{"id":80,"date":"2020-07-07T22:49:00","date_gmt":"2020-07-07T20:49:00","guid":{"rendered":""},"modified":"2025-09-18T11:46:30","modified_gmt":"2025-09-18T09:46:30","slug":"atelier-decriture-avec-monet-virginia-woolf-et-loeil-de-la-poule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=80","title":{"rendered":"Atelier d\u2019\u00e9criture avec Monet, Virginia Woolf et l\u2019\u0153il de la poule"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-IsKC4b2IOSc\/XwTmO25ljBI\/AAAAAAAAGMk\/239i35TT6Y0ukZEKRa_QyLZb6cQB8iWRACLcBGAsYHQ\/s1600\/Monet_Woolf_illustration5.png\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Monet_Woolf_illustration5-253x300.png\" width=\"269\" height=\"320\" border=\"0\" data-original-height=\"1588\" data-original-width=\"1337\" \/><\/span><\/a><\/div>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Deux fois, l&rsquo;envie tenace de m&rsquo;y promener, et deux fois j\u2019ai d\u00fb rebrousser chemin. Trop de jambes qui se pressent, un attroupement inimaginable, l\u2019enivrement esp\u00e9r\u00e9 avort\u00e9 devant cette masse d\u2019yeux impassibles qui ne voient rien puisqu\u2019il est impossible de voir dans ces conditions, un manche extensible \u00e0 la main, l\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre, chacun cochant la case \u00ab vu \u00bb.\u00a0<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Si je vais au jardin Monet, il faut que ce soit comme quand je lis un livre : je ne dois pas en ressortir indemne ni orn\u00e9e d\u2019une guirlande factice.\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Et puis un jour,<!--more--> apr\u00e8s une petite grande sortie \u00e0 Montmartre plus d\u00e9sert que de coutume \u2013 pand\u00e9mie oblige\u00a0<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u2013<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">, l\u2019envie de plonger dans les eaux de Monet, une introspection explosive, une envie color\u00e9e comme les images que je vois circuler dont la surface glac\u00e9e \u00e0 l\u2019apparence calme et sereine, les fleurs ouvertes comme une confession \u00e9prouv\u00e9e, la brise peignant les tiges courb\u00e9es dans une prose soutenue, m\u2019ont fait entrevoir ce que j\u2019aime mat\u00e9rialiser, ce que mon \u0153il transmet \u00e0 ma plume quand tout court \u00e0 la bonne allure.\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_salleamanger_refletsmiroir.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_salleamanger_refletsmiroir-227x300.jpg\" width=\"151\" height=\"200\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1211\" \/><\/a><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">J\u2019ai d\u2019abord pens\u00e9 \u00e0 ces images d\u2019eau miroitante. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 ces nuages qui gonflent leurs torses, allongent un bras puis l\u2019autre, et me suis dit que la balade serait introspective. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 ces eaux mouvantes qui bombent leur contour pour saborder l\u2019ardeur de l\u2019optimisme b\u00e9at, pour fortifier l\u2019\u0153il qui dit vrai et me suis dit que le trajet serait constructif. Qu&rsquo;il m\u2019aiderait \u00e0 dessiner les contours quand le stylo incertain soudain se met \u00e0 courir, convaincu qu\u2019il va dans la bonne direction. Il n\u2019y a que cette course d\u2019une sensation vive \u00e0 l\u2019autre qui contourne les obstacles et \u00e9tend la palette des \u00e9motions ; et c\u2019est toute la grandeur, l&rsquo;intelligence, la dext\u00e9rit\u00e9 de ce pinceau que je suis all\u00e9e admirer dans l\u2019espoir d\u2019en tirer un b\u00e9n\u00e9fice. Dans l\u2019espoir de puiser l&rsquo;\u00e9nergie qui fait glisser un mot vers l\u2019autre comme s\u2019\u00e9l\u00e8ve une vague. Ce pinceau qui se brise contre un obstacle et en h\u00e9risse les tranchants, ou s\u2019accroche \u00e0 une branche, en trace la circonf\u00e9rence comme s\u2019enroule une pens\u00e9e, puis se dresse et jette un \u0153il point\u00e9 vers le ciel avec l&rsquo;\u00e9lan du c\u0153ur. Ce pinceau tel un \u0153il gros comme un \u0153il de b\u0153uf, ce pinceau-plume qui s\u2019aper\u00e7oit que l\u2019\u0153il a \u00e9t\u00e9 plus