{"id":162,"date":"2017-11-16T22:05:00","date_gmt":"2017-11-16T21:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=162"},"modified":"2024-12-12T09:05:39","modified_gmt":"2024-12-12T08:05:39","slug":"de-lardeur-de-justine-augier-editions-actes-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=162","title":{"rendered":"De l&rsquo;ardeur de Justine Augier (Editions Actes Sud)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Comme moi, vous ach\u00e8terez ce livre et le laisserez peut-\u00eatre tra\u00eener pendant quelques jours sur une table. Puis vous en ach\u00e8terez d\u2019autres plus l\u00e9gers que vous empilerez au-dessus. Puis vous vous direz \u00ab Je vais attendre d\u2019avoir un moral d\u2019acier avant de l\u2019ouvrir \u00bb. Et enfin, vous trouverez un subterfuge pour l\u2019entamer. Pour moi, le subterfuge a consist\u00e9 \u00e0 commencer la lecture pendant que mes enfants jouaient calmement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 alors que d\u2019habitude je pr\u00e9f\u00e8re lire seule.<!--more--><\/p>\n<p>Ensuite vous lirez le prologue, et vous comprendrez votre malaise si bien d\u00e9crit par Justine Augier ; et donc vous lirez la suite. Vous ne l\u00e2cherez alors plus ce livre, d\u2019une part parce que cette fille, Razan, est un personnage extr\u00eamement romanesque, et d\u2019autre part parce que la plume de Justine Augier est juste, avec un \u00e9quilibre parfait entre sensibilit\u00e9 et analyse.<\/p>\n<p>Razan est une dissidente syrienne qui a disparu dans la nuit du 9 au 10 d\u00e9cembre 2013 avec son mari et deux autres personnes. Ce livre retrace l\u2019histoire de cette femme peut-\u00eatre encore en vie. Peut-\u00eatre pas.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie relate le parcours de Razan avant le d\u00e9but de la guerre civile syrienne. Comme tous les enfants, Razan a construit son monde imaginaire quand elle \u00e9tait jeune. Elle s\u2019est construite aussi en opposition \u00e0 une famille traditionnelle patriarcale tout en gardant des sentiments de respect et de loyaut\u00e9 vis \u00e0 vis des membres de cette famille, sentiments propres \u00e0 son \u00e9ducation orientale. Elle n\u2019a pas eu d\u2019\u00e9ducation politique ou id\u00e9ologique puisque qu\u2019elle a grandi dans les ann\u00e9es 80 en Syrie et en Arabie Saoudite. Elle a lu Woolf et De Beauvoir, a cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9manciper par la lecture, puis a choisi de gagner sa libert\u00e9 dans l\u2019action et non dans la fuite.<\/p>\n<p>On d\u00e9couvre dans ce livre comment elle s\u2019\u00e9veille et s\u2019engage dans le soul\u00e8vement syrien. On comprend petit \u00e0 petit sa personnalit\u00e9 inh\u00e9rente aux gens qui, comme elle, luttent contre une sensibilit\u00e9 qui les submerge.<\/p>\n<p>On d\u00e9couvre comment une ambiance de peur et de terreur est maintenue par les disparitions, d\u00e9finitives ou pas, orchestr\u00e9es par le r\u00e9gime syrien, les m\u00e9thodes utilis\u00e9es, et en particulier la m\u00e9fiance qui isole les individus et entrave toute tentative de rassemblement et de r\u00e9bellion : <b>\u00ab L\u2019absence de confiance est une question centrale en Syrie. Obs\u00e9dante. Un manque autour duquel tentent de s\u2019articuler les relations et les \u00eatres. Par d\u00e9faut, on ne fait confiance \u00e0 personne et c\u2019est l\u00e0 un principe de pr\u00e9caution ancr\u00e9 au plus profond de chacun (p48). \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Au d\u00e9but de son engagement, la terreur de se faire prendre est