{"id":1240,"date":"2022-02-07T10:38:28","date_gmt":"2022-02-07T09:38:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1240"},"modified":"2022-06-06T17:46:48","modified_gmt":"2022-06-06T15:46:48","slug":"le-nouveau-nom-de-lamour-de-belinda-cannone-editions-stock","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1240","title":{"rendered":"Le nouveau nom de l&rsquo;amour de Belinda Cannone (Editions Stock)"},"content":{"rendered":"\n<p>Belinda Cannone qualifie de <strong>\u00ab&nbsp;phase de transition un moment o\u00f9 les conduites (comment on agit) et les repr\u00e9sentations (comment on se figure les choses) ne co\u00efncident pas. Ainsi d\u00e9faisons-nous nos couples tout en r\u00eavant d\u2019amour \u00e9ternel.&nbsp;La phase que nous traversons pr\u00e9figure selon moi une nouvelle \u00e9poque dans la conception du lien amoureux&nbsp;: je le nommerai du nouveau nom d\u2019<em>amour-d\u00e9sir<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et m\u00eame si <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019amour est la r\u00e9alit\u00e9 psychique la plus compliqu\u00e9e \u00e0 comprendre&nbsp;\u00bb<\/strong>, m\u00eame si <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019amour est relation et donc \u00e0 ce titre il est constamment soumis aux fluctuations des c\u0153urs qui cherchent \u00e0 s\u2019ajuster&nbsp;\u00bb, <\/strong>elle tente de dresser un<strong> \u00ab&nbsp;cadre g\u00e9n\u00e9ral dans lequel nous le concevons et le vivons.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant ici, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s \u00eatre repass\u00e9e par les mythes (le plus c\u00e9l\u00e8bre, celui du Banquet, la figure sph\u00e9rique s\u00e9par\u00e9e, la recherche de la part manquante, l\u2019\u00e9vidence de l\u2019amour <strong>\u00ab&nbsp;retrouvaille de l\u2019\u00eatre, \u00e0 la fois autre et soi-m\u00eame, dont on a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9 et qui seul peut \u00e9veiller notre sentiment&nbsp;<\/strong>\u00bb), &nbsp;par l\u2019\u00e9tymologie des mots (<em>Philia<\/em>, l\u2019amour paisible, <em>Eros<\/em>, l\u2019amour comme d\u00e9sir, puissance qui s\u2019empare d\u2019un \u00eatre pour le jeter vers un autre), Belinda Cannone s\u2019arme d\u2019outils, construit des mots-valises pour poursuivre son analyse et rendre au d\u00e9sir une place centrale, le d\u00e9barrasser de sa mauvaise r\u00e9putation. Elle tente de prouver que l\u2019importance accord\u00e9e au d\u00e9sir, cette aspiration qu\u2019elle constate dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, <strong>\u00ab&nbsp;cette disposition humaine digne d\u2019\u00eatre pens\u00e9e pour elle-m\u00eame, et honor\u00e9e&nbsp;\u00bb,<\/strong> &nbsp;permet de faire converger repr\u00e9sentation et conduite au sein du couple contemporain. Elle construit son argumentaire en renversant des relations de causalit\u00e9 qu\u2019elle transforme en relations de signification tout en \u00e9levant le d\u00e9sir (sa contrainte pour r\u00e9soudre son probl\u00e8me de convergence repr\u00e9sentation-conduite), ce th\u00e8me qu\u2019elle explore depuis toujours sous toutes ses formes&nbsp;; le d\u00e9sir donc, raison de vivre,  donn\u00e9e anthropologique s\u2019il faut en d\u00e9signer une qui nous donne envie de nous lever le matin ; le d\u00e9sir ressort de cet essai avec une plus grande \u00e9lasticit\u00e9, profondeur, s&rsquo;\u00e9loignant ainsi de son caract\u00e8re pulsionnel plus souvent c\u00e9l\u00e9br\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9ploie son argumentaire en dialoguant avec une rousse, bisexuelle, Gabrielle. Apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 que <strong>\u00ab\u00a0depuis que le d\u00e9sir, dont la temporalit\u00e9 n\u2019est pas celle de l\u2019amour, est devenu un ingr\u00e9dient important de la vie du couple, il en est devenu le probl\u00e8me\u00a0\u00bb,<\/strong> elle introduit ce qu\u2019elle nomme <em>l\u2019amour-d\u00e9sir<\/em>. <strong>\u00ab\u00a0Philia n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019Eros, Eros diminu\u00e9 de la composante charnelle. L\u2019amour, le grand amour, c\u2019est Eros. Ce que j\u2019appelle l\u2019amour-d\u00e9sir.