{"id":1182,"date":"2022-01-05T11:45:58","date_gmt":"2022-01-05T10:45:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1182"},"modified":"2025-03-02T12:13:35","modified_gmt":"2025-03-02T11:13:35","slug":"le-graillon-de-guillaume-deloire-editions-des-vanneaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1182","title":{"rendered":"Le graillon de Guillaume D\u00e9loire (Editions des Vanneaux)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Mon sujet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>c\u2019est ma zone d\u2019activit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>comme d\u2019autres ont leur jardin secret<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>moi j\u2019ai ma zone industrielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>mon sujet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je peux rouler dessus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>marcher errer r\u00eaver m\u2019y perdre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>quand je p\u00e9n\u00e8tre la zone, je suis comme en alerte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je vois tout<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>j\u2019entends tout<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Comment pr\u00e9server la m\u00e9moire de la vie ouvri\u00e8re, comment construire l\u2019histoire de toute zone industrielle qui disparait, en particulier apr\u00e8s cette pand\u00e9mie qui interroge notre d\u00e9pendance industrielle dans le secteur m\u00e9dical et nous confronte \u00e0 une p\u00e9nurie de masques. <\/p>\n\n\n\n<p>Sous forme d\u2019un journal tenu entre 2011 et 2016, ce recueil m\u00ealant vers libres et prose po\u00e9tique li\u00e9s par une r\u00e9sonance d&rsquo;un chapitre \u00e0 l&rsquo;autre, est un livre d\u2019utilit\u00e9 publique. C\u2019est un livre politique conduit depuis une Fiat 126. Petit-fils d&rsquo;ouvriers, Guillaume D\u00e9loire au volant, visite la zone industrielle de Gennevilliers, l\u2019avenue Louis Roche, lentement, tandis que camions et voitures la sillonnent. Liens avec nos a\u00efeux \u00a0\u2013 ceux qui ont construit nos routes, les usines Delachaux, General Motors \u2013, soudure humaine et voyage int\u00e9rieur sont les p\u00f4les d\u2019une \u00e9pop\u00e9e ethnologique conduite avec gr\u00e2ce et pr\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te sillonne l\u2019avenue Louis Roche au volant de sa voiture p\u00e9taradante qui g\u00e9mit, r\u00e9clame sa part d\u2019huile et de r\u00e9paration, parfois l\u2019envoie l\u00e0 o\u00f9 <strong>\u00ab\u00a0se c\u00f4toient la ferraille et le b\u00e9tail, huile graisses chairs et sang d\u2019origines m\u00e9caniques et animales\u00a0\u00bb<\/strong>. Redessinant un paysage fantomatique depuis son art\u00e8re principale que les camions et marginaux peuplent, le po\u00e8te bifurque, explore les hangars abandonn\u00e9s, apprivoise ses hommes soud\u00e9s par une vie d\u2019oubli\u00e9s, d\u2019ouvriers encore accoud\u00e9s au P\u00e8re qui va bien, au caf\u00e9 Europa, \u00e0 l\u2019\u00e9glise devenue la brasserie La Pagode. Il s\u2019attarde<strong> \u00ab\u00a0sur le haut de l\u2019avenue pr\u00e8s de la semoulerie\u00a0\u00bb<\/strong>\u00a0; se fait accepter par ce monde de la d\u00e9brouille, <strong>\u00ab\u00a0la femme d\u2019Arezki se rend bien compte que je pr\u00e9pare un petit h\u00e9ritage avant que plus personne ne s\u2019en souvienne, avant que plus personne n\u2019en parle\u00a0\u00bb.<\/strong> Il se nourrit \u00e0 leur table, perce leurs secrets, d\u00e9voile le sien, son projet, <strong>\u00ab\u00a0je dis photographie et po\u00e9sie, po\u00e9sie surtout\u00a0\u00bb<\/strong>, explore cette part d\u2019h\u00e9ritage qui le constitue, lui petit-fils d\u2019ouvrier,<strong> \u00ab\u00a0traque\/ l\u2019esth\u00e9tique des camions-pizza\/ les vestiges et les fant\u00f4mes\/ et sur les murs de salp\u00eatre\/ des derniers restos ouvriers de l\u2019avenue Louis Roche\/ les couchers de soleil g\u00e9ants\u00a0\u00bb.