telle que Razan n\u2019est amie qu\u2019avec les dissidents qui ont d\u00e9j\u00e0 fait vingt ans de prison, preuve que le syst\u00e8me fonctionne : il permet de rassembler ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 connu la torture et ceux qui vont l\u2019affronter, et jamais ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 se battre ensemble avec une nouvelle strat\u00e9gie, f\u00e9d\u00e9ratrice, un regard neuf. <b>\u00ab On se m\u00e9fie du chauffeur de taxi, du vendeur de l\u00e9gumes, de chacun, et avec le soul\u00e8vement le quadrillage va commencer \u00e0 se resserrer \u00bb<\/b>. Ce sont les <b>\u00ab dinosaures \u00bb<\/b> qui forment le cercle d\u2019amis de Razan quand d\u00e9marre son action engag\u00e9e. Ensuite, nous suivons son parcours depuis son engagement dans la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme en tant qu\u2019avocate et en tant que journaliste. Razan m\u00e8ne un travail minutieux tous les dimanches pour aider les d\u00e9tenus politiques, l\u2019essentiel se passant dans une ruelle devant la salle de jugement, quand les d\u00e9tenus laissent \u00e9chapper des bribes de parole et que les familles racontent ce qu\u2019elles ont vu et entendu. Cette partie du livre est tr\u00e8s int\u00e9ressante : <b>\u00ab Razan \u00e9coute, abandonne des grilles de lectures statiques ; b\u00e2tit une compr\u00e9hension incroyablement pr\u00e9cise du monde dans lequel elle navigue, une compr\u00e9hension qui lui permet de pratiquer comme personne l\u2019art de la r\u00e9sistance tol\u00e9r\u00e9e car elle connait tous les interstices dans lesquels il est possible de se glisser, toutes les portes d\u00e9rob\u00e9es qu\u2019il est possible d\u2019ouvrir et celles qui sont condamn\u00e9es.(p53) \u00bb <\/b><\/p>\n<p>Razan d\u00e9fend tous ceux qui sont poursuivis par le pouvoir y compris les islamistes (qui l\u2019ont probablement enlev\u00e9e en d\u00e9cembre 2013). Elle ne d\u00e9fend pas que ceux qui lui ressemblent ; elle s\u2019immerge dans l\u2019ambiance familiale de chacun, pousse son m\u00e9tier d\u2019avocat dans une forme d\u2019accomplissement h\u00e9ro\u00efque qui lui co\u00fbtera cher. Razan diss\u00e8que les m\u00e9thodes du pouvoir syrien et Justine Augier regroupe ses analyses avec celles d\u00e9j\u00e0 dress\u00e9es par Michel Seurat des ann\u00e9es auparavant, ce qui atteste de fa\u00e7on tragique la fin r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui jettent la lumi\u00e8re sur les rouages d&rsquo;un syst\u00e8me totalitaire. Razan fait un travail de terrain gigantesque pour cartographier la population radicalis\u00e9e comme une ethnologue, travail tr\u00e8s utile pour le monde entier. Elle \u00e9crit des enqu\u00eates de terrain tout en naviguant entre les coups et pressions du pouvoir en place.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du livre d\u00e9crit les changements qui ont lieu au sein de la population avec le d\u00e9but de la guerre civile, et, dans la mouvance du printemps arabe, la jeunesse en 2011 qui se soul\u00e8ve, les villes assi\u00e9g\u00e9es, la population \u00e9touff\u00e9e, le sang qui coule sans discontinuer. L\u2019espoir que tout change. Une nouvelle \u00e8re commence et une nouvelle vie pour Razan qui doit maintenant vivre cach\u00e9e. Elle a pr\u00e9par\u00e9 le terrain et elle apparait alors comme une figure incontournable que tout le monde consulte. Elle ne sort presque plus. Se terre. Change de cachette quand un des siens est emprisonn\u00e9, donc tortur\u00e9. Le quadrillage de la population est de plus en plus fin.