. Et, chose rare, il saisit pour vous toutes les \u00e9tapes interm\u00e9diaires avant de tirer les fils du n\u0153ud final, <\/p>\n\n\n\n<p>avant l&rsquo;instant o\u00f9 les<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mots, vers, strophes sonnets filent en dialectique<\/p>\n\n\n\n<p>Le discret et le continu, cousent un rythme&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Une unit\u00e9 retient l\u2019autre en figure, \u00e9cho<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvert, puis clos \u00e0 terme sur le m\u00e8tre \u00e9chu.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La prose a besoin d\u2019un volcan pour sa lave<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; avance \u2013 et le po\u00e8me est un carillonnage.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>( Sonnet 36 de <strong>\u00ab<\/strong><em><a href=\"http:\/\/www.lurlure.net\/sans-adresse\" data-type=\"URL\" data-id=\"http:\/\/www.lurlure.net\/sans-adresse\"> Sans adressse<\/a><\/em><strong>\u00bb<\/strong> )<\/p>\n\n\n\n<p>Il vous donne ce que peut donner un po\u00e8te de terrain.<strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;Je dis que le po\u00e8me est dress\u00e9, je pourrais dire <em>redress\u00e9 <\/em>\u2015 au m\u00eame sens o\u00f9 on dit \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019avachi de se redresser pour la photo&nbsp;: le po\u00e8me final n\u2019est plus en coulisses comme sa version de carnet. Il pose dans l\u2019espace public, il sait qu\u2019on le regarde, il est sur sc\u00e8ne. J\u2019expliquerai dans un prochain chapitre la parent\u00e9 que je lui trouve avec le rituel.&nbsp;\u00bb <\/strong>Et il illustre ce redressement par des exemples concrets, comment il reprend ses vers jet\u00e9s sur le vif, concentre sa vision, comment <strong>\u00ab&nbsp;une forme appara\u00eet peu \u00e0 peu dans ce redressement, et dans cette forme le type de <em>dire<\/em> qui d\u00e9finit l\u2019existence et la dignit\u00e9 du po\u00e8me. Une nouvelle exp\u00e9rience prend alors le relais, qui se d\u00e9ploie cette fois dans l\u2019attention, non au r\u00e9el, mais aux possibilit\u00e9s de la langue.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pierre Vinclair raconte les crises qui l\u2019ont fait, les amiti\u00e9s qui l\u2019ont nourri, les po\u00e8mes adress\u00e9s. Les po\u00e8tes qui ont jalonn\u00e9 son parcours, en particulier dans son investissement politico-po\u00e9tique \u2013 Claude Pinson qu\u2019il a invit\u00e9 dans la revue <a href=\"https:\/\/revuecatastrophes.wordpress.com\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/revuecatastrophes.wordpress.com\/\">Catastrophes<\/a>, d\u2019o\u00f9 sont n\u00e9s \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.jose-corti.fr\/titres\/la-sauvagerie.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.jose-corti.fr\/titres\/la-sauvagerie.html\">La Sauvagerie<\/a>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=120\" data-type=\"post\" data-id=\"120\">Agir non agir<\/a>&nbsp;\u00bb parus l\u2019an pass\u00e9. &nbsp;Un passage tra\u00e7ant un rapide tour d\u2019horizon du courant moderniste nous rappelle judicieusement que toutes les \u00e9coles de cette riche p\u00e9riode, malgr\u00e9 les batailles de prises de pouvoir, nous ont l\u00e9gu\u00e9 un h\u00e9ritage qui &nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;consiste essentiellement en un point, qui emp\u00eache de le restreindre \u00e0 un courant, \u00e0 savoir : le refus de faire du po\u00e8me une activit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de la vie, qui consisterait, comme