{"id":117,"date":"2019-01-17T10:47:00","date_gmt":"2019-01-17T09:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=117"},"modified":"2020-11-22T21:02:29","modified_gmt":"2020-11-22T20:02:29","slug":"ne-daucune-femme-de-frank-bouysse-editions-la-manufacture-de-livres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=117","title":{"rendered":"N\u00e9 d&rsquo;aucune femme de Frank Bouysse (Editions La manufacture de livres)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Oui, la litt\u00e9rature, c\u2019est d\u2019abord une langue, une langue propre, une voix. C\u2019est aussi une alchimie : l\u2019ambiance, le cadre, les personnages, l\u2019histoire, les th\u00e8mes abord\u00e9s. Et enfin le tout est une histoire de sensation, tout est dans les sensations ; on peut d\u00e9finir la litt\u00e9rature d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, reste ce que le corps comprend. Reste ce que nos sens nous disent, et qui, heureusement pour beaucoup d\u2019entre nous, ne mentent pas. Profitons-en donc, tant que c\u2019est possible. Tant que l\u2019on ne nous a pas \u00f4t\u00e9 ce droit. (N\u2019avez-vous pas remarqu\u00e9 que cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire est particuli\u00e8rement frustrante de ce point de vue puisque l\u2019on nous annonce que tel auteur nous comprend, nous aime, ce qui n\u2019est pas sans me rappeler le \u00ab nous le valons bien \u00bb poussif de L\u2019Or\u00e9al\u2026)<!--more-->&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Alors partant de cette constatation, somme toute simple : lisons-nous souvent des livres qui nous remuent ? Il me semble que non. Et, je peux affirmer sans prendre trop de risques que Franck Bouysse est un extraordinaire conteur de sensations \u2013 m\u00eame dans des situations particuli\u00e8rement \u00e9prouvantes \u2013 aiguiseur d&rsquo;odorat, gratteur de peau. On pourrait parler de m\u00e9taphores organoleptiques qui enserrent le corps avec une intensit\u00e9 savamment travaill\u00e9e \u00e0 mesure que la tension monte, une avalanche d&rsquo;\u00e9motions.&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Et les \u00e9motions sont exacerb\u00e9es m\u00eame quand l\u2019univers est aussi noir que noir. Franck Bouysse a un don particulier pour insuffler une myriade de sensations quand chaque protagoniste prend la parole : Rose, Edmond, On\u00e9sime &#8211; le p\u00e8re qui vend sa fille Rose. Et <b>\u00ab Elle \u00bb<\/b> la M\u00e8re. La seule qui ne parle pas \u00e0 la premi\u00e8re personne. La M\u00e8re c\u2019est l\u2019universelle grandeur. Sans nom, c\u2019est La M\u00e8re \u2013 grand r\u00f4le. Rose rejette l\u2019enfant qu\u2019elle porte, puis s\u2019\u00e9prend de son b\u00e9b\u00e9 quand elle le met au monde. Une m\u00e8re, c\u2019est un animal, qui quoiqu\u2019il arrive peut tout supporter, sauf qu\u2019on lui arrache son enfant. M\u00e8re je suis et m\u00e8re je resterai quoiqu\u2019il arrive. Chapitre apr\u00e8s chapitre, les protagonistes prennent la parole, d\u00e9crivent \u00e0 tour de r\u00f4le leurs sentiments, chacun avec sa foi, avec sa langue.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Etonnamment, quand j\u2019ai commenc\u00e9 ce livre, j\u2019ai soup\u00e7onn\u00e9 Franck Bouysse d\u2019\u00e9crire \u00e0 m\u00eame le sol, ou l\u2019oreille coll\u00e9e \u00e0 un terrier. Je l&rsquo;ai imagin\u00e9 \u00e9crire d&rsquo;une main tandis que l&rsquo;autre saisit les vibrations terrestres comme si les pulsations de la terre et des \u00eatres ne faisaient qu\u2019un. Puis j\u2019ai lu qu\u2019il enseignait la biologie et l\u2019horticulture &#8211; particularit\u00e9 int\u00e9ressante. Tout le long de ce livre, les images sont fum\u00e9es. Apr\u00e8s chaque chapitre, subsiste une odeur de for\u00eat et sous-bois comme si un chamane avait br\u00fbl\u00e9 de l\u2019encens pour donner corps \u00e0 