\u00a0\u00bb<\/strong> Elle explique comment Eros et Philia se sont historiquement confront\u00e9s dans deux p\u00f4les oppos\u00e9s sans intersection aucune. Puis elle retrace l\u2019histoire du<strong> \u00ab\u00a0couple conjugal pour comprendre l\u2019histoire de l\u2019amour\u00a0\u00bb<\/strong>, raconte comment <strong>\u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 personnelle contre l\u2019appartenance au clan a \u00e9merg\u00e9\u00a0\u00bb <\/strong>(Shakespeare), retrace les \u00e9tapes qui ont men\u00e9 du mariage de raison au mariage d\u2019amour, \u00e9lectif, une id\u00e9e neuve\u00a0:<strong> \u00ab\u00a0La conception du couple, qui a toujours vari\u00e9 en fonction de la classe sociale d\u2019appartenance, s\u2019unifiera d\u00e9finitivement apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale\u2026 dans la bourgeoisie, une \u00ab\u00a0descente sociale\u00a0\u00bb qui se caract\u00e9rise, par exemple, par la disparition des serviteurs nombreux\u2026 l\u2019\u00e9l\u00e9vation relative de la classe ouvri\u00e8re\u00a0: ainsi se constitue une importante \u00ab\u00a0classe moyenne\u00a0\u00bb dont le mod\u00e8le, celui de la famille fond\u00e9e sur le sentiment amoureux, l\u2019intimit\u00e9 du foyer et la stricte r\u00e9partition des r\u00f4les, se r\u00e9pand dans la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb <\/strong>Elle \u00e9num\u00e8re les importantes transformations des mentalit\u00e9s au 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019exode rurale, la famille-cellule resserr\u00e9e, le <strong>\u00ab\u00a0roman et le roman-feuilleton atteignent un vaste public dont ils modifient \u00e0 la longue l\u2019imaginaire.\u00a0\u00bb,<\/strong> le divorce admis au 19<sup>\u00e8me<\/sup>, <strong>\u00ab\u00a0d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e piquante que c\u2019est le triomphe de l\u2019amour qui assure celui du divorce, et que de la possibilit\u00e9 du divorce r\u00e9sulte la ruine de l\u2019adult\u00e8re.\u00a0\u00bb <\/strong>Puis l\u2019auteur d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e qui nous semble aujourd\u2019hui naturelle selon laquelle <strong>\u00ab\u00a0l\u2019histoire de la sexualit\u00e9 et celle des femmes se d\u00e9chiffrent ensemble\u2026 mariage, d\u00e9sir, amour forment une structure dont les \u00e9l\u00e9ments sont interd\u00e9pendants. La condition des femmes en fait partie. Elle \u00e9volue du m\u00eame pas que les trois autres\u00a0: une femme plus libre r\u00e9clame qu\u2019on entende son d\u00e9sir et qu\u2019on honore son plaisir.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature, dans un mouvement d\u2019aller-retour, \u00e9difie et structure notre imaginaire amoureux, tout en contribuant \u00e0 asseoir nos mani\u00e8res concr\u00e8tes de vivre l\u2019amour.&nbsp;\u00bb <\/strong>C\u2019est bien s\u00fbr en repassant par les grands mythes, Tristan et Iseult, notre h\u00e9ritage litt\u00e9raire&nbsp;: Maupassant, Balzac, Marivaux, Moli\u00e8re, Rousseau, Flaubert, Tolsto\u00ef, ce grand r\u00e9servoir de nos repr\u00e9sentations sur l&rsquo;amour, puisque nous nous formons aussi en lisant des romans, que Belinda Cannone retrace l\u2019histoire de nos repr\u00e9sentations, les notions et valeurs morales dont on a h\u00e9rit\u00e9, celles qui sont p\u00e9rim\u00e9es. Elle introduit la temporalit\u00e9 des notions qu\u2019elle introduit, comprend quelles sont celles qui arrivent en fin de course quand les romans se multiplient sur un sujet donn\u00e9&nbsp;: on signe ainsi les derniers instants d\u2019une <strong>\u00ab&nbsp;notion expirante&nbsp;\u00bb<\/strong> . <\/p>\n\n\n\n<p>On a envie de la suivre, Belinda Cannone, m\u00eame quand certains passages nous semblent rapidement boucl\u00e9s, parce qu\u2019elle nous rappelle que <strong>\u00ab&nbsp;la question du d\u00e9sir a \u00e9t\u00e9 trop souvent n\u00e9glig\u00e9e dans la r\u00e9flexion o\u00f9 il n\u2019est trait\u00e9 que comme une cons\u00e9quence de&nbsp; l\u2019amour ou de l\u2019instinct. Cette conception disqualifiante, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente chez Platon et ardemment soutenue par les chr\u00e9tiens, incite aujourd\u2019hui encore \u00e0 d\u00e9valoriser ou \u00e0 minimiser l\u2019amour-d\u00e9sir.