{"id":113,"date":"2019-02-19T16:30:00","date_gmt":"2019-02-19T15:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=113"},"modified":"2020-11-22T20:59:51","modified_gmt":"2020-11-22T19:59:51","slug":"sur-les-epaules-du-fleuve-de-marco-carbocci-editions-du-heron","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=113","title":{"rendered":"Sur les \u00e9paules du fleuve de Marco Carbocci (Editions du H\u00e9ron)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n<div><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><a style=\"-webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: transparent; clear: left; color: #0066cc; float: left; font-family: Times New Roman; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; margin-bottom: 16px; margin-right: 16px; orphans: 2; text-align: center; text-decoration: underline; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\" href=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-O2rYgZRdG0o\/XGwg3tyLJnI\/AAAAAAAAAdg\/4A5Hw0MMD_YfQPqBuD5zOEkCKElp42hpQCLcBGAs\/s1600\/20190219_162812.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"cursor: move;\" src=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-O2rYgZRdG0o\/XGwg3tyLJnI\/AAAAAAAAAdg\/4A5Hw0MMD_YfQPqBuD5zOEkCKElp42hpQCLcBGAs\/s320\/20190219_162812.jpg\" width=\"320\" height=\"240\" border=\"0\" data-original-height=\"1200\" data-original-width=\"1600\" \/><\/a><\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Voici un r\u00e9cit initiatique, un de ceux qu\u2019engendre un \u00e9crivain en d\u00e9but de parcours pour voir de quelle couleur est l\u2019encre de sa plume, pour tracer sur le sable, vite, avant que la mer ne monte, le socle stable, immuable de son terrain en friche.\u00a0<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Alors pour le comprendre, pour l\u2019approcher, il faut faire l\u2019effort de s\u2019isoler. C\u2019est un livre de retraite qui se lit comme on lirait \u00ab Walden ou la vie dans les bois \u00bb. Un de ces livres qui se lisent quand on a trop bu de boissons enivrantes et que la vie para\u00eet insaisissable, quand on a travers\u00e9 une p\u00e9riode \u00e9trange et que l\u2019on a besoin de faire un \u00ab d\u00e9p\u00f4t de bilan. \u00bb<\/span><\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Le narrateur s\u2019isole dans le maquis, en Toscane. D\u00e8s les premi\u00e8res pages, Il dialogue avec son oncle qui lui parle des vip\u00e8res, nombreuses dans le coin. On devine la tentative forte d\u2019un au-del\u00e0 de cet adolescent en qu\u00eate de sens et de rem\u00e8de contre sa m\u00e9lancolie. <b>\u00ab J\u2019attendais n\u2019importe quoi, les mains sur les genoux, en fixant le grand tourbillon des \u00e9toiles et les lucioles qui voltigeaient dans le ciel et se m\u00ealaient aux \u00e9toiles. La lune paraissait \u00e9paisse et chaude et pleine de fi\u00e8vre. Et certains moments d\u2019accablement morbide et d\u2019ennui et de rage, il m\u2019arrivait de songer que je n\u2019aurais qu\u2019\u00e0 tendre la main pour toucher le bout du monde. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><b><\/b><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">De son \u00e9criture fluide qui lisse les tiraillements, les d\u00e9chirements, l\u2019exil dont il tente de s\u2019arracher puis la ligne suivante de se rapprocher, pour revenir \u00e0 la solitude dans les collines, Marco Carbocci puise sa mati\u00e8re, assemble, \u00e9coute, effectue un va-et-vient continue entre immersion et d\u00e9sertion. Puis le tourment, les cris d&rsquo;animaux sauvages le poussent vers les autres ; mais aussit\u00f4t, des autres, il n\u2019est plus question, et du chien-loup il se rapproche. Une certaine connivence avec le chien-loup, pourvu que la race humaine soit loin. Tr\u00e8s loin.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Au d\u00e9but du r\u00e9cit, il y a Valeria, <b>\u00ab le genre de fille que l\u2019on aime avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s dans les moments d\u2019insouciance. Une fille de la Toscane des palmeraies et des plages, des pelotages nocturnes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une b\u00e9cane et des d\u00e9fil\u00e9s polychromes de Luciano Benetton. Avec, en option subsidiaire, quelque chose d\u2019humide et de frais dans les moues du visage \u00bb<\/b>. Elle dispara\u00eet assez vite dans la nature. Quand le narrateur s\u2019isole dans le maquis, on est loin de l\u2019insouciance des plages et des sc\u00e8nes de films italiens avec vespa et cheveux au vent. \u00ab Je \u00bb est un jeune homme qui se cache dans les collines ; il a environ dix-huit ans et est d\u00e9serteur de l\u2019arm\u00e9e italienne. Il sort de l\u2019adolescence et il a compris l\u2019inconscience cruelle de cet \u00e2ge. Souvent, il est sujet \u00e0 une humeur m\u00e9lancolique. <b>\u00ab Alors, le temps qui filait, les gens, l\u2019avenir, le reste du monde n\u2019avaient plus aucune esp\u00e8ce d\u2019importance. C\u2019\u00e9tait comme une sorte de r\u00eave, une convalescence un peu folle et joyeuse que je faisais debout, les dents serr\u00e9es. Et \u00e7a ne pouvait pas durer. \u00bb <\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><b><\/b><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Son