{"id":131,"date":"2018-10-24T20:06:00","date_gmt":"2018-10-24T18:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=131"},"modified":"2023-01-31T09:14:26","modified_gmt":"2023-01-31T08:14:26","slug":"la-femme-a-part-de-vivian-gornick-traduit-par-laetitia-devaux-editions-rivages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=131","title":{"rendered":"La femme \u00e0 part de Vivian Gornick traduit par Laetitia Devaux (Editions Rivages)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Voici une tr\u00e8s belle d\u00e9couverte faite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9mission d&rsquo;Arnaud Laporte de France Culture \u00ab <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/la-dispute\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">La Dispute<\/a> \u00bb. <\/span><\/span><\/span><\/div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Autant lever tout de suite une inqui\u00e9tude avant de vous pr\u00e9senter ce livre introspectif : les introspections me fatiguent, me d\u00e9solent. Penser que de petits ou grands bobos vont passionner le monde ! Comment ? Monsieur ou Madame a besoin de lustrer sa peine ? Ah ! C\u2019est l\u2019histoire de son grand-p\u00e8re ? Ce grand h\u00e9ros ? Je dois en plus contribuer \u00e0 asseoir son \u00ab storytelling \u00bb pour promouvoir ses ventes ? <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Non, les petits va-et-vient dans le quotidien peu passionnant des uns et des autres me fatiguent. Il y a tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9crivains qui r\u00e9ussissent cet exercice avec succ\u00e8s. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Vivian Gornick, elle, y arrive tr\u00e8s bien. Elle y arrive tr\u00e8s bien parce qu\u2019elle le fait en sortant de chez elle, et parce que c\u2019est la vie des autres qui sert de catalyseur \u00e0 ses r\u00e9flexions. \u00ab C\u2019\u00e9tait l\u00e0, dans la rue, que j\u2019emplissais mon enveloppe corporelle, que j\u2019occupais le pr\u00e9sent. \u00bb Elle plonge sa r\u00e9flexion dans le quotidien, interagit avec le passant. Le prend \u00e0 t\u00e9moin. Nous prend \u00e0 t\u00e9moin. Elle le fait en dialoguant avec son ami L\u00e9onard, un grand arpenteur de rue \u00e9galement, un homme \u00ab gay et spirituel \u00bb et leur sujet c\u2019est : \u00ab la vie non v\u00e9cue \u00bb. <!--more--><\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Pendant qu\u2019elle arpente les rues de New-York, elle nous entraine dans ses p\u00e9r\u00e9grinations et fait son bilan amoureux, son bilan amical. Son grand bilan affectif. Mais elle s\u2019attarde peu sur son propre cas. Elle observe toujours avec \u00e9tonnement les situations autour d\u2019elle. \u00ab J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me passionner non plus pour le sens, mais pour l\u2019\u00e9tonnement que constitue la vie humaine. \u00bb Et le plus \u00e9tonnant c\u2019est que moi aussi j\u2019ai aim\u00e9 trimbaler son livre \u00e0 travers Paris au cours de mes longues marches quotidiennes, lisant un passage, le refermant, me replongeant dans la foule. Et j\u2019y ai trouv\u00e9 beaucoup de phrases qui m&rsquo;interpellent, parce que les propos de Vivian Gornick sont des sujets universels : les moteurs de l\u2019amour, les moteurs de l\u2019amiti\u00e9s, et toutes les ambivalences qui les rapprochent : \u00ab En amiti\u00e9 comme en amour, la clef, c\u2019est l\u2019espoir que notre moi, \u00e0 d\u00e9faut de ce que nous avons de meilleur, s\u2019\u00e9panouisse en pr\u00e9sence de l\u2019autre\u2026Et si l\u2019envie d\u2019une intimit\u00e9 stable \u00e9tait perp\u00e9tuellement menac\u00e9e par une envie aussi forte, voire plus forte de d\u00e9stabilisation ? \u00bb<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Ce qui donne de la profondeur \u00e0 ce texte, je crois, c\u2019est qu\u2019il