{"id":156,"date":"2017-12-20T00:10:00","date_gmt":"2017-12-19T23:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=156"},"modified":"2020-11-22T21:22:24","modified_gmt":"2020-11-22T20:22:24","slug":"le-buveur-de-lune-de-goran-tunstrom-traduit-par-marc-de-gouvenain-et-lena-grumbach-editions-actes-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=156","title":{"rendered":"Le buveur de lune de Goran Tunstr\u00f6m traduit par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach (Editions Actes Sud)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: inherit;\">Voici un livre que j&rsquo;ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur les \u00e9tag\u00e8re de mon futur appartement et je me suis donc dis qu&rsquo;il va n\u00e9cessairement m&rsquo;apporter beaucoup.<\/span><\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Apr\u00e8s avoir aval\u00e9 toutes les lunes po\u00e9tiques de la terre, l\u2019auteur Goran Tunstr\u00f6m d\u00e9verse dans ce livre \u00e0 nos pieds des id\u00e9es scintillantes, des notes de musique, des grondements, de grands d\u00e9bats philosophiques men\u00e9s avec humour, des rayons de soleil sur une terre r\u00e2p\u00e9e comme une lune, des parfums enivrants et beaucoup de repas proustiens : soupes de m\u00fbres et poulet piri piri, ch\u00e8vres frits \u00e0 la sauce au basilic (\u00e0 tester sans plus attendre \u00e0 cette saison avec une vinaigrette au basilic).<\/p>\n<p>Ce livre retrace l\u2019histoire d\u2019une relation entre un p\u00e8re fantasque et son fils. L\u2019univers cr\u00e9\u00e9 par Goran Tunstr\u00f6m est \u00e9maill\u00e9 de d\u00e9bats philosophiques tr\u00e8s dr\u00f4les sur la musique \u00e9chang\u00e9s \u00e0 b\u00e2tons rompus, de situations diplomatiques rocambolesques (une histoire sur la pr\u00e9sence du raifort au Nigeria m\u2019a beaucoup fait rire), de pens\u00e9es philosophiques sur le sens de la vie si vraies et si amusantes. Il faut bien vivre dans une contr\u00e9e o\u00f9 l\u2019hiver est rude pour accoucher d\u2019un livre pareil ! A n\u2019en pas douter, la litt\u00e9rature nordique est un excellent antidote \u00e0 l\u2019hiver !<\/p>\n<p><!--more-->Dans une deuxi\u00e8me partie du livre, l\u2019humeur de l\u2019auteur se d\u00e9ploie sur un autre registre quand c\u2019est le p\u00e8re qui prend la parole. L\u2019histoire de cette relation p\u00e8re-fils est men\u00e9e avec moins de dr\u00f4lerie. Le narrateur, le fils, est confront\u00e9 \u00e0 la personnalit\u00e9 exub\u00e9rante de ce p\u00e8re. Il n\u2019y a personne pour contrebalancer le poids de ce p\u00e8re certes tr\u00e8s attachant au d\u00e9but du livre, mais dont l\u2019\u00e9gocentrisme croissant finit par porter ombrage \u00e0 son fils. Le flux de paroles que d\u00e9verse ce p\u00e8re cache bien des secrets, bien des non-dits. Il n\u2019y a pas de m\u00e8re, juste une m\u00e8re fantasm\u00e9e, mais en fin de compte comme <b>\u00ab tout ce que nous vivons n\u2019est que divagation de l\u2019esprit \u00bb<\/b>, c\u2019est une flamme qui porte le fils, faible et vacillante. Ce p\u00e8re si exub\u00e9rant mis au placard dans son travail et par son fils perd le go\u00fbt de la vie et on le voit sombrer dans une mort lente. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme \u00e9tant un grand jouisseur, un grand d\u00e9voreur, on ne comprend pas tr\u00e8s bien cette \u00e9volution mais petit \u00e0 petit, on comprend pourquoi ce p\u00e8re d\u00e9ploie tant de mouvements, pourquoi le dialogue entre lui et son fils tourne \u00e0 un impossible dialogue.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me qui sous-tend ce livre et hante l\u2019auteur est certainement r\u00e9sum\u00e9 dans la phrase <b>\u00ab On peut vivre ensemble pendant des ann\u00e9es, pour s\u2019apercevoir un jour qu\u2019il ne s\u2019agit pas de nous, mais de quelques qualit\u00e9s rassembl\u00e9es au hasard et fourr\u00e9es dans le m\u00eame sac, simplement parce que la route sur laquelle on s\u2019est rencontr\u00e9s \u00e9tait \u00e9troite et bord\u00e9e de profonds pr\u00e9cipices. On croit qu\u2019on aime, quand on aime\u2026 \u00bb<br \/>\n<\/b>Ce livre est une vraie source d\u2019\u00e9nergie vitale pleine de po\u00e9sie et pleine d\u2019humour. L\u2019auteur a une imagination d\u00e9complex\u00e9e et explosive qui sait transcender tous les exc\u00e8s dont la nature nous a dot\u00e9s. Comme chez Gabriel Garcia Marquez, le d\u00e9sir et la nostalgie sont joyeusement servis par un r\u00e9cit teint\u00e9 de notes magiques.<\/p>\n<p>Il y a un passage qui se d\u00e9roule \u00e0 Paris dans la librairie anglophone d\u2019Odile, rue Princesse qui a ferm\u00e9 depuis.