{"id":93,"date":"2020-01-26T16:27:00","date_gmt":"2020-01-26T15:27:00","guid":{"rendered":""},"modified":"2021-10-15T20:24:15","modified_gmt":"2021-10-15T18:24:15","slug":"le-train-zero-de-iouri-bouida-traduit-du-russe-par-sophie-benech-collection-limaginaire-chez-gallimard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=93","title":{"rendered":"Le train z\u00e9ro de Iouri Bou\u00efda traduit du russe par Sophie Benech (Collection l&rsquo;imaginaire chez Gallimard)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-2j8UaFnkuAE\/Xi2ulpxoLBI\/AAAAAAAAF8E\/rYrvNFuD7aYVg8foM4A6gZw6YvE7qwd5gCLcBGAsYHQ\/s1600\/trainzero-2.png\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-2j8UaFnkuAE\/Xi2ulpxoLBI\/AAAAAAAAF8E\/rYrvNFuD7aYVg8foM4A6gZw6YvE7qwd5gCLcBGAsYHQ\/s1600\/trainzero-2.png\" border=\"0\" data-original-height=\"306\" data-original-width=\"200\" \/><\/a><\/div>\n<div data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">\n<div class=\"separator\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><span style=\"font-family: georgia;\">De grands \u00e9crivains \u00e9crivent pour ne pas devenir fous, partons de ce postulat. Certains se d\u00e9multiplient. Quelques-uns sanctifient un point d\u2019orgue, s\u2019installent sur un minuscule point saillant et s\u2019immobilisent le corps tremblant. De rares courageux secouent le diable par la queue et envoient leur double fictif vers le suicide.\u00a0<\/span><\/div>\n<div data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><span style=\"font-family: georgia;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><br \/>\nIouri Bou\u00efda pr\u00e9cipite un train dans un bruit de ferraille : le train Z\u00e9ro.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>Sans oublier de vivre.\u00a0<b>\u00ab De toute fa\u00e7on, il fallait bien vivre. Planter les pommes de terre. Pr\u00e9parer le foin. S\u00e9cher les champignons. Egorger le cochon\u2026 Pas le temps d\u2019\u00eatre fatigu\u00e9. Pas le temps de penser non plus, d\u2019ailleurs. Les pens\u00e9es, \u00e7a fatigue plus que la masse. \u00c7a br\u00fble les forces. \u00bb\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Sans oublier les traverses.\u00a0<b>\u00ab Les meilleurs traverses sont en ch\u00eane ou en pin, mais on peut utiliser le m\u00e9l\u00e8ze ou le sapin. Faut savoir \u00e7a sur le bout du doigt. C\u2019est \u00e7a, la connaissance, la force, autrement dit le pain, la nourriture, la vie. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Et la vie, les femmes. Fira,<!--more--><b>\u00a0\u00ab une bonne femme ou un r\u00eave \u00bb \u00ab Il connaissait son odeur. Toutes les nuances de cette odeur. Et m\u00eame le go\u00fbt des mamelons durcis. Cette courbure du bras, il l\u2019avait trouv\u00e9e autrefois chez Rosa, et ces l\u00e8vres ouvertes, abandonn\u00e9es\u2026 \u00bb<\/b>\u00a0Fira dont le corps transparent avait un\u00a0<b>\u00ab c\u0153ur qui palpitait comme un oiseau, de l\u2019\u00e9cume ajour\u00e9e de ses poumons et de son foie brumeux, de la clochette argent\u00e9e de sa vessie et de ses os d\u00e9licats et bleut\u00e9s dans la compote rose et translucide de sa chair\u2026 \u00bb<\/b>\u00a0Emport\u00e9e\u00a0<i>l\u00e0-bas<\/i>\u00a0dans le train Z\u00e9ro par des hommes, Fira reviendra<b>\u00a0\u00ab toute vo\u00fbt\u00e9e, avec un fichu de vielle femme \u00bb<\/b>.<br \/>\n<b><br \/>\n\u00ab Les juifs s\u2019en vont toujours, il n\u2019y a que les idiots comme nous pour rester \u00bb<\/b>. De cette sc\u00e8ne inaugurale n\u00e9e une furieuse oppression qui fonce \u00e0 la vitesse d\u2019un train. Et il n&rsquo;y a qu&rsquo;un homme capable de conduire ce hurlement m\u00e9tallique, c\u2019est Iouri Bou\u00efda. D\u00e9part, vision des chemins de fer de l\u2019enfer. Et encore des d\u00e9parts. Le train de la vie, le train Z\u00e9ro va <i>l\u00e0-bas<\/i>, d\u00e9crit une trajectoire sans but ni fin, o\u00f9 l\u2019absurde jouxte le comique, l\u2019espoir insens\u00e9 tue, l\u2019amour sauve. Ce train Z\u00e9ro circule, circule sans fin, passe et repasse par la station Neuf, dans une contr\u00e9e recul\u00e9e au fin fond de la Russie. Le train va vient, passe encore et encore, sans que l\u2019on ne sache o\u00f9 : il part <i>l\u00e0-bas<\/i>. Sans que l\u2019on ne sache pourquoi.