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;J\u2019ai dit qu\u2019au cours de l\u2019histoire la conception de l\u2019amour ne conditionnait pas les mani\u00e8res de faire couple mais en d\u00e9coulait. Ce n\u2019est peut-\u00eatre plus vrai\u2026 l\u2019amour semble s\u2019inventer en m\u00eame temps que les formes d\u2019union.&nbsp;\u00bb<\/strong> Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 les causes de la tension entre sentiment et d\u00e9sir dans le couple, Belinda Cannone s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la temporalit\u00e9 du couple et introduit ce qu\u2019elle nomme la <em>polygamie lente<\/em>. <strong>\u00ab&nbsp;La parentalit\u00e9 n\u2019exige pas qu\u2019on vive contin\u00fbment avec ses enfants&nbsp;; le mariage n\u2019est qu\u2019une des mani\u00e8res de faire couple, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Pacs, du concubinage et m\u00eame du <em>together apart<\/em>, comme dit une de mes amies qui habite \u00e0 deux p\u00e2t\u00e9s de maisons de son fianc\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/strong> Elle affirme que viendra un temps o\u00f9 ces liaisons-d\u00e9liaisons ne seront plus vues somme des \u00e9checs, mais comme la <strong>\u00ab&nbsp;respiration naturelle de la vie affective&nbsp;\u00bb <\/strong>m\u00eame si <strong>\u00ab&nbsp;il existera sans doute toujours des unions \u00ab&nbsp;pour la vie&nbsp;\u00bb\u2026 un \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb qui se d\u00e9ploie dans une rencontre continu\u00e9e. C\u2019est ce qu\u2019il (le philosophe Fran\u00e7ois Julien) nomme aussi \u00ab&nbsp;second amour&nbsp;\u00bb&nbsp;qui ouvre \u00e0 une dimension d\u2019infini.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet essai, Belinda Cannone constate des situations, d\u00e9crit de grands mouvements, et \u00ab&nbsp;d\u00e9fait&nbsp;\u00bb des id\u00e9es (ou croyances) fermement ancr\u00e9es. En particulier quand elle pointe le concept majeur du manque et l\u2019id\u00e9e de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 que ce manque engendre (Le mot d\u00e9sir d\u00e9rive du latin&nbsp;<em>desiderare<\/em>&nbsp;qui signifie <em>\u00eatre face \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9toile<\/em>). <strong>\u00ab&nbsp;Dans les d\u00e9finitions, on trouve couramment l\u2019id\u00e9e, dichotomique, que \u00ab&nbsp;dans Eros, c\u2019est le corps qui commande et pas la raison&nbsp;\u00bb&nbsp;; comme si Eros n\u2019\u00e9tait qu\u2019une manifestation du corps, une de ses tocades, et comme si la psych\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas convoqu\u00e9e par le d\u00e9sir.&nbsp;\u00bb <\/strong>Et m\u00eame si l\u2019on poss\u00e8de ce que l\u2019on d\u00e9sire, il faut que l\u2019amour dure (cet \u00e9quilibre instable entre manque et puissance).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Ainsi donc, le manque ne serait pas seulement li\u00e9 au d\u00e9sir&nbsp; de ce qu\u2019on n\u2019a pas. Il se manifesterait aussi dans la volont\u00e9 de poss\u00e9der toujours. <\/strong><strong>A Platon et ses \u00e9mules je demande&nbsp;: est-ce mal de manquer&nbsp;? Quel est le fantasme sous-jacent \u00e0 cette d\u00e9valorisation du manque&nbsp;? Celui de vivre l\u2019existence du f\u0153tus, douillettement \u00e0 l\u2019abri dans le liquide placentaire&nbsp;? La beaut\u00e9 de notre condition n\u2019est-t-elle pas au contraire de vivre constamment tendu vers autrui, vers la connaissance (notre manque \u00e0 savoir), vers le cosmos et l\u2019inconnu&nbsp;? Nous sommes des \u00eatres en mouvement et en relation, rien dans l\u2019humain ne se con\u00e7oit, ne se comprend, n\u2019est admirable hors de cette tension permanente vers l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u2013 ce qui nous manque et ce que nous d\u00e9sirons. Rechercher l\u2019\u00e9largissement est notre v\u0153u et sans doute notre grandeur, et il ne s\u2019obtient que par la mobilit\u00e9. Ce d\u00e9sir du non-manque me rappelle la fac\u00e9tieuse affichette placard\u00e9e sur le mur d\u2019un bureau o\u00f9 j\u2019avais \u00e0 faire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si vous pensez que l\u2019aventure est dangereuse, essayez la routine\u2026 Elle est mortelle.