est \u00e9crit par une femme m\u00fbre qui reconnait d\u2019embl\u00e9e avoir l\u2019esprit tortueux. Elle ne s\u2019attarde pas tellement sur ses doutes. Elle laisse pendre des silences qui nous plongent dans nos propres r\u00e9flexions, dans nos propres doutes. Elle sch\u00e9matise les situations tout en multipliant les angles de vue. Elle alterne des sc\u00e8nes de rue qui r\u00e9sument \u00e0 elles seules 300 pages d\u2019analyse sur un divan, et des exp\u00e9riences personnelles ou celles de personnalit\u00e9s qui l\u2019ont interpell\u00e9e. Par ici, un couple \u00e9l\u00e9gant devant un h\u00f4tel \u00ab C\u2019\u00e9tait un merveilleux apr\u00e8s-midi \u00bb dit la femme ; plus tard elle rencontre une communiste qui lui confirme au sujet de cette femme en question \u00ab Selon toi que connait-elle d\u2019autre sinon de merveilleux apr\u00e8s-midi ? \u00bb. Vivian Gornick a besoin de multiplier les trajectoires physiques et les rencontres, les exp\u00e9riences observ\u00e9es, quitte \u00e0 interpeller des personnes, pour arriver \u00e0 une conclusion, pour faire \u00e9merger un sch\u00e9ma dominant. Il n\u2019y a que comme cela qu\u2019elle arrive \u00e0 avancer, \u00e0 d\u00e9nouer son esprit tortueux. Elle alimente son int\u00e9r\u00eat constant pour la \u00ab vie non v\u00e9cue \u00bb en faisant rentrer beaucoup de personnalit\u00e9s, d\u2019amis, de marginaux dans son cercle. Et L\u00e9onard qui semble \u00eatre le point non atteignable. L\u00e9onard, c\u2019est l\u2019homme avec qui elle s\u2019entend tr\u00e8s bien et qu\u2019elle ne comblera jamais. Une sorte d\u2019attraction-r\u00e9pulsion avec la m\u00eame intensit\u00e9 pour chacun les maintient \u00e0 distance pendant une p\u00e9riode de maturation d\u2019une semaine.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">L\u2019auteur Vivian Gornick diss\u00e8que souvent les relations avec un raisonnement binaire : \u00ab Il existe deux sortes d\u2019amiti\u00e9 : celle o\u00f9 l\u2019on se remonte mutuellement le moral, et celle o\u00f9 il faut avoir le moral pour voir l\u2019autre (&#8230;) J\u2019ai longtemps consid\u00e9r\u00e9 cette distinction comme une histoire de rapports individuels, puis je me suis ravis\u00e9e (\u2026) Il s\u2019agit finalement davantage, selon moi, d\u2019une question de temp\u00e9rament (\u2026) Certains \u00eatres sont plus enclins \u00e0 avoir le moral (\u2026) Les trottoirs de cette ville sont couverts de gens qui tentent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019emprisonnement de la m\u00e9lancolie pour embrasser la promesse de l\u2019espoir\u2026\u00bb (page 34). Ou alors, page 47 : \u00ab \u2026 J\u2019ai appris tr\u00e8s t\u00f4t que la vie est soit tchekhovienne, soit shakespearienne. Chez nous, il n\u2019y avait aucun doute. Ma m\u00e8re \u00e9tait allong\u00e9e sur un canap\u00e9 dans la p\u00e9nombre, un bras sur le front, l\u2019autre sur la poitrine. \u00ab Je suis seule ! \u00bb s\u2019\u00e9criait-elle. Alors, de chaque coin du logement des femmes, mais aussi des hommes, accouraient pour tenter d\u2019apaiser les angoisses d\u2019une \u00e2me qu\u2019ils avaient toujours consid\u00e9r\u00e9e comme sup\u00e9rieure\u2026 \u00bb<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Souvent elle met en sc\u00e8ne une personne marginale, retir\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 dont elle se montre assez proche. Femme \u00e0 part cherche toujours son chemin. Elle marche, arpente New-York de long en large. Puis, elle intercale entre chaque sc\u00e8ne un paragraphe court o\u00f9 elle sch\u00e9matise les relations humaines. Puis repart. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Et ainsi de sujet en sujet, elle \u00e9claircit des zones d\u2019ombre, miraculeusement.