gros que le ventre, calme ses ardeurs, s\u2019arr\u00eate, s&rsquo;interroge : mais qui peut m\u2019aider ? Le ciel et le regard qui s\u2019ouvre. Et le ciel parfois dans son extr\u00eame bont\u00e9 veut bien faire peser sur un pinceau tendu dont les poils s\u2019affolent un minuscule bout de lumi\u00e8re pour enfin chasser tant d\u2019images glac\u00e9es qui s\u2019abattent quotidiennement sur nos pauvres pupilles verglac\u00e9es. Rien de nouveau finalement cette ann\u00e9e : c\u2019est que Virginia Woolf me sauve d\u2019un \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, je rentre en pension compl\u00e8te chez elle chaque \u00e9t\u00e9 puisque comme d\u2019autres ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 assaillie d\u2019images glac\u00e9es.\u00a0<\/span><\/p>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_rideaubleu.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_rideaubleu-225x300.jpg\" width=\"150\" height=\"200\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1200\" \/><\/a><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Et apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les lieux trois heures plus tard, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 cette extraordinaire capacit\u00e9 qu\u2019a l\u2019eau \u00e0 maintenir nos impressions en suspension, qui pousse les mots d\u2019une onde \u00e0 l\u2019autre pour que les phrases filent sur la cr\u00eate la plus haute, pour que le fond des pens\u00e9es obscures remonte \u00e0 la surface et explose devant la puissance d\u2019une sensation. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 cette palette de couleurs qui d\u2019une impression vive \u00e0 l\u2019autre trace les contours d\u2019une histoire universelle comme dans un tableau impressionniste. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 ces humeurs qui s\u2019en d\u00e9tachent, la m\u00e9lancolie, l\u2019espoir, le d\u00e9sir, l\u2019envie de tout \u00e9treindre, la r\u00e9signation, la passion, la sensation d\u2019\u00e9chouer, le coup de pinceau qui sauve, l\u2019espoir s\u2018accroche, s&rsquo;\u00e9tire vers la cr\u00eate \u2013 va-t-elle s\u2019allonger ou retomber ? L\u2019ascension encore et encore, l&rsquo;illumination, et la chute sur une main haute ou un \u0153il qui flotte. Les mots qui cueillent cette chute d\u2019une couleur \u00e9blouissante dont nous peinons \u00e0 tracer le contour. Nous voici arriv\u00e9s au c\u0153ur de l\u2019affaire mais l\u2019affaire se complique\u2026 C\u2019est l\u00e0 le miracle \u2013 et son envers \u2013 de l\u2019\u00e9criture imag\u00e9e. La puissance d\u2019\u00e9vocation, ce savant m\u00e9lange de pass\u00e9, d\u2019images ancestrales, de couleurs lues vues bues. Et surtout ces couleurs senties. La couleur que l\u2019on fait sienne.\u00a0<\/span><\/div>\n<div><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_fenetre.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_fenetre-236x300.png\" width=\"157\" height=\"200\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1261\" \/><\/a><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">C\u2019est ce cheminement<\/span> que je suis all\u00e9e chercher. Ces couleurs qui nous rapprochent de nous-m\u00eame. Ces couches successives qui explorent et \u00e9tendent la palette des sensibilit\u00e9s. C\u2019est l\u2019exact contraire de l\u2019image emprunt\u00e9e qui v\u00e9hicule partout un message pour s\u2019emparer de l\u2019imaginaire collectif. Et donc l\u2019exact contraire des images qui se reproduisent comme des sauterelles d\u2019un r\u00e9seau \u00e0 l\u2019autre et qui n\u2019ont plus aucune puissance \u00e9vocatrice, aucun pouvoir sur nos sens. Oh pauvres sens \u00e9prouv\u00e9s par tant d\u2019ann\u00e9es de \u00ab marketing \u00bb en tout genre, par tous les agents commerciaux qui nous anesth\u00e9sient les sens, venez donc vous abreuver au pied de cette maison aux volets verts. Qui telles des paupi\u00e8res neuves s\u2019ouvrent sur une perspective puis l\u2019autre. La plus longue jusqu\u2019au bout de l\u2019all\u00e9e \u00e0 gauche depuis le lit de la chambre de Monet, et celle en face qui fait fr\u00e9mir la cr\u00eate des arbres. La plus chantante sous