la sc\u00e8ne, qui soyez-en s\u00fbrs vous marquera d\u2019un sceau de ferronnier. Lire Franck Bouysse revient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00eatre assis en rond autour d\u2019un feu avec un conteur qui \u00e0 chaque sc\u00e8ne jette une poudre magique sous nos yeux pour marquer nos esprits, enfoncer dans notre chair les tourments de ses protagonistes, emplir l\u2019air vici\u00e9 d\u2019une multitude de symboliques, tout en maintenant un cadre asc\u00e9tique, o\u00f9 seuls quelques instruments ou une poup\u00e9e (tr\u00e8s int\u00e9ressante sc\u00e8ne qui parle de l\u2019ambivalence du sentiment amoureux, et qui introduit par la suite une poup\u00e9e aux grands yeux faits de boutons d\u00e9pareill\u00e9s) impr\u00e8gnent notre inconscient. Et donc les pages s\u2019encha\u00eenent, se tournent sans interruption, \u00e0 la mani\u00e8re de bulles qui jaillissent d\u2019une marmite.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Alors c\u2019est vrai que j\u2019ai un app\u00e9tit prononc\u00e9 pour les auteurs de l\u2019exp\u00e9rience. Ceux qui cr\u00e9ent une ambiance, des personnages. Qui les trempent dans une substance particuli\u00e8re. Qui nous offrent une exp\u00e9rience. Celle-ci, celle que nous offre Franck Bouysse, nous laisse un go\u00fbt amer, intense, terreux ; des images qui collent ; les sc\u00e8nes nous enjoignent aussi bien \u00e0 rejoindre les berges d\u2019une rivi\u00e8re qu\u2019\u00e0 s\u2019enfoncer dans la terre.&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Et de la terre, de l\u2019odeur de la terre il est question. Avec Rose, qui ne sent pas la mousse, mais la terre. D\u00e9tail tr\u00e8s important, qui marque, vous en conviendrez. Il y a Edmond aux \u00e9paules envo\u00fbtantes et \u00e0 la l\u00e2chet\u00e9 flagrante. Il y a Elle. La M\u00e8re de Rose. Et enfin les d\u00e9mons, le ma\u00eetre et sa m\u00e8re <b>\u00ab une vieille femme maigre comme un coucou \u00bb<\/b>. Les personnages ont tous une pr\u00e9sence puissante, des traits accus\u00e9s. On imagine assez vite chacun des protagonistes. Je leur ai donn\u00e9 un visage, une allure ; je pourrais presque les dessiner tellement ils sont vivants. Ils ont tr\u00e8s peu de points communs les uns avec les autres ; chacun suit son chemin, isol\u00e9 dans sa tour, de cruaut\u00e9 ou de souffrance, d&rsquo;ind\u00e9cision, de l\u00e2chet\u00e9, de r\u00e9sipiscence. Seul le cordon de la m\u00e8re semble tisser des liens entre tous ces personnages aux personnalit\u00e9s disjointes ; chacun roule, comme un rocher sans que jamais sa fronti\u00e8re ne se d\u00e9forme.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Quant aux descriptions de paysages, les cadres, les pi\u00e8ces de vie, d\u00e9peints avec sobri\u00e9t\u00e9, ce sont des endroits silencieux ; le ch\u00e2teau empli de tristesse, froid. Une table, un pichet, une \u00e9cumoire ; le mobilier est bruyant, les rares objets sont loquaces. L\u2019auteur bombe le r\u00e9cit de contours inqui\u00e9tants insufflant \u00e0 un d\u00e9cor asc\u00e9tique de granit et de terre retourn\u00e9e, une inqui\u00e9tante \u00e9paisseur. Une atmosph\u00e8re riche, grouillante de malheur, de sombres pr\u00e9sages. Plus loin, derri\u00e8re les enceintes hautes et infranchissables de ces lieux, chateau, asile, un cours d&rsquo;eau. Un rayon de soleil qui fait scintiller cette eau.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Ce roman est noir et parfois les sc\u00e8nes sont particuli\u00e8rement \u00e9prouvantes, mais m\u00eame quand les sc\u00e8nes sont dures, l\u2019issue de secours se situe toujours dans l\u2019imaginaire. C\u2019est cet effet gigogne du livre dans le livre, c\u2019est cette exp\u00e9rience d\u2019\u00e9crivain finalement que Franck Bouysse nous fait vivre. Il nous d\u00e9montre que pour \u00e9chapper aux actes barbares dont la vie n\u2019est pas avare, seule l\u2019imagination sauve. Il illustre ainsi son propos avec Artemis, un cheval que Rose monte une fois hiss\u00e9e par Edmond. Il parle de cette image unique, l\u2019unique image que chacun peut choisir de porter pour affronter les situations difficiles ; cette unique image qui telle un talisman, par la force de l\u2019imagination, peut sauver du gouffre, quand on s\u2019en approche.