<\/p>\n<p><i>Quelques extraits :<\/i><\/p>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div><i>\u00ab\u00a0Certains \u00e9taient grands et bruyants, d&rsquo;autres petits et scintillants de couleurs ; il y avaient ceux qui se pr\u00e9tendaient toujours de retour direct d&rsquo;une guerre et ceux qui avaient d\u00e9gott\u00e9 leurs informations dans les bouteilles de whisky des bars d&rsquo;h\u00f4tels. Il y avait celle qui ressemblait \u00e0 une monitrice d&rsquo;institution religieuse et qui, en trois langues, avait aim\u00e9 des chefs gu\u00e9rilleros, et la concubine d&rsquo;un pr\u00e9sident, toujours d\u00e9tentrice d&rsquo;informations de premi\u00e8re main issues directement de la premi\u00e8re chambre \u00e0 coucher du pays, il y avait celui qui prenait de pr\u00e9f\u00e9rence une ann\u00e9e sabbatique sous une pluie de balles, suivant la devise de Nietzsche : \u00ab\u00a0Si tu n&rsquo;as pas de go\u00fbt pour la vie, mets-la en jeu et tu retrouveras le go\u00fbt de vivre.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/i><\/div>\n<p><i><br \/>\n\u00ab\u00a0Mais je le devine : tous ces repas \u00e9taient des tests. Il go\u00fbtait, r\u00e9p\u00e9tait, se pr\u00e9parait au Grand Repas, le jour o\u00f9 elle, celle dont je ne connais pas le nom serait assise en face de lui et prononcerait la r\u00e9plique que j&rsquo;allais moi-m\u00eame entendre un soir : \u00ab\u00a0What is the name of this wonderful fish ?\u00a0\u00bb Car, comme le dit un jour papa : Il y a longtemps, dans un r\u00eave peut-\u00eatre, on m&rsquo;a promis une rencontre avec le Toi Absolu : une femme de grande beaut\u00e9, sage et en app\u00e9tit sexuel, et chaque fois qu&rsquo;une femme est devenue humide contre moi, j&rsquo;ai pens\u00e9 que cette fois, cette fois la vie allait enfin me r\u00e9v\u00e9ler son sens profond, son but absolu.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut dire beaucoup sur la po\u00e9sie de ses diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019\u00eatre exprim\u00e9e dans le cadre d\u2019un po\u00e8me- ce masque affrontant le vide, cette preuve merveilleuse de la surabondance de grandeur dans toute \u0153uvre humaine. La po\u00e9sie cr\u00e9e le monde, car le monde ne devient visible qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9. C\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire de la langue qu\u2019il se met \u00e0 bouger, qu\u2019il devient un processus auquel nous prenons part. La v\u00e9ritable po\u00e9sie donne de nouvelles dimensions au monde. Elle est invitation au voyage, tout comme elle nous invite \u00e0 contempler calmement le continent myst\u00e9rieux de ce qui est en nous, elle est avant tout \u2013j\u2019ai lu \u00e7a quelque part- une \u0153uvre d\u2019amour. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb La certitude est une impression \u00e9trange. Elle remplit toutes les cavit\u00e9s du corps d\u2019une \u00e9nergie nouvelle et pr\u00e9cise les objets qui vous entourent, donne \u00e0 leur contour une nettet\u00e9 \u00e9tonnante. Le corps r\u00e9clame de l\u2019action, comme s\u2019il lui fallait sortir de lui-m\u00eame, l\u2019h\u00e9sitation n\u2019a plus de place, les sens r\u00e9cup\u00e8rent tout ce que durant longtemps ils ont laiss\u00e9 en friche. Des id\u00e9es nouvelles peuvent \u00eatre fragiles, mais elles embrasent le corps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non, ses mots n\u2019\u00e9taient pas de grands personnages. Ils rimaient bien ensemble, et pourquoi n\u2019aurait-on pas le droit de pr\u00e9senter en vers sa vie onirique, ses labeurs amoureux avort\u00e9s ? Une rime est comme un comprim\u00e9 d\u2019aspirine : quand la m\u00e9trique fonctionne, qu\u2019une ranc\u0153ur peut s\u2019accorder \u00e0 un c\u0153ur, et une t\u00eate \u00e0 une f\u00eate, alors bien des tensions se rel\u00e2chent. Au-del\u00e0, que la m\u00e9thode po\u00e9tique de mon p\u00e8re f\u00fbt l\u2019\u00e9clectisme n\u2019\u00e9tait pas un secret, m\u00eame pour lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><i>Le buveur de lune ; G\u00f6ran Tunstr\u00f6m ; Editions Actes Sud ; 1999. <\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un livre que j&rsquo;ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur les \u00e9tag\u00e8re de mon futur appartement et je me suis donc dis qu&rsquo;il va n\u00e9cessairement m&rsquo;apporter beaucoup. &nbsp; Apr\u00e8s avoir aval\u00e9 toutes les lunes po\u00e9tiques de la terre, l\u2019auteur Goran Tunstr\u00f6m d\u00e9verse dans ce livre \u00e0 nos pieds des id\u00e9es scintillantes, des notes de musique, des grondements, de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=156\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le buveur de lune de Goran Tunstr\u00f6m traduit par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach (Editions Actes Sud)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33,6],"tags":[],"class_list":["post-156","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-actes-sud","category-livres-lus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=156"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":408,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions\/408"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}