&nbsp;\u00bb Si vous pensez que le manque est douloureux, essayez l\u2019ataraxie\u2026&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le manque n\u2019est pas ce qu\u2019on croit. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme Socrate, le d\u00e9sir ne vient pas du manque mais du plein. Le manque conduit \u00e0 la m\u00e9lancolie&nbsp;: c\u2019est le deuil jamais d\u00e9pass\u00e9 qui couvre de son ombre toute l\u2019existence d\u2019un sujet, ombre \u00e0 laquelle celui-ci est attach\u00e9 comme \u00e0 sa plus s\u00fbre compagne. Le d\u00e9sir, lui, manifestation de l\u2019\u00e9nergie vitale, contient la promesse de la joie et, d\u2019embl\u00e9e, une forme d\u2019accomplissement, dans la mesure o\u00f9 il nous fait \u00e9prouver pleinement notre participation au monde. Sommes-nous jamais si vivants que dans le d\u00e9sir&nbsp;? &nbsp;\u00bb <\/strong>Apr\u00e8s la lecture de ce passage, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de faire le lien avec la litt\u00e9rature cocon, la litt\u00e9rature \u00ab&nbsp;qui fait du bien&nbsp;\u00bb, ce continent litt\u00e9raire qui grossit \u00e0 la m\u00eame vitesse que celui de l\u2019autobiographie solipsiste, nombriliste. Et bien s\u00fbr, on pense \u00e9galement \u00e0 cette quantit\u00e9 de romans ou chacun se soucie davantage de pr\u00e9server son d\u00e9sir du manque que de le satisfaire, incessants allers-retours o\u00f9 le d\u00e9sir angoisse, provoque des positions de repli, frustrations, etc. Abondance, abondance de r\u00e9cits de ce type\u2026 Une notion qui expire&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>On pourra prolonger cette r\u00e9flexion en lisant et \u00e9coutant le philosophe <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/oeuvre-le-sophiste-de-platon-de-fulcran-tesseirenc\">Fulcan Teisserenc<\/a> pour qui la d\u00e9finition du d\u00e9sir n\u2019est pas n\u00e9gative puisque le d\u00e9sir est fondamentalement intelligent au sens o\u00f9 c\u2019est parce que nous avons du d\u00e9sir finalement, nous pensons.<\/p>\n\n\n\n<p>Belinda Cannone appuie ainsi sur les verrous qui, selon elle, &nbsp;emp\u00eachent&nbsp; les repr\u00e9sentations et conduites des couples de co\u00efncider. Cet essai est particuli\u00e8rement bienvenu \u00e0 cette p\u00e9riode o\u00f9 la structure de notre soci\u00e9t\u00e9 se m\u00e9tamorphose consid\u00e9rablement. Pr\u00e9cisons que l\u2019auteur ne s\u2019int\u00e9resse pas aux <strong>\u00ab&nbsp;nouvelles conduites amoureuses, des rencontres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, de la sexualit\u00e9 de \u00ab&nbsp;consommation&nbsp;\u00bb favoris\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux, les sites de rencontres et les applications du type Tinder, de l\u2019influence du capitalisme, d\u2019une certaine fa\u00e7on \u00ab&nbsp;immature&nbsp;\u00bb de ne pas s\u2019engager qui caract\u00e9risait une frange de la jeunesse\u2026&nbsp;\u00bb <\/strong>Mais, elle tente de comprendre comment <strong>\u00ab le mod\u00e8le de l\u2019amour \u00ab&nbsp;pour toujours&nbsp;\u00bb dominant nos repr\u00e9sentations &nbsp;depuis le mariage chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb <\/strong>confronte <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019injonction \u00e0 vivre dans et avec le d\u00e9sir&nbsp;\u00bb, <\/strong>et <strong>\u00ab&nbsp;pourquoi la plupart de ceux qui \u00e9voquent le couple en parlent d\u2019un mod\u00e8le en crise et soulignent ses difficult\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une partie int\u00e9ressante se penche sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 consid\u00e9rable entre hommes et femmes