<\/strong> Il noue une relation avec un type <strong>\u00ab\u00a0bourru mais magn\u00e9tique, \u00e7a pourrait \u00eatre Jim Harrison. C\u2019est la tendresse dans son regard que je traque\u00a0\u00bb<\/strong>. Avec Micky le chaudronnier n\u00e9 \u00e0 Paris qui n\u2019a pas la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, <strong>\u00ab\u00a0si tu savais le nombre de papiers qu\u2019ils demandent pour devenir fran\u00e7ais, c\u2019est tout juste si ils te demandent pas le ticket de m\u00e9tro avec lequel t\u2019es venu pour d\u00e9poser le dossier\u00a0\u00bb, <\/strong>Nikola \u00a0qui habite maintenant une camionnette et dans d&rsquo;autres temps \u00e9tait ferrailleur, le g\u00e9rant kabyle du Caf\u00e9 Europa qui sert du b\u0153uf bourguignon avec du vin d\u2019Alg\u00e9rie. <strong>\u00ab\u00a0Les types \u00e9taient soud\u00e9s, disent-ils\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au menu\u00a0: tripes et foie. Le voyage consiste d\u2019abord \u00e0 se r\u00e9concilier avec <strong>\u00ab\u00a0la viande, les abats\u00a0 et tout \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/strong> L\u2019errance, ou du moins ce qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 de l\u2019errance se convertit en course-poursuite po\u00e9tique\u00a0: l\u2019oeil traque, la main note \u2013 toujours. L\u2019art\u00e8re explor\u00e9e brille de tous ses myst\u00e8res,<strong> \u00ab\u00a0la lumi\u00e8re tombe sur la rue\/ nous sommes dans un autre pays\u00a0\u00bb <\/strong>Le po\u00e8te renverse les normes esth\u00e9tiques. <strong>\u00ab\u00a0On prend les feuillages des arbres pour la fum\u00e9e des usines, on les confond, quand on ne tient pas dans ses mains les cartes postales, mais qu\u2019on les regarde en mauvaise qualit\u00e9 sur un \u00e9cran, on ne voit pas bien, on s\u2019imagine.\u00a0Je me suis encore perdu ce matin mais j\u2019\u00e9tais heureux, et finalement je n\u2019\u00e9tais pas bien loin de l\u00e0 o\u00f9 je voulais aller\u2026\u00bb<\/strong> Il saisit la <strong>\u00ab\u00a0lumi\u00e8re virevoltante\/ de type soleil apr\u00e8s la pluie\/ la fum\u00e9e des usines et le ciel m\u00e9tallique\u00a0\u00bb<\/strong> Le po\u00e8te s\u2019amuse, int\u00e8gre l\u2019exp\u00e9rience, puis d&rsquo;un ton burlesque \u00e9voque son \u00e9pouse <strong>\u00ab\u00a0Elise, jalouse de l\u2019avenue Louis Roche.\u00a0\u00bb<\/strong> S\u2019en suit une rencontre\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0J\u2019ai rencontr\u00e9 une rue ce matin\u2026 et m\u00eame si au bout du compte toutes les rues m\u00e8nent \u00e0 l\u2019avenue Louis Roche, ce matin j\u2019ai pris un autre chemin\u00a0\u00bb. <\/strong>Le po\u00e8te parcourt les rues non explor\u00e9es, r\u00e9alise des analogies, p\u00e9rennise son geste avec un appareil photographique, fait converger le regard d\u2019Elise avec sa qu\u00eate, met en sc\u00e8ne sa pens\u00e9e qui devient voyage \u00e9pique<strong> \u00ab\u00a0je photographie Le quartier, je photographie pour moi, je connais bien l\u2019avenue Louis Roche, mais cette rue je ne la connaissais pas.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;il y a une vie insoup\u00e7onn\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>derri\u00e8re les fa\u00e7ades qui se l\u00e9zardent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>beaucoup de logements d\u00e9sign\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>comme insalubres par la ville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>nous ne sommes plus en 2015<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>cette journ\u00e9e n\u2019a plus d\u2019\u00e2ge<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je continue il avait raison il y a de quoi faire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je parle sans crainte aux gens que je rencontre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>j&rsquo;avance \u00e0 visage d\u00e9couvert&nbsp;\u00bb<\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffirait pourtant de carreler cette vie d\u2019avant. Mais le myst\u00e8re que le carrelage recouvre n\u2019en serait pas moins pr\u00e9gnant. M\u00eame au Caf\u00e9 Portugal, tenu par des portugais, la g\u00e9rante a pleur\u00e9 devant le miroir fendu pendant la guerre par un obus, transform\u00e9 depuis par un artiste en tronc prolong\u00e9 par des grappes de raisin.