{"id":168,"date":"2017-10-20T18:18:00","date_gmt":"2017-10-20T16:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=168"},"modified":"2020-11-22T21:30:04","modified_gmt":"2020-11-22T20:30:04","slug":"le-garcon-de-marcus-malte-editions-zulma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=168","title":{"rendered":"Le Gar\u00e7on de Marcus Malte (Editions Zulma)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai une certaine fascination pour la premi\u00e8re page. C\u2019est un peu comme quand on est invit\u00e9 chez quelqu\u2019un et que l\u2019on \u00e9value en arrivant dans le salon si l\u2019accueil sera chaleureux, sinc\u00e8re, froid, appr\u00eat\u00e9 ou singulier ; si l\u2019on sera embarqu\u00e9 dans une aventure intime ou \u00e9trange, fantastique, dans une contr\u00e9e lointaine, si l\u2019on sera guid\u00e9 dans l\u2019aventure ou l\u00e2ch\u00e9 au milieu d\u2019une jungle, si la musique sera claire, douce, dissonante. Entra\u00eenante.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; Avec \u00ab Le Gar\u00e7on \u00bb de Marcus Malte, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 combl\u00e9e. Il y a l\u00e0 d\u00e8s les premiers mots une aventure que l\u2019on a envie de d\u00e9couvrir ; aucune direction n\u2019est claire ; seuls les cinq sens sont en \u00e9veil. Et pour cause : Le Gar\u00e7on est l\u2019histoire d\u2019un enfant sauvage muet. Il a v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 la mort de sa m\u00e8re au milieu des arbres dans le sud de la France. Alors qu&rsquo;elle rend son dernier souffle, il emporte son corps au bord de ce qu\u2019il croit, ce qu\u2019elle croyait \u00eatre la mer, mais qui n\u2019est qu\u2019un \u00e9tang.<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>&nbsp; &nbsp; &nbsp; \u00ab Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la mer. Juste un \u00e9chantillon, un ersatz, juste une reproduction miniature. On a les r\u00eaves qu\u2019on peut. Quel que f\u00fbt celui de la femme il n\u2019avait pas l\u2019envergure qu\u2019elle imaginait. Elle est partie en emportant avec elle cette illusion. Mystifi\u00e9e de bout en bout. Qu\u2019importe, souvent compte davantage l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait des choses que les choses elles-m\u00eames. \u00bb (p26)<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; Elle reste l\u00e0 au seuil de ce qu&rsquo;elle croyait \u00eatre la mer et lui s&#8217;embarque pour la vie. Commence alors le r\u00e9cit initiatique \u00e9poustouflant d\u2019un gar\u00e7on qui doit apprendre \u00e0 vivre dans un monde dont il ne conna\u00eet rien \u00e0 part le go\u00fbt instinctif de la vie. Il trouvera un p\u00e8re spirituel en Brabek, un lutteur de foire. Il d\u00e9couvrira l\u2019amour aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une pianiste Emma. Il sera jet\u00e9 dans l\u2019horreur de la grande guerre.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; Ce livre est \u00e0 la fois un r\u00e9cit initiatique et une grande fresque tr\u00e8s ambitieuse du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Ce r\u00e9cit nous fait voir \u00e0 travers le regard vierge du Gar\u00e7on toutes les absurdit\u00e9s et toutes les horreurs du monde civilis\u00e9. Dans ce livre, il y a absolument tous les ingr\u00e9dients pour faire un bon livre. On y trouve une belle \u00e9criture, tr\u00e8s po\u00e9tique tout en \u00e9tant sobre. On est entra\u00een\u00e9 dans un rythme soutenu ; on y ressent des \u00e9motions qui fluctuent entre ravissement et horreur ; on y rencontre des personnages attachants ; on y apprend des choses dans beaucoup de domaines. Il y a aussi un ton dans la narration qui n&rsquo;est pas le m\u00eame tout le long du livre et qui nous surprend. Il y a \u00e9galement des pages \u00e9rotiques d&rsquo;une grande beaut\u00e9. J\u2019ai d\u00e9couvert un tr\u00e8s grand \u00e9crivain que je ne connaissais pas.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; Je me trompe peut-\u00eatre, mais il est possible que Marcus Malte parle page 26 de ce que l\u2019\u00e9criture repr\u00e9sente pour lui : une m\u00e8re adoptive, la mer, la vraie.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i> \u00ab La femme ignorait ce d\u00e9tail. Lorsqu\u2019elle venait s\u2019asseoir ici sur la gr\u00e8ve elle croyait faire face \u00e0 l\u2019infini. Mer : c\u2019est ainsi qu\u2019elle l\u2019a toujours nomm\u00e9e de son vivant. Et dans sa t\u00eate sans doute embarquait-elle sur la grande, la vraie. Celle qu\u2019on prend sans esprit de retour. Celle qui ouvre sur le champ des possibles, qui nous transporte en des contr\u00e9es vierges o\u00f9 l\u2019on peut commencer, recommencer, effacer tout ce qui a \u00e9t\u00e9 si mal \u00e9crit et se mettre enfin \u00e0 \u00e9crire ce qui aurait d\u00fb l\u2019\u00eatre. Et alors \u00e0 chaque fois se reproduisait le miracle de la petite lueur