de la broderie, \u00e0 orner par un recours \u00e0 une rh\u00e9torique traditionnelle \u00e9labor\u00e9e (avec ses rimes, ses strophes, etc.) des discours id\u00e9alistes ou \u00e9difiants. Mis \u00e0 l\u2019endroit, cette d\u00e9finition n\u00e9gative devient&nbsp;: le modernisme est une tentative de rendre compte de la vie <em>par l\u2019exploration formelle<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La langue de Pierre Vinclair s\u2019est nourrie entre la m\u00e9diath\u00e8que de Nantes au rayon po\u00e9sie qu\u2019il a souvent fr\u00e9quent\u00e9, la scansion rapide de lignes de rap \u00e9crites pendant son adolescence, la rigueur de sa formation scientifique (sans cesse une recherche de consistance, d\u2019unicit\u00e9, de d\u00e9finition d\u2019une base de projection), sa formation philosophique, sa lecture assidue des objectivistes am\u00e9ricains, son travail de th\u00e8se \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de William Carlos Williams, <em>Paterson<\/em>, ses traductions du Chinois, du Japonais et de l\u2019Anglais (lire \u00e0 ce propos les tr\u00e8s belles traductions de John Donne qu\u2019il a r\u00e9cemment post\u00e9es sur Catastrophes).<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 la parole se fait flot, ce livre est une belle invention. Parce que les fabriques \u00e0 illusions prolif\u00e8rent. Pour illuminer une opacit\u00e9 entretenue, faire briller un d\u00e9clar\u00e9 Grand Ecrivain de quelques pages suppl\u00e9mentaires \u00e0 la Sainte Beuve (grand-p\u00e8re, p\u00e8re, m\u00e8re, la vie dure, voyez comme j\u2019ai souffert\u2026 ) qui viendront compl\u00e9ter les photos des carnets \u00e9tal\u00e9s. Les traits tir\u00e9s. Renforcer les postures. Il y a un vrai renversement de valeurs dans cet essai : Pierre Vinclair choisit d&rsquo;installer la p\u00e9rennit\u00e9 du geste po\u00e9tique, le distribue \u00e0 qui veut s\u2019en saisir, relance la machine du po\u00e8me. Tout est \u00e9lan.<\/p>\n\n\n\n<p>Je finirai par cette citation de mon cru : \u00ab&nbsp;Aujourd\u2019hui, \u00e9tait dissip\u00e9e l\u2019obscurit\u00e9 qui divise les sexes et qui abrite, bien dissimul\u00e9es, d\u2019innombrables impuret\u00e9s et, si ce que dit le po\u00e8te de la v\u00e9rit\u00e9&nbsp; et de la beaut\u00e9 est vrai, la tendresse d\u2019Orlando gagna en beaut\u00e9 ce qu\u2019elle perdit en mensonge.&nbsp;\u00bb Virginia Woolf (traduction de Catherine P-Musard) <\/p>\n\n\n\n<p>PS&nbsp;: On pourra compl\u00e9ter la lecture de \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.laboretfides.com\/fr_fr\/index.php\/shop\/vie-du-poeme.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.laboretfides.com\/fr_fr\/index.php\/shop\/vie-du-poeme.html\">Vie du po\u00e8me&nbsp;<\/a>\u00bb par l\u2019indispensable \u00ab<a href=\"http:\/\/www.lurlure.net\/sans-adresse\" data-type=\"URL\" data-id=\"http:\/\/www.lurlure.net\/sans-adresse\">&nbsp;Sans adresse<\/a>&nbsp;\u00bb, tr\u00e8s beau recueil de sonnets qui revisite l\u2019intime, s\u2019accroche au monde \u00e0 travers les tours de Shanga\u00ef, brise son propre \u00e9lan par un sarcasme, avec un go\u00fbt prononc\u00e9 pour le<em> Conceit,<\/em> (<em>a comparaison becomes a conceit when we are made to concede likeness while being strongly conscious of unlikeness<\/em>, d\u00e9finition du <em>Conceit<\/em> par Margaret Llasera).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelque chose d\u2019extr\u00eamement touchant dans la mani\u00e8re qu\u2019a le po\u00e8te Pierre Vinclair d\u2019aborder la fabrique du po\u00e8me. 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