cet arbuste o\u00f9 gazouillis et abeilles virevoltantes sanctifient la porosit\u00e9 de l\u2019air. La plus m\u00e9taphysique sous un pont qui surplombe une vision enchant\u00e9e. Et partout des reflets, les plafonds vernis, estampes japonaises aux murs et vases \u00e9maill\u00e9s. Partout des fen\u00eatres dont les reflets font jaillir l\u2019ext\u00e9rieur dans le c\u0153ur de la maison. Partout l\u2019ouverture par touche lyrique, et dehors comme ces pages d\u2019interlude entre chaque chapitre dans <b>\u00ab Les vagues \u00bb<\/b><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><b> <\/b>de Virginia Woolf :<\/span><b> \u00ab Le soleil fouillait au fond de chaque mare, attrapait les poissons cach\u00e9s dans les crevasses, mettait en plein lumi\u00e8re la brouette rouill\u00e9e, la blanche carcasse, ou le soulier d\u00e9pareill\u00e9 priv\u00e9 de ses lacets, pareil \u00e0 un morceau de bronze enfonc\u00e9 dans le sable. Chaque objet recevait de lui sa ration de couleur ; les sables, leurs reflets innombrables, les herbes sauvages, leur vert \u00e9tincelant&#8230; \u00bb<\/b><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"> Et l\u2019on pense aux toiles des nymph\u00e9as o\u00f9 la profondeur des teintes nous aspirent. Empreintes de vives fleurs blanches qui semblent surgir des profondeurs d\u2019une eau sombre, de taches rouges noy\u00e9es dans un vert qui se mue en mauve m\u00e9lancolie. Et ce bleu qui contourne les motifs, absorbe notre r\u00eaverie, nous attire avec une force tellurique.<\/span><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_salleamanger.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_salleamanger-300x235.jpg\" width=\"200\" height=\"156\" border=\"0\" data-original-height=\"1254\" data-original-width=\"1600\" \/><\/a><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Empruntons maintenant la rampe d&rsquo;escalier o\u00f9 une s\u00e9rie d&rsquo;estampes japonaises suspendent nos pas : ici un poisson \u00e0 l\u2019\u0153il f\u00e9roce, l\u00e0 une sandale qui se sauve dans une h\u00e2te troublante. Puis un visage de femme dont la chevelure lourde et la bouche entrouverte laissent pr\u00e9sager des h\u00e2tes encore plus pressantes. Et plus loin, la chaleur de la salle \u00e0 manger sur ses pieds fermes comme un soleil du matin. <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Car le corps a besoin de pieds fermes, de pain et de soleil. Et de porcelaine bleue. Cette porcelaine bleue japonaise qui cueille les visages pench\u00e9s, ces corps r\u00e9unis le long de la table longue devant des assiettes o\u00f9 les arabesques s\u2019\u00e9tirent comme\u00a0<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">de petites langues de cam\u00e9l\u00e9ons. Cette table o\u00f9 l\u2019on s\u2019alimente de joie et de plaisirs terrestres. O\u00f9 s\u2019alignent les chaises et leur vie r\u00e9elle.<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><b>\u00ab Comme nous sommes assis fi\u00e8rement autour de cette table\u2026 Au-dehors, les arbres verdoient ; les femmes fl\u00e2nent, les voitures tournent sans cesse. Sortis des exp\u00e9riences, des obscurit\u00e9s, et des moments d\u2019\u00e9blouissement de la jeunesse, nous regardons droit devant nous, pr\u00eats \u00e0 tout \u00e9v\u00e8nement. (La porte s\u2019ouvre, la porte ne cesse pas de s\u2019ouvrir) Tout est r\u00e9el, tout est ferme ; sans illusion ; sans ombre. Sur nos fronts, la beaut\u00e9 repose\u2026 Notre chair est fra\u00eeche et ferme. Nos contrastes sont nets et pr\u00e9cis comme les ombres des rochers en plein soleil. Des petits pains croquants, durs et vernis sont pos\u00e9s devant nous.\u00a0<\/b><\/span><b style=\"font-family: georgia, 'times new roman', serif;\">La nappe est blanche, et nos mains reposent, \u00e0 demi ferm\u00e9es, pr\u00eates \u00e0 se contracter. \u00bb<\/b><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"> (Les vagues, page 141) Puis apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la salle \u00e0 manger, voici la cuisine avec sa fa\u00efence bleue et sa batterie de cuivres \u00e9tincelante o\u00f9 se r\u00e9verb\u00e8rent les r\u00e9jouissances terrestres.