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Je ne d\u00e9voilerai pas la fin magistrale mais je signalerai juste que le d\u00e9but d\u00e9marre avec la description de l\u2019odeur que d\u00e9gage Rose telle que d\u00e9crite par Edmond, son amoureux : <b>\u00ab Elle sent pas la mousse. Elle sent la terre juste retourn\u00e9e. \u00c7a lui va bien\u2026 \u00bb<\/b>. Cette phrase m\u2019a beaucoup marqu\u00e9e et accompagn\u00e9e pendant tout le r\u00e9cit. Et la mousse r\u00e9appara\u00eet \u00e0 la fin avec un tr\u00e8s beau passage quand Rose \u00e9voque des initiales grav\u00e9es sur <b>\u00ab un rocher que des gens regarderont des fois en passant, en se demandant qui \u00e9taient les gens derri\u00e8re les initiales. Et peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019ils les verront pas, parce que la mousse les aura recouvertes&#8230; C&rsquo;est terrible de me dire qu&rsquo;il y a rien qui me rappelle dehors, \u00e0 part ces initiales dans la pierre&#8230; Il n&rsquo;y a que ce qu&rsquo;on partage qui existe vraiment\u2026 \u00bb<\/b> (page 267). Ces initiales, tels des embryons de mots, des mots laiss\u00e9s pour morts au bord d\u2019une route. Mots ressuscit\u00e9s. Et c\u2019est Rose qui nous en parle. Des mots, de leur musique, de leur insuffisance. Rose qui s\u2019est empar\u00e9e d\u2019un crayon et d\u2019un cahier pour nous raconter son histoire. L\u2019auteur nous livre ici peut-\u00eatre son rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Il nous parle de l\u2019enfantement des mots, de ce qui les rend vivants. De ce qui reste de nous apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9criture <b>\u00ab ils sont de la nourriture pour ce qui s\u2019envolera de mon corps \u00bb sont les mots prononc\u00e9s par Rose \u00e0 qui on a arrach\u00e9 un b\u00e9b\u00e9. Rose, d\u00e9membr\u00e9e affectivement se saisit des mots. Par la suite, Rose parle des mots qui offrent un nouveau chemin \u00ab Ces mots je voudrais les emmener jusqu\u2019au bout, grav\u00e9s dans les feuilles de mon cahier, bien mieux que des initiales sur un rocher\u2026 \u00bb <\/b>S\u2019ensuit le r\u00e9sultat qui n\u2019est qu\u2019illusion tant l\u2019attente apr\u00e8s le tourbillon lib\u00e9rateur est \u00e9norme : <b>\u00ab \u2026il n\u2019y a rien \u00e0 faire, ces mots me servent \u00e0 rien. \u00bb<\/b>. Mais reste, incontestablement, l\u2019\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e pour rester en vie, la m\u00e9taphysique des mots. Rose dit au sujet de son p\u00e8re mort qui tenait un cahier de compte <b>\u00ab C\u2019\u00e9tait pas un violent mon p\u00e8re\u2026 Aujourd\u2019hui je regrette qu\u2019il ait pas eu plus de violence en lui. Peut-\u00eatre qu\u2019alors il aurait pu davantage r\u00e9sister au ma\u00eetre \u00bb<\/b>. (page 269)<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">A lire donc absolument. Je dois avouer, que trois sc\u00e8nes dures, particuli\u00e8rement bien racont\u00e9es, m\u2019ont \u00e9mue au point que j\u2019ai d\u00fb lire un peu en diagonal, 3 ou 4 pages. Bon, \u00e7a m\u2019arrive de temps en temps avec Pascal Quignard \u00e9galement. C\u2019est le probl\u00e8me avec les bons auteurs qui abordent la frange douloureuse de l\u2019existence humaine\u2026&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Derni\u00e8re remarque amusante. Cette Rose s\u2019est m\u00eal\u00e9e dans mon esprit \u00e0 la Rose h\u00e9ro\u00efque d\u2019Agn\u00e8s Desarthe d\u2019\u00ab <a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/#\">un c\u0153ur changeant<\/a> \u00bb. Beau pr\u00e9nom d\u2019h\u00e9ro\u00efne malheureuse pour un conte initiatique ! Et comme dans le livre de Desarthe, il y a de tr\u00e8s beaux passages qui d\u00e9crivent le nouveau-n\u00e9, personnage souvent oubli\u00e9 en litt\u00e9rature, et c\u2019est bien dommage.