<b>\u00a0\u00ab Et s\u2019il n\u2019y a rien l\u00e0-bas, hein ? Juste une plaine nue ? Un d\u00e9sert ? \u00bb<\/b>\u00a0Presque tout le monde quitte la station Neuf. Sur fond de bruit de bottes, de juifs qui s\u2019enfuient, de d\u00e9cisions irr\u00e9vocables, le colonel qui finit mal, l\u2019orphelin fils de la patrie, le train fonce, s\u2019\u00e9branle, d\u00e9glingue les rares qui s\u2019en approchent de trop pr\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est camp\u00e9e. Et les interrogations.<\/p>\n<p>Rester ou partir. Pourquoi vivre ?<\/p>\n<p>Pourquoi ?<\/p>\n<p>L\u2019attente. Puisque la vie est espoir.\u00a0<b>\u00ab Tout comme les visages, les mots, les gestes, la ros\u00e9e matinale sur les rails qui, \u00e0 midi, \u00e9tincelaient ainsi que de l\u2019argent br\u00fblant, le cri strident des cigales dans l\u2019herbe r\u00eache qui sentait la cr\u00e9osote, et tout le reste \u2013 tout, absolument tout, n\u2019\u00e9tait que l\u2019ombre de l\u2019attente du train Z\u00e9ro. \u00bb<\/b>\u00a0Et les r\u00eaves bris\u00e9s. Mais ce n\u2019est pas un mirage\u00a0<b>\u00ab une fois par jour, les roues d\u2019un convoi de cent wagons les d\u00e9barrassaient tout de m\u00eame de leur rouille. \u00c7a c\u2019\u00e9tait la meilleure preuve que le train Z\u00e9ro n\u2019\u00e9tait pas un mirage. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Dans l\u2019univers d\u00e9brid\u00e9 de Iouri Bou\u00efda, un univers tr\u00e8s noir empreint de r\u00e9alisme magique, les corps sont organiques, transparents, opaques. Il y a aussi les chiens mangeurs d\u2019homme derri\u00e8re le barbel\u00e9 qui aboient dans les t\u00e9n\u00e8bres. Une cohorte de personnages color\u00e9s qui ont des r\u00eaves insens\u00e9s. Mais il ne faut pas croire que le train Z\u00e9ro peut les transporter quelque part,\u00a0<b>\u00ab il n\u2019y a pas de gens dedans, c\u2019est du bois, des bottes de feutre, des milliers de b\u00fbches, des millions de bottes de feutre. \u00bb<\/b>\u00a0Et puis il y a Aliona rencontr\u00e9e \u00e0 la station cinq qui se fait emmener dans cette contr\u00e9e, \u00e0 la station Neuf. Elle\u00a0<b>\u00ab n\u2019avait pas pu expliquer de fa\u00e7on coh\u00e9rente comment elle \u00e9tait arriv\u00e9e sur la ligne. On l\u2019avait emmen\u00e9e. On lui avait promis du travail, du pain et un logement. Elle \u00e9tait arriv\u00e9e par \u00e9tapes, en passant d\u2019une locomotive \u00e0 l\u2019autre. \u00bb<\/b>\u00a0Aliona, l\u2019infirme avec une jambe plus courte que l\u2019autre qui sans se d\u00e9monter d\u00e9clare sa flamme \u00e0 Ivan. Aliona cherche quelque chose \u2013 sa faille \u2013 sa m\u00e8re dit-elle, se plante devant le train qui passe en trombe, se penche\u00a0<b>\u00ab de plus en plus, comme si elle s\u2019imbibait, s\u2019impr\u00e9gnait des bruits inhumains du train qui fon\u00e7ait \u00bb<\/b>. Il y a Vassia \u00e9galement qui est nomm\u00e9 chef de la station Neuf ; il est emport\u00e9 par le train Z\u00e9ro, va\u00a0<i>l\u00e0-bas<\/i>\u00a0et revient le\u00a0<b>\u00ab visage bouffi et tourment\u00e9 secou\u00e9 de tics. \u00bb<\/b>\u00a0Il d\u00e9cide qu\u2019il va tout \u00e9crire.\u00a0<b>\u00ab Il passait des journ\u00e9es enti\u00e8res enferm\u00e9 dans son cagibi, \u00e0 faire grincer son crayon. Eh bien, qu\u2019il \u00e9crive donc ! \u00bb<\/b><br \/>\n<b><br \/>\n\u00ab Eh bien quoi, les gens ont le droit d\u2019avoir leurs manies. L\u2019important, c\u2019\u00e9tait le train Z\u00e9ro. La vie. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Iouri Bou\u00efda excelle dans l\u2019art de raconter l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 en multipliant les all\u00e9gories. Avec une plume po\u00e9tique, onirique, qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 devenir scabreuse et \u00e0 dire son d\u00e9go\u00fbt, son incompr\u00e9hension, l\u2019auteur r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9voquer dans un cadre imaginaire d\u00e9brid\u00e9 toutes les trag\u00e9dies et absurdit\u00e9s de notre monde avec une plume d\u2019une libert\u00e9 extraordinaire. En s\u2019affranchissant de tout code, il nous conte une odyss\u00e9e fantastique avec un souffle romanesque d\u2019une puissance totalement \u00e9bouriffante.<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s grand livre, un immense auteur. Ce livre est une parabole de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, sous ses aspects les plus violents, le train Z\u00e9ro une all\u00e9gorie de la vie. C\u2019est une lecture exigeante. Rafra\u00eechissante tant l\u2019univers de Iouri Bou\u00efda est vif, fougueux, d\u2019une violence d\u00e9coiffante. Comme toujours avec Iouri Bou\u00efda \u2013 je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit par\u00a0<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blog\/post\/edit\/661786216807919329\/5359149143395738152#\" data-original-attrs=\"{&quot;data-original-href&quot;:&quot;https:\/\/lapagederita.blogspot.com\/2018\/03\/epitre-madame-ma-main-gauche-de-iouri.html&quot;}\">ici<\/a> \u2013, il faut avoir un moral d\u2019acier avant d\u2019aborder un de ses textes. Mais \u00e7a vaut son pesant de noirceur. D\u2019or et de plumes cendr\u00e9es. On en ressort d\u00e9plum\u00e9 mais couvert d\u2019or. Le corps lamin\u00e9 mais fougueux. La douleur du monde, ce bruit int\u00e9rieur qui menace de nous enraciner dans la folie explose et r\u00e9clame de vivre. Cette douleur inextinguible du difficile Vivre, de l\u2019absurde Vivre, travers\u00e9e par le train Z\u00e9ro et son bruit de ferraille qui nous transperce, en ressort tellement essor\u00e9e, tellement \u00e9puis\u00e9e, qu\u2019il ne reste plus qu\u2019\u00e0 vivre. Vivre \u00e0 Mille \u00e0 l\u2019heure.<br \/>\n<span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<div><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">Il y a du Kafka et du Gabriel Garcia Marquez dans l\u2019\u00e9criture de Iouri Bou\u00efda. Il y a du sang et de l\u2019amour. Beaucoup d\u2019amour. C\u2019est un joyeux foutoir o\u00f9 tout est possible sauf comprendre : pourquoi tout \u00e7a ? Pourquoi vivre ? Ecrire, vivre. Il faut bien vivre. Cette t\u00f4le de vie qui d\u00e9raille peut bien cliqueter. Et elle cliqu\u00e8tera. Elle cliqu\u00e8te. M\u00eame quand tout le monde part, le fracas du train Z\u00e9ro continue \u00e0 tourmenter notre c\u0153ur. M\u00eame seul au monde, le c\u0153ur\u00a0<b>\u00ab qui toute une vie, avait accumul\u00e9 une amertume inflammable, explosive. Le train. Ce n\u2019\u00e9tait pas encore fini ? Il cliquetait toujours ? Bon Dieu. Ca alors. \u00bb<\/b><\/span><br \/>\n<span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">Ric-rac.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">\n<div><\/div>\n<div><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">Tchou-ou-ou !<\/span><\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><br \/>\n<\/span><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/div>\n<\/div>\n<div data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><span style=\"font-family: georgia;\"><span data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\"><i>Le train z\u00e9ro ; Iouri Bou\u00efda ; traduction Sophie Benech ; collection l&rsquo;imaginaire Gallimard ; 1998.<\/i><\/span><i><\/i><\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De grands \u00e9crivains \u00e9crivent pour ne pas devenir fous, partons de ce postulat. 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