embrasant ses yeux et son \u00e2me. \u00bb<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; C&rsquo;est un livre \u00e0 lire, \u00e0 garder et \u00e0 relire. Il est amusant de voir que ce livre n&rsquo;a m\u00eame pas figur\u00e9 dans la liste GalligrasseuilSud du Goncourt 2016&#8230;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Quelques extraits que j&rsquo;ai aim\u00e9s m\u00eame s&rsquo;il est difficile d&rsquo;\u00eatre exhaustif pour ce livre foisonnant :<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><i><br \/>\nDu vin, du vin, de haut en bas, dans chaque strate de la soci\u00e9t\u00e9. Nul n\u2019y \u00e9chappe. C\u2019est l\u2019esprit commun. L\u2019union sacr\u00e9e. S\u2019il y a une chose qui fait le liant dans la recette de la nation, c\u2019est bien le pinard. Car en plus de tout soigner, de tout gu\u00e9rir, le vin est un breuvage patriotique. On m\u00e9prise les Germains buveurs de bi\u00e8re. On se d\u00e9fie des buveurs d\u2019eau d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils sortent. Le vin seul, seul le vin. Exquise humeur de notre terre prodigue, sel et sang de notre beau et grand pays. Le vin, monsieur, c\u2019est la France. Lever le coude, c\u2019est saluer le drapeau. D\u00e8s lors vous conviendrez qu\u2019il n\u2019est plus question ici de m\u0153urs ou de go\u00fbt, mais simplement de devoir ! (p186)<\/i><\/i>&nbsp;<\/p>\n<p>En tout cas, \u00e0 le c\u00f4toyer elle se rend compte qu\u2019elle ne l\u2019attendait plus, l\u2019espoir elle ne l\u2019entretenait plus, l\u2019avait abandonn\u00e9, sans adieux, sans \u00e9clats, l\u2019avait laiss\u00e9 s\u2019\u00e9teindre \u00e0 petit feu, sans m\u00eame y songer : un de ces nombreux et discrets renoncements dont la vie se charge \u00e0 notre insu \u2013 sans quoi elle serait invivable. Mais \u00e0 pr\u00e9sent elle s\u2019en souvient. Elle red\u00e9couvre son existence. Tout est l\u00e0 : dans les yeux noirs du gar\u00e7on, dans son regard neuf, dans son c\u0153ur b\u00e9ant, dans son innocence, dans son absolue sinc\u00e9rit\u00e9. Elle aime, elle adore lire pour lui. (p221)<\/p>\n<p>Qu\u2019importe que l\u2019on croie au ciel ou pas, c\u2019est l\u2019amour qui est \u00e9ternel. L\u2019amour. Rien ni personne ne pourra plus les s\u00e9parer. Sa voix, jusque-l\u00e0 exalt\u00e9e, s\u2019\u00e9tale lentement comme vague mourante. Regarde, dit-elle. Elle d\u00e9signe la tombe, mais c\u2019est vers elle, vers son visage \u00e0 elle que se tournent les yeux du gar\u00e7on. Puis se froncent. Qu\u2019est-ce ? La chaleur ? Une simple perle de sueur, ou bien\u2026 Sans r\u00e9fl\u00e9chir davantage il tend le bras et cueille du bout des doigts la r\u00e9sine claire, transparente, qui coule sur la joue de la jeune femme. (p242)<\/p>\n<p>Ils courent. Il court. Mitrailleuse \u00e0 droite ! Courb\u00e9, dos rond. Les bras encombr\u00e9s du fusil, une main serr\u00e9e sur la culasse, une main sur la crosse. Il ne tire pas. Il court. Sur place ou presque. Comme dans les nuits de fi\u00e8vre. Tant d\u2019efforts, co\u00fbtent chaque pas. La terre grasse qui veut le retenir, qui s\u2019accroche, qui l\u2019aspire, lui suce les semelles. Il faut s\u2019arracher. Un kilo sous le pied, deux kilos. Chaque foul\u00e9e vaut son pesant de glaise. Il glisse. Il chute. Il se rel\u00e8ve. Il court. Il ignore vers quoi. Cent m\u00e8tres au-del\u00e0 ce n\u2019est que fum\u00e9e, et des cerveaux de feu et des gerbes de cette gl\u00e8be sale qui jaillissent et s\u2019\u00e9l\u00e8vent et leur pleuvent en grumeaux sur le dos. (p345)<\/p>\n<p><i>Enfin elle s\u2019assoit, s\u2019adosse \u00e0 l\u2019\u00e9mail avec un de ces soupirs qu\u2019arrachent les souffrances d\u00e9licieuses. Elle ne bouge plus. L\u2019onde un instant agit\u00e9e, se calme. Le clapotis meurt au long des berges incurv\u00e9es, et sous la surface claire, \u00e9tale, le corps de la jeune femme transpara\u00eet comme sous le verre d\u2019une gigantesque loupe. Vois : le fond des oc\u00e9ans, o\u00f9 d\u00e9buta l\u2019humaine odyss\u00e9e, n\u2019est-il pas fait sur le m\u00eame mod\u00e8le ? Il y a tout : un banc de sable blanc, un fouillis d\u2019algues brunes au creux duquel se dissimule le rouge corail d\u2019une coquille, et les flancs larges, \u00e9vas\u00e9s, l\u2019arche abyssale, et la c\u00f4te douce qui monte vers les cimes, celles-ci d\u00e9j\u00e0 \u00e0 demi \u00e9merg\u00e9es, les d\u00f4mes fertiles, les \u00eeles jumelles, rondes, pleines, nourrici\u00e8res, crevant la poche aqueuse de leurs pointes \u00e9rectiles pour indiquer le ciel, l\u2019air, \u2026(p486)<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><br \/>\n<\/i> <i><br \/>\n<\/i> <i>Le Gar\u00e7on, Marcus Malte, Editions Zulma, 2016.<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; J\u2019ai une certaine fascination pour la premi\u00e8re page. 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