&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">J&rsquo;ai lu ce livre gr\u00e2ce \u00e0 Christophe Claro, que je tiens \u00e0 remercier pour cette excellente d\u00e9couverte. Je d\u00e9couvre l\u00e0 un tr\u00e8s bel auteur, un livre dont j&rsquo;ai corn\u00e9 beaucoup de pages. Un livre que je range \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mes Marcus Malte.&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">Quelques beaux passages m\u00eame s\u2019il est difficile d\u2019\u00eatre exhaustif :<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>&nbsp;<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab La lune brillait comme un soleil sur fond noir, un soleil femelle qui aurait accouch\u00e9 de petits \u00e9clats brillants \u00e9parpill\u00e9s un peu partout autour de lui, comme un immense troupeau d\u2019enfants veill\u00e9 par une m\u00e8re immobile incapable d\u2019amour. \u00bb&nbsp;<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab De toute son existence, il n\u2019avait jamais vu un oiseau reculer. Seuls les animaux terrestres s\u2019y r\u00e9solvaient en maintes occasions, \u00e0 croire que le contact avec la terre posait d\u00e9j\u00e0 la question de savoir s\u2019il \u00e9tait vain ou non de s\u2019en arracher entre deux pas. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>&nbsp;<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab Nos bouches r\u00e9unies pour la premi\u00e8re fois, c&rsquo;est comme le premier vol d&rsquo;oies sauvages au printemps avant que le ciel se remplisse d&rsquo;oiseaux qui s&rsquo;en vont l\u00e0 o\u00f9 ils doivent aller depuis toujours, l\u00e0 o\u00f9 il y a du soleil. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab C&rsquo;est tout le probl\u00e8me des bonnes gens, ils savent pas quoi faire du malheur des autres. S&rsquo;ils pouvaient en prendre un bout en douce, ils le feraient, mais \u00e7a fonctionne pas comme \u00e7a, personne peut attraper le malheur de quelqu&rsquo;un, m\u00eame pas un bout, juste imaginer le mal \u00e0 sa propre mesure, c&rsquo;est tout. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>&nbsp;<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab Je crois pas qu&rsquo;elle m&rsquo;\u00e9coutera sans preuve. Elle a l&rsquo;air fut\u00e9e, mais en m\u00eame temps trop fi\u00e8re pour que \u00e7a lui serve \u00e0 quelque chose. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>&nbsp;<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><b>\u00ab J&rsquo;ai repens\u00e9 \u00e0 Edmond toute la nuit, \u00e0 ses \u00e9paules, \u00e0 ses yeux quand ils s&rsquo;\u00e9taient promen\u00e9s sur moi, comme s&rsquo;ils cherchaient quelque chose, et que justement \u00e7a l&rsquo;amusait de ne pas le trouver facilement. Il m&rsquo;est venu en m\u00e9moire ce moment o\u00f9 j&rsquo;avais machinalement resserr\u00e9 d&rsquo;une main le haut de mon calicot, et que ma poitrine \u00e9tait remont\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait pas de la g\u00eane ; plut\u00f4t un moyen comme un autre de lui montrer ce que je pouvais devenir pour lui sans le savoir moi-m\u00eame. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: georgia;\"><i>N\u00e9 d&rsquo;aucune femme ; Franck Bouysse, Editions La manufacture de livres ; Janvier 2019.<\/i><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Oui, la litt\u00e9rature, c\u2019est d\u2019abord une langue, une langue propre, une voix. 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