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">M\u00eame si elle navigue de situation v\u00e9cue \u00e0 situation observ\u00e9e sans liens apparents, Vivian Gornick \u00e9tablit des connections comme par exemple quand elle d\u00e9ploie l\u2019histoire d\u2019un homme bourgeois et parle de courage amoureux en diss\u00e9quant une soir\u00e9e \u00e0 l\u2019angle de Park Avenue et de la 66i\u00e8me, puis revient sur la notion de libert\u00e9 \u00e0 travers la relation entre Wharton H. James. <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">De temps en temps son raisonnement sch\u00e9matique la m\u00e8ne vers une grande v\u00e9rit\u00e9 : \u00ab J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre ce que tout le monde sait et oublie p\u00e9riodiquement : qu\u2019\u00eatre aim\u00e9 d\u2019un point de vue sexuel, c\u2019est \u00eatre aim\u00e9 non pour ce que l\u2019on est, mais sa capacit\u00e9 \u00e0 susciter le d\u00e9sir chez l\u2019autre. Si bien que les pouvoirs que Manny me conf\u00e9rait ne dureraient pas. Seule notre r\u00e9flexion ou notre intuition peut attirer de fa\u00e7on permanente, et Manny n\u2019\u00e9tait pas amoureux des miennes. Il ne les ha\u00efssait pas, mais il ne les aimait pas non plus. Elles ne lui \u00e9taient pas n\u00e9cessaires. \u00bb\u00a0<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">J\u2019ai corn\u00e9 beaucoup de pages : \u00ab Mon amiti\u00e9 avec L\u00e9onard date du jour o\u00f9 j\u2019ai invoqu\u00e9 les lois de l\u2019amour, celles qui impliquent l\u2019esp\u00e9rance. \u00ab Nous ne faisons qu\u2019un, ai-je d\u00e9cid\u00e9 peu apr\u00e8s notre rencontre. Tu es moi, je suis toi, nous avons obligation de nous soutenir. \u00bb J\u2019ai mis des ann\u00e9es \u00e0 me rendre compte que je me trompais. En r\u00e9alit\u00e9, nous sommes deux voyageurs solitaires qui arpentons p\u00e9niblement les contr\u00e9es de notre vie et nous nous rejoignons de temps \u00e0 autre \u00e0 ses confins pour un rapport sur l\u2019\u00e9tat de la fronti\u00e8re. \u00bb\u00a0<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u2019accord avec elle quand elle affirme ses jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce. \u00ab \u2026Eh bien, j\u2019en ai marre de m\u2019excuser de mes jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce. Pourquoi n\u2019aurais-je pas le droit \u00e0 des jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce ? J\u2019aime les jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce ! Ils sont rassurants. Irr\u00e9futables. Bourr\u00e9s de certitude. Je les adore !&#8230; \u00bb<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Le plus \u00e9tonnant c\u2019est que Vivian Gornick r\u00e9ussit finalement en peu de mots \u00e0 illustrer son propos sur \u00ab la vie non v\u00e9cue \u00bb qui est, je crois, le th\u00e8me central de son livre. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je la lis et sa voix particuli\u00e8re en fait une \u00e9crivaine vraiment \u00e0 part. Elle a un \u00ab sens du lieu \u00bb comme chez pas mal d\u2019\u00e9crivains am\u00e9ricains. Cette g\u00e9ographie qu&rsquo;elle parcourt lui parle avec ses rapports de force, ses contrats sociaux. Elle nous entra\u00eene dans son mouvement, son raisonnement. J\u2019aurais pu marcher \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle depuis la 67i\u00e8me jusque dans la 42i\u00e8me, en la prenant par le bras, en faisant un brin de conversation, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un vendeur d\u2019appareils \u00e9lectroniques nous assourdisse et nous s\u00e9pare. <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Vivian Gornick est une arpenteuse de rue. Elle fait partie de cette cat\u00e9gorie de personnes qui au lieu de laisser leurs pens\u00e9es se nouer entre quatre murs, pr\u00e9f\u00e8rent les voir, telle une crini\u00e8re de cheveux, se d\u00e9ployer et onduler au gr\u00e8s du courant humain. Ce sens