\u00a0<\/span><\/p>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_cuisineangle.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_cuisineangle-225x300.jpg\" width=\"150\" height=\"200\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1200\" \/><\/a><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Donc, cet \u00e9t\u00e9 encore, cet \u00e9t\u00e9 encore : relecture. Ouvrons donc un oeil sur le livre le plus ambitieux de Virginia Woolf, <b>\u00ab les vagues \u00bb<\/b>, ce tableau o\u00f9 l\u2019on regarde <b>\u00ab les b\u00e2teaux passer l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre \u00e0 travers les branches bien peign\u00e9es du saule. \u00bb <\/b>Regardons de pr\u00e8s la construction de ce merveilleux livre dont la traduction ardue a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e de main de ma\u00eetre par Marguerite Yourcenar.\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Ce chant po\u00e9tique choral est port\u00e9 par six voix, rythm\u00e9 par des interludes de deux pages qui peignent des tableaux impressionnistes. Entre chaque interlude, les six voix explorent leur conscience sans que l\u2019on soit vraiment capable de les diff\u00e9rencier l\u2019une de l\u2019autre. Et ainsi le caract\u00e8re, o\u00f9 du moins les intentions que l&rsquo;on pourrait pr\u00eater \u00e0 un personnage s\u2019effacent. Toute singularit\u00e9 qui pourrait d\u00e9sincarner et brider un personnage s&rsquo;\u00e9clipse, et c\u2019est cette choralit\u00e9 de perceptions qui donne \u00e0 ce r\u00e9cit sa force. Qui met au premier plan les interrogations sensibles au d\u00e9triment des orientations sociales, morales que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 tel ou tel caract\u00e8re. Et l\u2019on retrouve la tension entre \u00e9criture po\u00e9tique et les interrogations sur l\u2019\u00eatre en dehors de la sph\u00e8re sociale qui nous enferme, sur la question politique de qui nous sommes, de savoir ce que nous sommes devenus dans notre monde contemporain. Tout bon livre soul\u00e8ve des interrogations bien s\u00fbr, encore faut-il que celles-ci ne soient pas guid\u00e9es par un d\u00e9coupage trop simpliste du paysage, de l\u2019intrigue, la d\u00e9b\u00e2cle habituelle de laquelle nous tendons tous \u00e9crivains que nous sommes de nous \u00e9loigner mais qui avec les proc\u00e9d\u00e9s narratifs habituels nous assigne \u00e0 r\u00e9sidence. Comment est-ce que la choralit\u00e9 de ce r\u00e9cit qui correspond \u00e0 un effacement du personnage dans sa d\u00e9finition la plus classique prend en charge un personnage qui finalement pourrait \u00eatre nous ? En s\u2019extrayant du sch\u00e9ma narratif classique. Virginia Woolf, et c&rsquo;est l\u00e0 sa grande force dans toute son \u0153uvre, remet le personnage au centre du r\u00e9cit. Elle nous remet nous, individus sensibles, au centre du r\u00e9cit. Comme une toile impressionniste remet l\u2019\u00eatre au centre de la toile, tra\u00e7ant le minimum de contours rigides, le minimum de contraintes qui pourraient situer une interpr\u00e9tation dans un contexte social, politique, historique, sous l\u2019angle du propre v\u00e9cu de l\u2019artiste qui l\u2019ex\u00e9cute. Pour la petite histoire, Monet s\u2019est fait construire une barque atelier sous les conseils de Caillebotte. Et il nous a aussi laiss\u00e9 une maison bateau pour nous \u00e9claircir le regard d\u2019un \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, pour cheminer sur un cours d\u2019eau, nous r\u00e9approprier nos impressions. Pour que s\u2019effacent toutes les images verglac\u00e9es qui nous ont bombard\u00e9s bien malgr\u00e9 nous, m\u00eame dans les espaces publics, d\u00e9pli\u00e9s sur toute la hauteur de nos monuments nationaux, dans les couloirs de m\u00e9tro, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, sur les devantures d\u2019abribus, sur les bus m\u00eame, et dans les nombreux prospectus qui s&rsquo;entassent dans nos boites aux lettres.<\/span><\/p>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><span style=\"font-family: georgia, 'times new roman', serif; text-align: justify;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;\" href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_estampetetefemme.