<\/p>\n<p>Puis c&rsquo;est la rupture. Un ami qu\u2019elle admire et aime beaucoup, Yahya, dispara\u00eet ; un gar\u00e7on plus mesur\u00e9, plus calme qui m\u00e8ne un combat pacifique. Et c\u2019est la descente aux enfers qui commence pour elle aussi. Elle se m\u00e9tamorphose physiquement ; elle comprend que l\u2019issue est fatale, mais elle se rel\u00e8ve. Elle sombre puis se rel\u00e8ve apr\u00e8s chaque disparition. Une force inou\u00efe la maintient \u00e0 flot, mais son corps se transforme. La disparition de cet homme Yahya qu\u2019elle admirait tant marque un tournant.<\/p>\n<p>Justine Augier ne perd pas de vue sa sensibilit\u00e9 et sa compr\u00e9hension de la nature humaine dans cette deuxi\u00e8me partie, et s\u00e8me des \u00e9l\u00e9ments qui permettent de comprendre comment ces gens pour qui l\u2019issue est fatale, s\u2019y pr\u00e9parent, mais baissent la garde quand ils sont affaiblis, comment cet affaiblissement, ces br\u00e8ches sont exploit\u00e9es par un pouvoir qui veut d\u00e9truire toute forme de r\u00e9bellion. L&rsquo;auteur scrute les dissidents et les relations qu\u2019ils entretiennent entre eux. M\u00eame la coh\u00e9sion au sein de ces activistes est menac\u00e9e par un mot, une phrase peu encourageante, un geste pas reconnu \u00e0 sa juste valeur, quand l&rsquo;\u00e9puisement l&#8217;emporte. Cette deuxi\u00e8me partie est consacr\u00e9e aux soul\u00e8vements, \u00e0 l\u2019\u00e9veil du peuple, l\u2019espoir, les chants r\u00e9volutionnaires, les larmes, les cris de joie quand d\u00e9marre les soul\u00e8vements apr\u00e8s 2010. L\u2019\u00e9mulation, la fraternit\u00e9 qui lie tous ces \u00eatres qui d\u00e9fendent un id\u00e9al commun. La libert\u00e9. Plusieurs r\u00e9cits se font \u00e9chos les uns aux autres et constituent un tout coh\u00e9rent, d&rsquo;une densit\u00e9 psychologique dramatique poignante : les soul\u00e8vements de 1982 compar\u00e9s \u00e0 ceux de 2011, les souvenirs tels qu\u2019ils sont transmis par le pouvoir, et tels qu\u2019ils sont re\u00e7us dans la m\u00e9moire de chacun, les souvenirs tels qu\u2019ils sont v\u00e9hicul\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire \u00e0 l\u2019autre. C&rsquo;est un r\u00e9cit sur la construction de la m\u00e9moire collective. On ne peut s\u2019emp\u00eacher, devant ces sc\u00e8nes de massacre relat\u00e9es de penser que d\u00e9sormais la m\u00e9moire collective est embrass\u00e9e par l\u2019image de Razan.<\/p>\n<p>Pour que le soul\u00e8vement ne devienne \u00e0 aucun moment un mouvement construit et mena\u00e7ant, le peuple syrien est morcel\u00e9, <b>\u00ab quadrill\u00e9 \u00bb<\/b> par le pouvoir, mais la m\u00e9moire de Razan plane, ce qui nous laisse penser qu\u2019il est possible que seule l\u2019\u00e9ch\u00e9ance soit un point d\u2019interrogation. Razan a patiemment r\u00e9pertori\u00e9 tout : les tortures, les m\u00e9thodes de disparition, les morts, les d\u00e9tails de leur mort. Elle \u00e9gr\u00e8ne les morts un \u00e0 un. Elle tient un registre pr\u00e9cis. Elle s\u2019\u00e9teint \u00e0 petit feu.