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans emphase ni envol\u00e9e, la po\u00e9sie de Guillaume D\u00e9loire est une po\u00e9sie qui se tient au plus pr\u00e8s de la r\u00e9alit\u00e9 des vies ouvri\u00e8res, et rassemble des tableaux dispers\u00e9s dans des vers a\u00e9r\u00e9s ou condense ses questionnements dans une prose po\u00e9tique serr\u00e9e. Toujours avec une langue simple et m\u00e9lodieuse, un registre syntaxique au plus pr\u00e8s de ses pr\u00e9occupations, au plus pr\u00e8s de la g\u00e9ographie explor\u00e9e, son int\u00e9riorit\u00e9 et son exploration g\u00e9ographique co\u00efncidant,<strong> \u00ab\u00a0au fond de moi quelque chose me guide\u00a0\u00bb. <\/strong>Le paysage d\u00e9sol\u00e9 se remplit\u00a0; le lecteur s\u2019approprie la multitude d\u2019images de zones vite sillonn\u00e9es d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7ues, s\u2019insinue dans les \u00a0blocs rampants, entre dans le cadre cin\u00e9matographique comme dans un road-movie am\u00e9ricain, s\u2019invite dans le voyage, s&rsquo;approprie les sentiments du po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, nous partons explorer la suite, par un chemin. On d\u00e9couvre la <strong>\u00ab&nbsp;derni\u00e8re r\u00e9serve d\u2019indiens&nbsp;\u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;ici m\u2019est donn\u00e9 \u00e0 voir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ce que serait aujourd\u2019hui l\u2019avenue Louis Roche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>si elle \u00e9tait rest\u00e9e prosp\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je me d\u00e9p\u00eache et pousse la porte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>du Caf\u00e9 de l\u2019Avenue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>imp\u00e9rial, majestueux, magnifique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>comme si rien n\u2019avait boug\u00e9 depuis 1970<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je commande un noir sur le zinc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>un vieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>chapka en alpaga<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>mocassins blancs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>est assis dans un coin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je suis \u00e9bloui par la clart\u00e9 de l\u2019endroit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>les luminaires, le bouquet de fleurs jaunes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>qui dialogue avec l\u2019\u00e9paisse poign\u00e9e de porte en verre jaune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>d\u2019une autre \u00e9poque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je photographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>sans d\u2019autre autorisation que celle que je me donne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>je vante la beaut\u00e9 des lieux au patron<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>il me dit qu\u2019un film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 ici autour de mai 68<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Apr\u00e8s mai<\/em> d\u2019<em>Assayas, oui c\u2019est \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>La touche lyrique est \u00e0 rebours d\u2019une esth\u00e9tisation qui pourrait para\u00eetre artificielle, loin de la sublimation m\u00e9taphorique&nbsp;comme quand le po\u00e8te d\u00e9crit la sc\u00e8ne de l\u2019habitu\u00e9 qui \u00e9vide son avocat&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;la table \u00e0 laquelle il d\u00e9jeune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>a l\u2019air de lui \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>elle jouxte une fen\u00eatre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>qui laisse entrer une lumi\u00e8re qui rend tout superbe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>l\u2019\u00e9clat du ros\u00e9 dans le verre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>l\u2019avocat bien qu\u2019\u00e9vid\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>et cet homme et ses v\u00eatements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>comme depuis que l\u2019avocat est termin\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>tout s\u2019est immobilis\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>j\u2019en d\u00e9duis que cet homme en faisait son repas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>de l\u2019avocat&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cadrage sous un rayon de lumi\u00e8re&nbsp;: la main du po\u00e8te toujours pr\u00e9sente, p\u00e9rennise la table r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 vie. Et quand <strong>\u00ab&nbsp;un rayon de soleil\/ fait d\u2019un verre de bi\u00e8re\/ une f\u00e9\u00e9rie de no\u00ebl\/ sur le verre de bi\u00e8re\/ le liquide jaune n\u2019en finit pas de scintiller\/ je remarque que le papier peint au coucher de soleil\/ est d\u00e9doubl\u00e9 par le mur oppos\u00e9 et son large miroir\/ que le serveur regarde r\u00e9guli\u00e8rement\/ pour observer ses clients\/ plut\u00f4t que de les regarder directement<\/strong>\u00bb.