{"id":157,"date":"2017-12-17T16:39:00","date_gmt":"2017-12-17T15:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=157"},"modified":"2020-11-22T21:23:23","modified_gmt":"2020-11-22T20:23:23","slug":"linvasion-du-desert-deric-marty-a-partir-de-photographies-de-jean-jacques-gonzales-editions-manucius","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=157","title":{"rendered":"L&rsquo;invasion du d\u00e9sert d&rsquo;Eric Marty, \u00e0 partir de photographies de Jean-Jacques Gonzales (Editions Manucius)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\">Quand j\u2019ai commenc\u00e9 ce livre j\u2019ai eu l\u2019impression de retomber en enfance, quand mon grand-p\u00e8re me disait : \u00ab Attention, je vais te raconter une histoire \u00bb, sauf qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, son jardin recelant de plantes et de lutins tenait lieu de d\u00e9cor. Ici, on contemple par la fen\u00eatre un paysage sec lunaire, que des cailloux s\u00e9culaires peuplent sans que le moindre souffle de vent vienne instiller un changement. Rien ne bouge. Dans la pi\u00e8ce, depuis la fen\u00eatre, le paysage morcel\u00e9 d\u00e9voile des formes difficiles \u00e0 circonscrire. Un couple observe cette sc\u00e8ne derri\u00e8re une fen\u00eatre et Eric Marty nous livre leur conversation. Ce couple r\u00e9veille des sc\u00e8nes sous nos yeux pendant que l\u2019eau d\u2019une marmite, d\u2019o\u00f9 surgit tant\u00f4t un oignon tant\u00f4t une patte de poulet, bouillonne dans l\u2019\u00e2tre.<!--more-->&nbsp;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; Voici pour le d\u00e9but de l\u2019histoire.<\/span><\/span>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp;&nbsp; Ce r\u00e9cit est men\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s originale. Les sensations brillent par leur intensit\u00e9, vous emportent ; puis un arr\u00eat, une impression photo, le temps de reprendre son souffle. Une image ponctue un univers de sensations floues qui prend subitement forme, un peu comme une danseuse v\u00eatue de voiles transparents fait des arabesques, puis s\u2019arr\u00eate le temps d\u2019une figure, et reprend sa danse en tournoyant. Le myst\u00e8re qui entoure une photo prend une forme d\u00e9finissable, tout en restant myst\u00e9rieusement enchanteur.<\/p>\n<div><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; L\u2019\u00e9criture d&rsquo;Eric Marty, malgr\u00e9 l\u2019\u00e2pret\u00e9 et le morcellement du paysage, est sensuelle, dense. Elle est men\u00e9e avec une \u00e9conomie de dialogues et pourtant tant de choses se passent. On imagine des gestes lents. On imagine une histoire entre deux \u00eatres sensibles qui se passe de fioritures. On imagine une histoire avec au loin une civilisation qui existe, qui s\u2019\u00e9vanouit dans l\u2019horizon, et tout pr\u00e8s, des crat\u00e8res sur la face sud de la maison, qui pourraient accueillir des tombes. On ne sait pas si ce sont les arrivants ou les r\u00e9sidents de cette maison qui y seront ensevelis. Peu importe, seule la photo restera. <\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp; La photo dans ce r\u00e9cit rev\u00eat plusieurs r\u00f4les. Elle semble avoir une vie plus longue qu\u2019une vie humaine ; elle est dot\u00e9e d\u2019un pouvoir presque sup\u00e9rieur. Elle \u00e9tablit la distance ad\u00e9quate pour comprendre. La photo est purificatrice. Vid\u00e9e \u00e0 sa surface de tout \u00eatre humain. Elle ne contient m\u00eame pas d\u2019arbre dans son cadrage et quand elle cadre un arbre, elle le centre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il devienne flou. Tout ce qui est p\u00e9rissable dispara\u00eet. Selon que l\u2019on voit de tr\u00e8s pr\u00e8s ou de tr\u00e8s loin. <\/span><\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; A ces photos lunaires cr\u00e9pusculaires qui pourraient remonter \u00e0 l\u2019origine du monde dans un cadrage naturel sans \u00e9quivoque, le narrateur oppose des photos d\u2019actualit\u00e9 au cadrage pr\u00e9cis o\u00f9 le regard est pouss\u00e9 \u00e0 conceptualiser une r\u00e9alit\u00e9 plus nette, plus cruelle. Les crat\u00e8res qui \u00e9pousent la forme d\u2019une tombe des pages pr\u00e9c\u00e9dentes, le paysage cr\u00e9pusculaire, continuent \u00e0 hanter nos esprits. On voit des hommes, le visage \u00e9cras\u00e9, des hommes qui se battent pour des histoires d\u2019acc\u00e8s au territoire, et on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de revoir ces photos lunaires dont notre esprit est bien impr\u00e9gn\u00e9 prendre le dessus et nous signifier l\u2019absurdit\u00e9 du monde dans lequel nous vivons.