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte syrienne se r\u00e9pand. Les chefs et les points de vue se multiplient. Et c\u2019est l\u00e0 une bataille d\u2019ego qui se met en place. Juste avant on apprend qu\u2019un prix a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 Razan, prix qu\u2019elle a d\u2019abord refus\u00e9 puis accept\u00e9. Je ne peux pas m\u2019emp\u00eacher de penser que les prix d\u00e9cern\u00e9s pendant l\u2019action sont contre-productifs. Evidemment ceux qui d\u00e9cernent ces prix n\u2019y pensent pas et se targuent de d\u00e9cerner un prix \u00e0 l\u2019action qu\u2019ils ne m\u00e8nent pas\u2026 La troisi\u00e8me partie raconte cette incroyable vie souterraine dans des tunnels et la survie qui se met en place dans les villes assi\u00e9g\u00e9es, bombard\u00e9es. Razan finit par quitter Damas et va s\u2019installer \u00e0 Douma en 2013 o\u00f9 elle sera captur\u00e9e en d\u00e9cembre 2013. Justine Augier revient sur une sc\u00e8ne que l\u2019on peut voir sur YouTube et qui apparait dans le film \u00ab Our terrible country \u00bb dont elle a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 au d\u00e9but du livre et qui est le point de d\u00e9part de sa rencontre avec Razan. On y voit Razan qui se jette dans la gueule du loup dans cette ville de Douma tr\u00e8s conservatrice o\u00f9 elle arrive avec son esprit de femme occidentale, et on comprend que sont loin les jours o\u00f9 Razan d\u00e9fendait tous les opposants au r\u00e9gime, islamistes compris.<\/p>\n<p>Cette partie raconte ce d\u00e9calage entre l\u2019id\u00e9alisme de Razan et le chaos de la vie \u00e0 Douma, avec ses groupuscules qui s\u2019affrontent. Elle raconte ce d\u00e9calage entre son id\u00e9alisme et les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques des puissants qui subventionnent les groupuscules, l\u2019argent qui circule, la corruption. Un \u00e9norme n\u0153ud dont elle peine \u00e0 sortir. La fin in\u00e9luctable qui la guette. Elle continue \u00e0 travailler et \u00e0 avancer ses pions dans ce petit bastion de Douma, un peu comme un malade condamn\u00e9 essaye de capturer des sc\u00e8nes de vie depuis sa fen\u00eatre dans un h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Justine Augier nous rappelle dans son r\u00e9cit la triste trag\u00e9die de Michel Seurat dont certains \u00e9crits sont cit\u00e9s. Ce r\u00e9cit rassemble un incroyable travail de recherche que l&rsquo;auteur a fait en d\u00e9broussaillant quantit\u00e9 d\u2019archives. Ce livre nous fait prendre conscience de ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9cup\u00e9rer (et donc par l\u00e0 m\u00eame laisse une trace ind\u00e9l\u00e9bile de ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu). Justine Augier comprend parfaitement les ressorts d\u2019une personnalit\u00e9 forte, et voit toutes les fragilit\u00e9s que cette force r\u00e9v\u00e8le. Elle m\u00e8ne son r\u00e9cit en navigant intelligemment entre les \u00e9v\u00e8nements graves qui y sont d\u00e9crits et la sensibilit\u00e9 extr\u00eame de Razan. Cette sensibilit\u00e9, vous l\u2019aurez compris, ne peut \u00eatre v\u00e9cue que dans l\u2019action, que dans le don de soi, puisque de toute fa\u00e7on ce type de personnalit\u00e9 se consume. Il se consume dans la production d\u2019une \u0153uvre digne de ce nom. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement.<\/p>\n<p>Un passage du livre, tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e9galement, est d\u00e9volu \u00e0 cet engagement que Justine Augier a eu en faisant partie des \u00e9quipes de l\u2019ONU en Irak apr\u00e8s les attentats, et de l\u2019amertume qu\u2019elle a ressentie devant son id\u00e9alisme bafou\u00e9. Elle explique bien cette d\u00e9sillusion des gens de terrain, qui, manipul\u00e9s, id\u00e9alistes, se lancent \u00e0 corps perdu et d\u00e9couvrent les erreurs interventionnistes et les n\u0153uds qui en d\u00e9coulent. Elle raconte aussi les couloirs vides et mornes de l\u2019ONU \u00e0 Vienne. Elle analyse tous ces d\u00e9tours qu\u2019elle a emprunt\u00e9s pour finir par prendre l\u2019arme qui peut servir son propre engagement : la litt\u00e9rature. A travers ce portrait, l&rsquo;auteur s\u2019interroge sur ses propres engagements, ses id\u00e9aux, sur son rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture ; et immanquablement on referme le livre en se demandant quelle part nous sommes pr\u00eats \u00e0 c\u00e9der pour nous engager, pour aider ceux qui en ont besoin.