{"id":114,"date":"2019-02-07T21:42:00","date_gmt":"2019-02-07T20:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=114"},"modified":"2023-08-24T15:31:21","modified_gmt":"2023-08-24T13:31:21","slug":"le-fusil-de-chasse-de-yasushi-inoue-traduit-par-sadami-yokoo-sanford-goldstein-et-gisele-bernier-editions-stock","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=114","title":{"rendered":"Le fusil de chasse de Yasushi Inou\u00e9 traduit par Sadami Yoko\u00f6, Sanford Goldstein et Gis\u00e8le Bernier (Editions Stock)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-vYNAuD_tXaU\/XF1XZK4wVzI\/AAAAAAAAAdA\/zMGiZHaAcTYoRUlwkk02ZNOJkPPhmy6lgCLcBGAs\/s1600\/20190207_110443.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-vYNAuD_tXaU\/XF1XZK4wVzI\/AAAAAAAAAdA\/zMGiZHaAcTYoRUlwkk02ZNOJkPPhmy6lgCLcBGAs\/s320\/20190207_110443.jpg\" border=\"0\" \/><\/a><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif;\">Voici un petit bijou de concision, d\u2019une fluidit\u00e9 et d\u2019une douceur indescriptible qui exalte les ab\u00eemes sombres de l\u2019\u00e2me. Ce texte est une fabuleuse illustration de la puissance sensorielle du plaisir coupl\u00e9 \u00e0 la douleur. C\u2019est un livre dont j\u2019ai envie de vous parler depuis un bon moment, un monument litt\u00e9raire au Japon et peut-\u00eatre injustement m\u00e9connu en France.<\/span><\/span><\/p>\n<p>Le sujet trait\u00e9 est relativement banal, un sujet souvent explor\u00e9 en litt\u00e9rature, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019adult\u00e8re ; mais ici, il est trait\u00e9 de fa\u00e7on magistrale, peut-\u00eatre m\u00eame parfaite. <b>\u00ab Le fusil de chasse \u00bb<\/b> retrace l\u2019histoire des liaisons amoureuses d\u2019un chasseur solitaire qui re\u00e7oit trois lettres : une lettre de son \u00e9pouse, une de son amante \u00e9crite juste avant son suicide, une de la fille de cette derni\u00e8re qui d\u00e9couvre la liaison de sa m\u00e8re en lisant son journal intime.<\/p>\n<p><!--more-->La lettre la plus violente est celle de l\u2019\u00e9pouse mal aim\u00e9e. Elle raconte son histoire avec un calme stup\u00e9fiant, un calme criant de rage, d\u2019une violence inou\u00efe ; elle crie la douleur de n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e par son mari comme elle l\u2019a aim\u00e9. Elle a toute sa vie esp\u00e9r\u00e9 un coup de feu qui n\u2019est jamais arriv\u00e9, toujours contempl\u00e9e par son mari telle une coupe de porcelaine. <b>\u00ab Toi qui \u00e9tait capable de tuer un faisan ou une tourterelle avec ton fusil de chasse, que ne pouvais-tu me tuer avec une d\u00e9charge en plein c\u0153ur ? Si tu me trompais aussi manifestement, que ne me trompais-tu de fa\u00e7on plus cruelle, totale ? \u00bb<\/b> Un jour, pourtant, un jour elle esp\u00e8re, elle le surprend occup\u00e9 de son fusil, elle l\u2019aper\u00e7oit point\u00e9 sur son dos par le reflet de la vitre ; mais aussit\u00f4t qu\u2019elle tourne la t\u00eate et le fixe, il d\u00e9tourne le canon.<\/p>\n<p>Charg\u00e9 de symboliques, ce livre se d\u00e9ploie autour du fusil de chasse, m\u00e9taphore du sentiment amoureux. Le serpent \u00e9galement. Le serpent, c\u2019est le d\u00e9mon que chaque corps abrite, que chacun de nous abrite. C&rsquo;est le d\u00e9mon selon la symbolique chr\u00e9tienne \u2013 Yasushi Inou\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la traduction anglaise en 1900 du<b> \u00ab voyage en Orient \u00bb<\/b> fait par le moine franciscain Guillaume de Rubrouck dans un recueil de nouvelles <b>\u00ab La mort, l\u2019amour et les vagues \u00bb<\/b> \u2013 s\u2019agite quand le besoin d\u2019\u00eatre aim\u00e9 est plus fort que tout. La lettre aussi, peut \u00e9galement \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un coup de feu ; elle apporte un soulagement \u00e0 celui qui l\u2019exp\u00e9die, \u00e0 l\u2019\u00e9pouse tromp\u00e9e pendant treize ans. La lettre de l\u2019amante qui a tant aim\u00e9 et tant \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e, qui finit par mourir, en est aussi l\u2019illustration : sa lettre se d\u00e9ploie, incandescente, flambe et vit au-del\u00e0 de la mort. Yasushi Inou\u00e9 nous raconte \u00e9galement la perversion qui entretient le sentiment amoureux. L\u2019amante \u00e9crit : <b>\u00ab Je pensais que, si Midori-San venait \u00e0 apprendre notre amour, je devrais payer mon p\u00e9ch\u00e9 de ma mort. Mais mon bonheur y gagnait en profondeur. \u00bb<\/b> Le coup fatal, comme nous laisse entendre l\u2019amante \u00e0 la fin de sa lettre ne viendra pas de la r\u00e9v\u00e9lation de la trahison qu\u2019elle inflige \u00e0 l\u2019\u00e9pouse, son amie par ailleurs, mais de la r\u00e9ouverture d\u2019une blessure qu\u2019elle s\u2019est vue infliger des ann\u00e9es auparavant.<\/p>\n<p>Avec un art consomm\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e, Yasushi Inou\u00e9 est un auteur qui utilise les symboliques propres \u00e0 l\u2019imaginaire commun avec une \u00e9conomie de moyens extraordinaire. La fille de l\u2019amante compare l\u2019amour de sa m\u00e8re \u00e0 un presse-papier qu\u2019elle poss\u00e8de <b>\u00ab des p\u00e9tales comme raidies par le gel,\u2026 que ce f\u00fbt le printemps ou l\u2019automne, des p\u00e9tales plong\u00e9es dans la mort \u00bb<\/b>. Chaque sc\u00e8ne est cisel\u00e9e, d\u00e9pouill\u00e9e, lav\u00e9e des sentiments qui sont habituellement l\u2019apanage de la blessure amoureuse, de toutes les blessures narcissiques, tel un id\u00e9ogramme, une repr\u00e9sentation symbolique de la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est que le d\u00e9sordre moral, dans un pays o\u00f9 la frugalit\u00e9 est de mise, le d\u00e9sordre donc se r\u00e8gle avec un simple coup de fusil, une missive, ou la mort. Point d\u2019atermoiement, de prise d\u2019anxiolytique. Ni de s\u00e9ances interminables chez le psy. C\u2019est vivifiant ! Freud (que je v\u00e9n\u00e8re, nulle envie de l\u2019effacer du spectre de la litt\u00e9rature occidentale) eut \u00e9t\u00e9 malheureux si Vienne avait \u00e9t\u00e9 une enclave japonaise.<\/p>\n<p>J\u2019ai longtemps aim\u00e9 ce texte sans savoir pourquoi je l\u2019aimais tant ; et ce n\u2019est que tardivement apr\u00e8s plusieurs lectures de livres traduits du japonais, apr\u00e8s Kawabata, Kenzabur\u00f4 \u00d4\u00e9, Tanizaki, que peut-\u00eatre, nourries de tous les th\u00e8mes qui hantent la litt\u00e9rature japonaise, la honte, le secret de famille, les non-dits, j\u2019ai pu comprendre pourquoi ce texte m\u2019envo\u00fbtait et pourquoi il se d\u00e9marquait.<\/p>\n<p>Je ne saurais trop recommander la lecture de cette nouvelle d\u2019un trait. Elle se lit une fois, deux fois, plusieurs fois et \u00e0 chaque fois la magie op\u00e8re parce que le texte, tr\u00e8s court, fourmille de symboles qui nous remplissent d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e et se r\u00e9v\u00e8lent et se correspondent, se tissent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Je crois que ce r\u00e9cit est une essence, comme obtenue apr\u00e8s un processus de distillation, et donc les notes primaires, les accords, les notes de fond, les notes les plus volatiles, se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 chaque lecture avec un plaisir renouvel\u00e9.<\/p>\n<p>Sous la douceur de la plume de Yasushi Inou\u00e9, surgit, implosant de contrastes, l\u2019implacable douleur, l\u2019effroyable f\u00e9rocit\u00e9 de l\u2019homme en proie au sentiment amoureux.<\/p>\n<p>Le fusil en bandouli\u00e8re, l\u2019homme est un chasseur solitaire.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un petit bijou de concision, d\u2019une fluidit\u00e9 et d\u2019une douceur indescriptible qui exalte les ab\u00eemes sombres de l\u2019\u00e2me. Ce texte est une fabuleuse illustration de la puissance sensorielle du plaisir coupl\u00e9 \u00e0 la douleur. 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