<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; Encore une jolie p\u00e9pite que j\u2019ai d\u00e9couverte cette semaine, pendant laquelle j\u2019ai eu la main plut\u00f4t heureuse dans mes choix de lecture !<\/p>\n<div><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\">Quelques extraits:<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><br \/>\n\u00ab Je suis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e2tre.<br \/>\nLes herbes aromatiques tournaient en multiples tourbillons jusqu\u2019\u00e0 creuser la surface de l\u2019eau et la rendre \u00e9paisse, profonde, et presque noire. J\u2019ai plong\u00e9 pr\u00e9cautionneusement, et une \u00e0 une, les cinq pattes de poulet dans la marmite. Elles ont aussit\u00f4t disparu tandis que par compensation un bel oignon blanc a lentement \u00e9merg\u00e9, puis apr\u00e8s avoir dans\u00e9 quelques instants sous mes yeux, s\u2019est \u00e9vanoui \u00e0 son tour. \u00bb (p11)<\/span><\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><br \/>\n\u00ab J\u2019ai pris mon Leica. Je l\u2019avais plac\u00e9 tout contre le verre presque translucide, maintenant que j\u2019avais pris soin de d\u00e9crasser la vitre avec un mouchoir humide. L\u2019objectif \u00e9tait vraiment coll\u00e9 au carreau. Je visais l\u2019arbre, au loin. Sur l\u2019\u00e9cran tactile derri\u00e8re le bo\u00eetier, on voyait l\u2019image bouger, grossir, s\u2019\u00e9tendre, se faire soudain fixe ou floue. Avec le pouce et l\u2019index, je l\u2019\u00e9tirais, zoomant sur un d\u00e9tail, un relief, une ombre, puis je la r\u00e9tr\u00e9cissais comme on rel\u00e2che une proie insignifiante \u00bb. (p20)<\/span><\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><br \/>\n\u00ab L\u00e0, il faut prendre la plus petite des routes. Ni \u00e0 gauche, ni \u00e0 droite, ni en face, mais en oblique, pass\u00e9e une petite d\u00e9pression, et vous n\u2019\u00eates plus tr\u00e8s loin alors du march\u00e9 dont vous devinez l\u2019existence sans m\u00eame y penser. \u00bb (p30)<\/span><\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\">\u00ab<i> Je la regardais par le viseur, puis sur l\u2019\u00e9cran au dos du Leica. Son corps construisait le cadre. Je jouais avec la distance, l\u2019obscurit\u00e9, la clart\u00e9. Je la voyais imperceptiblement moduler son corps sur des spirales, des cercles, des cubes. \u00bb (p60)<\/i><\/span><\/span>&nbsp;<\/p>\n<p><i>\u00ab Elle avait perdu, comme ses semblables, le sens de son cours, s\u2019\u00e9cartant de son propre flux, de l\u2019influx premier, de sa dynamique vitale, attir\u00e9e par une plan\u00e8te \u2013 la Terre \u2013 dont la puissance magn\u00e9tique l\u2019avait aimant\u00e9e, captiv\u00e9e, et qu\u2019elle avait rejointe pour y mourir, pour oublier, maintenant qu\u2019elle \u00e9tait sur un sol et partiellement enfouie en lui, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 jadis en mouvement, et \u00e0 une vitesse si vertigineuse qu\u2019elle se situait d\u2019une certaine mani\u00e8re hors du temps. \u00bb (p65)<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i>&nbsp;<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\">L&rsquo;invasion du d\u00e9sert, r\u00e9cit d&rsquo;Eric Marty, \u00e0 partir de photographies de Jean-Jacques Gonzales ; \u00e9ditions Manucius ; 2017.<\/span><\/i><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Quand j\u2019ai commenc\u00e9 ce livre j\u2019ai eu l\u2019impression de retomber en enfance, quand mon grand-p\u00e8re me disait : \u00ab Attention, je vais te raconter une histoire \u00bb, sauf qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, son jardin recelant de plantes et de lutins tenait lieu de d\u00e9cor. 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