qui existe encore en dehors du lit, dans notre fa\u00e7on de se mettre en relation, o\u00f9 la femme ne manifeste pas verbalement son d\u00e9sir en premi\u00e8re. B\u00e9linda Cannone rappelle \u00e9galement que l\u2019\u00e9rotisme est un langage et il me semble qu\u2019elle aborde l\u00e0 un th\u00e8me majeur trop souvent sous-estim\u00e9 tant la recherche de l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme nous en \u00e9loigne<strong>. \u00ab&nbsp;Tous les humains pratiquent d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, raffin\u00e9e ou pas, ce langage, et l\u2019on a tort de pr\u00e9tendre qu\u2019il r\u00e9v\u00e8lerait notre animalit\u00e9&nbsp;: au contraire, il en exprime le d\u00e9passement et repr\u00e9sente une pratique civilis\u00e9e par excellence. Il r\u00e9v\u00e8le notre <em>sauvagerie<\/em> \u2013 \u00e0 ne pas confondre avec l\u2019animalit\u00e9 \u2013 qui est li\u00e9e au fait qu\u2019il convoque d\u2019autres parties de la psych\u00e9 que la seule rationalit\u00e9, mais c\u2019est bien le corps-esprit tout entier qui s\u2019engage dans l\u2019\u00e9treinte \u2013 privil\u00e8ge hautement civilis\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/strong> Elle rel\u00e8ve judicieusement cette contradiction. <strong>\u00ab&nbsp;On pense souvent, comme \u00e0 la fin du XIX si\u00e8cle, quand naissait la science moderne, qu\u2019il existerait un \u00ab&nbsp;instinct de reproduction&nbsp;\u00bb et on en conclut que l\u2019activit\u00e9 sexuelle n\u2019a pour but v\u00e9ritable que la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce.&nbsp;Je me demande si l\u2019on a bien mesur\u00e9 les cons\u00e9quences d\u2019une pareille id\u00e9e&nbsp;: si, cette finalit\u00e9 reproductrice \u00e9tait la raison sous-jacente de notre d\u00e9sir, on devrait consid\u00e9rer comme perverse ou d\u00e9viante toute pratique autre que la copulation h\u00e9t\u00e9rosexuelle, et les femmes cesseraient toute activit\u00e9 sexuelle apr\u00e8s quarante ans \u2013 lorsque \u00e7a devient vraiment formidable. Quant \u00e0 cette nature qui nous&nbsp;<em>commanderait<\/em> de nous reproduire, on se demande pourquoi elle se montre silencieuse face \u00e0 la catastrophe environnementale que \u2013 si dangereusement pour la perp\u00e9tuation de l\u2019esp\u00e8ce \u2013 nous sommes en train de cr\u00e9er.&nbsp; \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un essai tr\u00e8s int\u00e9ressant qui laisse une part appr\u00e9ciable \u00e0 l\u2019intuition de l\u2019auteur, sa foi in\u00e9branlable en l\u2019\u00e9nergie vitale du d\u00e9sir, puise dans un dialogue stimulant des questions qui \u00e9claircissent le paysage, renverse des notions ancr\u00e9es, h\u00e9rit\u00e9es de nos repr\u00e9sentations historiques, met l\u2019emphase sur la structure culpabilisante de la soci\u00e9t\u00e9 et de nos croyances.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle recentre les questions f\u00e9ministes dans un d\u00e9bat plus passionnant, \u00e9met des id\u00e9es constructives. La grande force de cet essai r\u00e9side dans le fait que Belinda Cannone relie l\u2019amour et le d\u00e9sir entre eux en se penchant sur l\u2019impens\u00e9. De plus, elle rev\u00eat l\u2019amour dans le couple de son aspect naturellement et fondamentalement altruiste, et certainement est-ce une initiative heureuse dans l&rsquo;\u00e9tat actuel de notre soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9rue d\u2019amours malheureux . <strong>\u00ab&nbsp;L\u2019amour-d\u00e9sir est reconnaissance et assomption de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Il n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 l\u2019autre, ne le d\u00e9pouille ni ne le diminue, et le plaisir r\u00e9ciproque lui conf\u00e8re une beaut\u00e9 suppl\u00e9mentaire&nbsp;; ce d\u00e9sir en acte est cr\u00e9ation commune, comme une danse partag\u00e9e, une \u0153uvre \u00e0 quatre mains, deux voix, deux corps \u2013 un accroissement de l\u2019\u00eatre. En ce sens, il se distingue de la pulsion sexuelle solipsiste&nbsp;: celle-ci, qui \u00e9mane de moi-m\u00eame, m\u2019y reconduit au terme de son d\u00e9ploiement.