du mouvement est peut-\u00eatre la touche qui manque aux romans introspectifs et nombrilistes fran\u00e7ais qui ont souvent une forme narrative en cercles concentriques, dont le centre est le nombril, et dont le rayon peine \u00e0 s\u2019\u00e9tendre\u2026 Avec Vivian Gornick, on est plong\u00e9 dans le monde, elle nous entraine avec elle, nous parle, et reverse le flux de ses pens\u00e9es dans nos mains tendues telles des \u00e9cuelles. Nous la suivons, nous recueillons, nous buvons ses paroles avant de nous d\u00e9verser \u00e0 notre tour dans le flux humain et d\u2019en recueillir les flux et reflux de la pens\u00e9e humaine. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">De faire un. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Un au milieu d\u2019un tout disparate et d\u00e9sordonn\u00e9. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Il me semble que ce livre rend l\u2019anonymat et la solitude des grandes villes f\u00e9conds.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 un passage qui concerne une description de New-York apr\u00e8s le 11 septembre. Les plus belles pages \u00e0 ce sujet que je n\u2019ai jamais lues.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Le hasard a voulu que je lise ce livre en m\u00eame temps que j\u2019ai relu \u00ab Mes apprentissages \u00bb de Colette. M\u00eame si je ne pense pas qu\u2019il y ait de hasard dans le choix de nos lectures. Si j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 le besoin de retourner \u00e0 Colette pendant ma lecture de Vivian Gornick, ce n\u2019est s\u00fbrement pas sans raison.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">De Colette, j\u2019ai, il me semble presque tout ce qui existe, m\u00eame un magnifique article sur Verdun\u2026 Je crois que je relie toujours Colette \u00e0 ma condition de femme. J\u2019ai re\u00e7u de Colette le go\u00fbt du f\u00e9minisme f\u00e9cond, celui d\u2019une femme qui ne s\u2019avoue pas vaincue, qui a conscience de la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre femme, et plus largement d\u2019\u00eatre un \u00eatre humain, qui s\u2019en accommode. Toujours avec une sensualit\u00e9 prononc\u00e9e. Comme si la lutte finalement se mesurait dans l\u2019accroissement de l\u2019app\u00e9tit. \u00ab Plus je savourerais, moins je m\u2019ass\u00e8cherais \u00bb, semble-t-elle nous dire. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s de ses d\u00e9buts dans la vie professionnelle et dans sa vie amoureuse, Colette a choisi d\u2019accro\u00eetre son app\u00e9tit et d\u2019enterrer son \u00e2pret\u00e9. Probablement que cela vient des jardins de sa jeunesse dans l\u2019Yonne, composante importante de sa vie \u2013 cela se \u00ab lit \u00bb \u00e0 travers ses \u00e9crits. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Ne pas perdre de vue ses sensations. Voil\u00e0 ce qui a toujours guid\u00e9 Colette. Et il y a un truc incroyable avec l\u2019accroissement des sensations, plus on y go\u00fbte, plus on en veut. Quand j\u2019avale un Colette, c\u2019est une grande goul\u00e9e, non sans noter dans un carnet les phrases, les mots les plus savoureux, les associations de mots les plus d\u00e9licieuses comme \u00ab une liaison qui\u00e8te \u00bb ou une \u00ab miraculeuse prestesse corporelle \u00bb, ou \u00ab les enchantements d\u2019une r\u00e9clusion volontaire ne sont pas que mal\u00e9fices \u00bb ou \u00ab le poison nonchalant d\u2019une salamandre allum\u00e9e d\u00e8s septembre \u00bb ou \u00ab la commissure des paupi\u00e8res en fer de fl\u00e8che \u00bb ou \u00ab le regard d\u2019un mauvais cur\u00e9 \u00bb\u2026 Avec Colette, on met des mots d\u2019une douceur incommensurable sur les \u00e2pret\u00e9s de la vie ce qui rend tout infiniment sapide ! <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Vivian Gornick, que j\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9e par ailleurs, je l\u2019ai lue par petites lamp\u00e9es. Sans tout boire d\u2019un coup. C\u2019est de l\u00e0 que vient cette compl\u00e9mentarit\u00e9, je crois. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Ces deux lectures me semblent \u00eatre faites pour marcher ensemble.<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Les deux femmes ont eu des m\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes, d\u2019ailleurs. Elles avaient un temp\u00e9rament diam\u00e9tralement oppos\u00e9. Quand l\u2019une a dout\u00e9 des capacit\u00e9s de sa fille \u00e0 s\u2019exprimer en public pour une prestation journalistique, l\u2019autre s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9e que sa fille \u2013 Sidonie Colette \u2013 n\u2019investisse trop d\u2019\u00e9nergie dans sa plume de journaliste au d\u00e9triment de sa plume de romanci\u00e8re. <\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Je finirai par ce passage de Colette dans <i>\u00ab Mes apprentissages \u00bb<\/i> : \u00ab <i>\u2026 Dans le temps de ma jeunesse, il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019esp\u00e9rer que je deviendrais \u00ab quelqu\u2019un \u00bb. Si j\u2019avais eu le courage de formuler mon espoir tout entier, j\u2019aurais dit \u00ab quelqu\u2019un d\u2019autre \u00bb. Mais j\u2019y ai vite renonc\u00e9. Je n\u2019ai jamais pu devenir quelqu\u2019un d\u2019autre. Chers exemples effr\u00e9n\u00e9s, chers conseillers n\u00e9fastes, je n\u2019aurai donc pu que vous aimer, d\u2019un amour ou d\u2019une horreur \u00e9galement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s ? Des personnages p\u00e9remptoires ont devant moi pass\u00e9, parad\u00e9 et \u00e9mis leur lumi\u00e8re, non point en vain puisqu\u2019ils demeurent agr\u00e9ables et lumineux. Mais je les ai d\u00e9courag\u00e9s. On d\u00e9courage toujours ceux qu\u2019on n\u2019imite point. L\u2019attention qui n\u2019alimente que la curiosit\u00e9 passe pour impertinence\u2026.<\/i> \u00bb<\/span><\/span><\/span><br \/><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\"><br \/><\/span><span style=\"font-family: 'times' , 'times new roman' , serif;\">Enfin pour finir, je remercie les critiques de l\u2019\u00e9mission \u00ab La Dispute \u00bb qui ce mois-ci m\u2019ont donn\u00e9 d\u2019excellents conseils de lectures ! Longue route \u00e0 cette \u00e9mission.\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; font-size: large;\"><i>La femme \u00e0 part ; Vivian Gornick ; traduit par Laetitia Devaux ; Editions Rivages ; 2018.<\/i><\/span><\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div style=\"margin: 0px 0px 13.33px; text-align: justify; text-indent: 35.4pt;\">\u00a0<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici une tr\u00e8s belle d\u00e9couverte faite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9mission d&rsquo;Arnaud Laporte de France Culture \u00ab La Dispute \u00bb. \u00a0 Autant lever tout de suite une inqui\u00e9tude avant de vous pr\u00e9senter ce livre introspectif : les introspections me fatiguent, me d\u00e9solent. Penser que de petits ou grands bobos vont passionner le monde ! Comment ? Monsieur &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=131\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La femme \u00e0 part de Vivian Gornick traduit par Laetitia Devaux (Editions Rivages)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,6],"tags":[],"class_list":["post-131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-rivages","category-livres-lus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/131"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=131"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1670,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/131\/revisions\/1670"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}