<\/p>\n<p>Pour une fois qu\u2019un auteur se penche sur un drame actuel et non sur un douloureux \u00e9v\u00e8nement historique lointain, il faut le lire. On ne peut d\u00e9cemment pas se dire que maintenir nos consciences \u00e9veill\u00e9es sur les drames du pass\u00e9 est essentiel pour nous emp\u00eacher d\u2019y retomber avec tous ces romans historiques qui abondent, et ignorer le pr\u00e9sent qui se d\u00e9roule sous nos yeux. Ce serait inconcevable. Illogique.<\/p>\n<p>Je rajouterai que ce livre est bouleversant car c\u2019est le regard de Justine Augier sur une femme h\u00e9ro\u00efque, ce qui en fait une \u0153uvre \u00e0 part. L\u2019h\u00e9ro\u00efsme n\u2019est pas abord\u00e9 de fa\u00e7on aveugle en passant par la case honneur, sens du devoir, etc\u2026 Justine Augier aborde intelligemment tous les ressorts de l\u2019ego qui se cachent derri\u00e8re tout homme qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve ; elle n&rsquo;\u00e9lude pas ce sentiment de puissance devant l\u2019effet que Razan produit sur les autres ; elle exhibe les effets de l\u2019euphorie dans une soci\u00e9t\u00e9 atone qui vit soudain de grands bouleversements, les \u00e9tincelles que cette euphorie g\u00e9n\u00e8re, et les caract\u00e8res forts qui se d\u00e9marquent, s\u2019affrontent ; elle souligne les frustrations individuelles qui minent la coh\u00e9sion. Elle n\u2019oublie pas l\u2019humain qu\u2019elle explore dans sa composante la plus fragile, la plus discutable, la moins glorieuse. Ce texte est donc un texte incontournable de cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Je crois qu\u2019\u00e0 y bien penser, ayant d\u00e9j\u00e0 lu un livre de Justine Augier dont j\u2019avais aim\u00e9 l\u2019\u00e9criture tr\u00e8s sensible, je savais que si elle s\u2019emparait de ce sujet, alors j\u2019avais de quoi m\u2019inqui\u00e9ter sur l\u2019effet qu\u2019il produirait, c\u2019est pour cela qu\u2019il est rest\u00e9 quelques jours (quelques semaines m\u00eame\u2026) sur une table. C\u2019est pour cela que je l\u2019ai enseveli en empilant d\u2019autres livres au-dessus. Car c\u2019est en effet un livre extr\u00eamement grave, pesant, qui vous plonge dans une tristesse infinie mais qu\u2019on ne peut pas l\u00e2cher. Une fois d\u00e9marr\u00e9, c\u2019est un livre que vous ne poserez plus. Si vous ne connaissez pas cet auteur, alors c\u2019est une belle mani\u00e8re de la d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p><i>De l&rsquo;ardeur, Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne ; Justine Augier ; Editions Actes Sud ; 2017. <\/i><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"margin: 0px 0px 13px; text-align: justify;\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme moi, vous ach\u00e8terez ce livre et le laisserez peut-\u00eatre tra\u00eener pendant quelques jours sur une table. Puis vous en ach\u00e8terez d\u2019autres plus l\u00e9gers que vous empilerez au-dessus. Puis vous vous direz \u00ab Je vais attendre d\u2019avoir un moral d\u2019acier avant de l\u2019ouvrir \u00bb. Et enfin, vous trouverez un subterfuge pour l\u2019entamer. 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