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_estampetetefemme-225x300.jpg\" width=\"150\" height=\"200\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1200\" \/><\/a><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">D\u00e9livrons-nous chez Monet. Revenons \u00e0 cette maison qu&rsquo;il a savamment orchestr\u00e9e. Reprenons possession de nos sensations. Ces fulgurances. Revenons \u00e0 toutes les questions qui sont trait\u00e9es dans la litt\u00e9rature, sur le sensible et sur la puissance du sensible. Et \u00e0 tous les impacts de la <strong>destruction du sensible<\/strong>. Comment chacun de nous tente de survivre \u00e0 cette sensation de n\u2019\u00eatre reli\u00e9 \u00e0 rien. M\u00eame si certains ont la foi, m\u00eame si certains surmontent cette sensation de vide par l\u2019argent, d\u2019autres par le foot, la course, les marathons (Marathon du printemps, le Paris-Versailles, le marathon contre la famine dans le monde, celui contre le sexisme, celui pour tous les enfants abandonn\u00e9s, celui pour l\u2019\u00e9cologisme, et l\u2019autre pour prendre conscience qu\u2019il faut planter plus d\u2019arbres tous les dimanches), l\u2019alcool, la drogue, etc. Un texte \u00e9minemment politique donc <b>\u00ab Les vagues \u00bb<\/b> de Virginia Woolf. Un texte in\u00e9puisable puisqu\u2019\u00e0 chaque lecture j\u2019en d\u00e9couvre une nouvelle facette.\u00a0<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-DIfnaLf0ybc\/XwToH7jyJQI\/AAAAAAAAGM0\/90fSWnrZFj8WMJvk66iSaZwL38Q8JVliACLcBGAsYHQ\/s1600\/Giverny_portrait%2Bcoq.jpg\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Giverny_portrait-2Bcoq-300x259.jpg\" width=\"200\" height=\"172\" border=\"0\" data-original-height=\"1381\" data-original-width=\"1600\" \/><\/span><\/a><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Juste lu quelques bribes depuis mon s\u00e9jour hier \u00e0 Giverny mais je le reprends int\u00e9gralement cet \u00e9t\u00e9. <\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Je vous souhaite de belles reprises cet \u00e9t\u00e9. <\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Peut-\u00eatre aurez-vous la chance de croiser un sphinx-colibri dans l\u2019all\u00e9e qui relie la grille du jardin \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la maison. Peut-\u00eatre aurez-vous droit \u00e0 l\u2019\u0153il cruel de la poule qui m\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 mettre au propre ce que le jardin m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 m\u00eame si l\u2019envie de vagabonder me titillait s\u00e9v\u00e8rement !\u00a0<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><br \/>\n<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><b><i><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Rita dR<\/span><\/i><\/b><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Deux fois, l&rsquo;envie tenace de m&rsquo;y promener, et deux fois j\u2019ai d\u00fb rebrousser chemin. Trop de jambes qui se pressent, un attroupement inimaginable, l\u2019enivrement esp\u00e9r\u00e9 avort\u00e9 devant cette masse d\u2019yeux impassibles qui ne voient rien puisqu\u2019il est impossible de voir dans ces conditions, un manche extensible \u00e0 la main, l\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre, chacun cochant &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=80\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Atelier d\u2019\u00e9criture avec Monet, Virginia Woolf et l\u2019\u0153il de la poule&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,5,6,12],"tags":[],"class_list":["post-80","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecriture","category-histoires-nouvelles","category-livres-lus","category-musee-theatre-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=80"}],"version-history":[{"count":49,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2323,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80\/revisions\/2323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=80"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=80"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=80"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}