&nbsp;Le po\u00e8te a la conscience de celui qui transforme comme le serveur qui observe ses clients sur fond de papier peint au coucher de soleil.&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;La lumi\u00e8re tombe sur la rue\/ nous sommes dans un autre pays&nbsp;\u00bb, <\/strong>puis la<strong> \u00ab&nbsp;rue Ars\u00e8ne Houssaye se d\u00e9tache de la carte&nbsp;\u00bb. <\/strong>Et lorsqu\u2019il retourne de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, chez les non-manuels, lorsque le po\u00e8te revient \u00e0 sa vie d\u2019employ\u00e9, qu\u2019il assiste \u00e0 un concert \u00e0 la philarmonique, le son est clair <strong>\u00ab&nbsp;presque transparent&nbsp;\u00bb<\/strong>. Encore trop empli de cette rue, le concert semble <strong>\u00ab&nbsp;glisser&nbsp;\u00bb<\/strong> sur lui. <strong>\u00ab&nbsp;Et cette fraternit\u00e9 de fortune, simple mais franche et solide dont j\u2019avais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, me rappelait les films n\u00e9o-r\u00e9alistes italiens de l\u2019apr\u00e8s-guerre que je n\u2019ai pas vu mais dont je devine l\u2019humanisme exag\u00e9r\u00e9.&nbsp;\u00bb <\/strong>Et la po\u00e9sie se charge de politique, critique l\u2019humanisme exag\u00e9r\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, dans la zone<em> Culture<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te sonde la sinc\u00e9rit\u00e9 du propos. C\u2019est une po\u00e9sie o\u00f9 le c\u0153ur est au centre, l\u2019\u00e9pure sauve ce que le langage m\u00e9diatique ensevelit, la fameuse \u00ab&nbsp;gentrification&nbsp;\u00bb. Une po\u00e9sie qui redessine le contour d\u2019une transparence perdue, donne \u00e0 voir notre pays d\u00e9form\u00e9 par la loupe m\u00e9diatique, par l\u2019\u0153il de la culture bourgeoise. Nous d\u00e9crit le brassage culturel sous l\u2019angle ouvrier, avec un regard humaniste, un regard tendre, loin du langage effusif des \u00ab&nbsp;transfuges&nbsp;\u00bb, fabriqu\u00e9 sans sinc\u00e9rit\u00e9 aucune que l\u2019on nous sert habituellement.<\/p>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie de Guillaume D\u00e9loire est au service de son sujet. A rebours d\u2019une po\u00e9sie de Vies Minuscules qui s\u2019adresse \u00e0 un lecteur savant, ici l\u2019\u00e9pure de la langue s\u2019adresse \u00e0 chacun. C\u2019est une po\u00e9sie o\u00f9 le petit-fils d\u2019ouvrier tente de r\u00e9tablir le geste solidaire avec une langue solidaire. Une langue qui construit une po\u00e9sie d\u2019attaches. Juste avant de refermer la boucle, avant ce moment d\u00e9cisif <strong>\u00ab&nbsp;qui menace d\u2019amputer ma vie d\u2019une force d\u2019amour, de rituels pr\u00e9cieux [\u2026] Madeleine va donc mourir [\u2026] ma grand-m\u00e8re va mourir et je me rends bient\u00f4t \u00e0 son chevet [\u2026] partout o\u00f9 elle allait elle conversait avec le monde, au S\u00e9n\u00e9gal ou en Tunisie par exemple, elle tenait des discours enflamm\u00e9s aux jeunes travailleurs pour qu\u2019ils d\u00e9fendent leurs droits [\u2026] Nous ne savions pas que ce serait son dernier \u00e9t\u00e9, celui de ses 97 ans.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le graillon ; Guillaume D\u00e9loire ; Editions des Vanneaux ; 2018.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Mon sujet c\u2019est ma zone d\u2019activit\u00e9 comme d\u2019autres ont leur jardin secret moi j\u2019ai ma zone industrielle mon sujet je peux rouler dessus marcher errer r\u00eaver m\u2019y perdre quand je p\u00e9n\u00e8tre la zone, je suis comme en alerte je vois tout j\u2019entends tout&nbsp;\u00bb Comment pr\u00e9server la m\u00e9moire de la vie ouvri\u00e8re, comment construire l\u2019histoire de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=1182\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le graillon de Guillaume D\u00e9loire (Editions des Vanneaux)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[52,6,11],"tags":[],"class_list":["post-1182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-des-vanneaux","category-livres-lus","category-poesie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1182"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1182"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1182\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2280,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1182\/revisions\/2280"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}