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Probablement est-ce naturel pour un \u00e9crivain d\u2019assigner au d\u00e9sir le pouvoir absolu. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9crivain est, je crois, souvent poursuivi par une obsession (lire Faulkner, Olga Tokarczuk ou Virginia Woolf pour s\u2019en convaincre). Or l\u2019obsessionnel d\u00e9sire tous les matins (l\u2019objet du d\u00e9sir est une recherche de v\u00e9rit\u00e9). Comme le r\u00e9p\u00e8te <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1126\">Olga Tokarczuk<\/a>, l\u2019obsession a cela de bon, qu\u2019elle concentre le travail en des s\u00e9ances de recherches approfondies. Quelques \u00e9crivains passent par cet \u00e9tat, lisant des dizaines de fois un livre qui les obs\u00e8de, et y consacrent pleinement leur temps, parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Ou tournent toujours autour d\u2019un m\u00eame sujet. On se doute que la mati\u00e8re premi\u00e8re qui \u00e9mane du fond de l\u2019inconscient depuis que la psychanalyse nous aide \u00e0 \u00e9tablir des correspondances entre les diff\u00e9rentes instances psychiques qui nous d\u00e9finissent est prot\u00e9iforme. Tirer un fil encore et encore devient pour un \u00e9crivain une grande source de questionnement. Cet essai me permet de rebondir sur la question de l\u2019\u00e9criture-amour-passion (obsessionnelle) ou de l\u2019\u00e9criture-amour-d\u00e9sir qui chemine sur diff\u00e9rents sujets et <em>accouche<\/em> de diff\u00e9rents cycles. Apr\u00e8s la lecture de cet essai, je me pose la question de l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019on peut avoir de l\u2019obsession comme obstacle \u00e0 d\u00e9passer. Est-ce que l\u2019obsession et la cr\u00e9ativit\u00e9 sont reli\u00e9es par un principe de causalit\u00e9 ou une relation de signification, de connivence, l\u2019une et l\u2019autre \u00e9tant \u00e9troitement li\u00e9es. Par exemple, comment expliquerait-on qu\u2019une obsession puisse \u00eatre \u00ab&nbsp;d\u00e9pass\u00e9e&nbsp;\u00bb apr\u00e8s la production d\u2019un livre&nbsp;? Est-ce qu\u2019une \u0153uvre se compose d\u2019une ligne obsessionnelle et d\u2019autres amours-\u00e9criture-d\u00e9sir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Affaire \u00e0 suivre donc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Donn\u00e9e anthropologique majeure&nbsp;: l\u2019\u00eatre humain aime.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Corollaire&nbsp;1 <strong>:<\/strong> Donn\u00e9e anthropologique majeure&nbsp;: l\u2019\u00eatre vivant d\u00e9sire.<\/p>\n\n\n\n<p>Corollaire 2&nbsp;: Donn\u00e9e anthropologique majeure&nbsp;: l\u2019obs\u00e9d\u00e9 textuel doit \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le nouveau nom de l&rsquo;amour ; Belinda Cannone ; Editions Stock ; septembre 2020.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Belinda Cannone qualifie de \u00ab&nbsp;phase de transition un moment o\u00f9 les conduites (comment on agit) et les repr\u00e9sentations (comment on se figure les choses) ne co\u00efncident pas. Ainsi d\u00e9faisons-nous nos couples tout en r\u00eavant d\u2019amour \u00e9ternel.&nbsp;La phase que nous traversons pr\u00e9figure selon moi une nouvelle \u00e9poque dans la conception du lien amoureux&nbsp;: je le nommerai &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1240\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le nouveau nom de l&rsquo;amour de Belinda Cannone (Editions Stock)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,17,6],"tags":[],"class_list":["post-1240","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-stock","category-essais","category-livres-lus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1240"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1240"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1240\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1272,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1240\/revisions\/1272"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}