oncle met \u00e0 sa disposition une cabane dans laquelle il s\u2019isole dans le maquis toscan. <b>\u00ab J\u2019\u00e9crasais rapidement ma cigarette, ramenais ma tignasse en torche sur ma nuque et t\u00e2chais de regagner l\u2019enclos de ma cabane avant l\u2019obscurit\u00e9. Une fois barricad\u00e9, peinard, je retrouvais des raisons de me moquer de moi-m\u00eame. Je revenais me loger sur le seuil et je recommen\u00e7ais tout doucement \u00e0 me convaincre que j\u2019\u00e9tais seul au monde. \u00bb<\/b> Notez que l\u2019on pourrait remplacer \u00ab ma cabane \u00bb par \u00ab mon imagination \u00bb. <\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Un peu plus loin, la source o\u00f9 il est <b>\u00ab agr\u00e9able de se poser l\u00e0 un petit moment, d\u2019\u00e9couter le gazouillis du mince filet d\u2019eau claire qui courait dans la rocaille et d\u2019y tremper les deux mains, les avant-bras\u2026 Alors il semblait que le bois se peuplait subitement de milliers de vies et de couleurs et de rumeurs nouvelles. Mais l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, j\u2019\u00e9tais convaincu de percevoir au loin l\u2019approche d\u2019un de ces \u00eatres formidables et secrets qui n\u2019appartiennent qu\u2019aux maquis et aux l\u00e9gendes des vieux. C\u2019\u00e9tait un bruissement l\u00e9ger : un serpent g\u00e9ant, une araign\u00e9e monstrueuse qui me guettaient dans les buissons. Puis, c\u2019\u00e9tait irr\u00e9el et \u00e7a ne ressemblait plus \u00e0 rien. Une ombre. Un mythe. Une chose d\u2019au-del\u00e0 de la vie. Puis, c\u2019\u00e9tait les accents tr\u00e8s graves et angoissants d\u2019un violoncelle qui r\u00e9sonnaient tout proches et qui gonflaient et qui venaient \u00e0 moi pour me ma\u00eetriser \u00e0 travers la futaie. \u00bb<\/b> Ai-je besoin d\u2019insister sur la fluidit\u00e9, la tr\u00e8s belle prose de Marco Carbocci apr\u00e8s vous avoir cit\u00e9 ce passage ? Cette connivence entre la nature dans laquelle il s\u2019immerge et ses tourments, son rapport au monde, est en perp\u00e9tuel d\u00e9ploiement. Une conversation entre lui et le maquis, comme un accord\u00e9on, d\u00e9ploie sa musique, reprend son souffle, traverse les collines et les futaies, puis revient sur les sombres pr\u00e9sages, avec des sons rauques qui l\u2019assaillent, se maintiennent discr\u00e8tement \u00e9touff\u00e9s derri\u00e8re le bruissement du maquis. <b>\u00ab Le murmure du maquis continuait \u00e0 me poursuivre dans mon lit. Comme une grande chose confuse et improbable, qui \u00e9tait l\u00e0, derri\u00e8re la cloison de bois, et que je ne parvenais jamais \u00e0 saisir. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><b><\/b><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Et puis, il y a la rencontre avec la vieille Afrosina. <b>\u00ab Avec un sourire digne, et, dans les yeux, la trace d\u2019une tr\u00e8s ancienne malice. \u00bb<\/b> Une femme \u00e9tonnante, de l\u00e9gende, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 lui, lui taille les cheveux, d\u00e9clare que c\u2019est dommage qu\u2019elle ne soit pas plus jeune. <b>\u00ab Et son vieux visage chiffonn\u00e9, \u00e0 ce moment-l\u00e0, racontait une histoire tr\u00e8s ancienne et secr\u00e8te. \u00bb<\/b><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><b><\/b><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Il y en a qui disent \u00ab voir Naples et mourir \u00bb. Expression l\u00e9g\u00e8re, presque, tellement elle est galvaud\u00e9e et tellement elle est associ\u00e9e \u00e0 la beaut\u00e9 de Naples, de cette baie illumin\u00e9e, multicolore, grouillante de vies, de gens qui chahutent. Et il y a <b>\u00ab cette vie dans les collines. L\u2019histoire de la terre rouge de Toscane et de la poussi\u00e8re et du vent et des orages. Et il me semblait que tout s\u2019achevait l\u00e0. Qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre existence, d\u2019autre fuite et d\u2019autre conclusion que celles-ci. \u00bb<\/b> Il faut de cette vie-l\u00e0 au narrateur pour \u00e9prouver l\u2019instant pr\u00e9sent, extraire de sa m\u00e9lancolie le plus sombre de ses jus. Un paysage de maquis, de b\u00eates sauvages. M\u00eame celles qui piquent et qui sont mortelles. Et, il en fait l\u2019exp\u00e9rience, comme annonc\u00e9 au d\u00e9but du r\u00e9cit quand il discute avec son oncle.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Apr\u00e8s la lecture de ce tr\u00e8s beau texte, de cet ouvrage de jeunesse, je suis bien entendu curieuse de lire les autres r\u00e9cits de Marco Carbocci, certainement empreints de cette exp\u00e9rience unique qu\u2019il a v\u00e9cu dans le maquis toscan, apr\u00e8s avoir parcouru un chemin difficile, <b>\u00ab un chemin aussi droit et long et beau et difficile \u00bb<\/b>, au milieu d\u2019un paysage de collines.\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">\u00a0<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Sur les \u00e9paules du fleuve ; Marco Carbocci ; Editions du H\u00e9ron ; 2006.<\/span>\u00a0<\/i><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un r\u00e9cit initiatique, un de ceux qu\u2019engendre un \u00e9crivain en d\u00e9but de parcours pour voir de quelle couleur est l\u2019encre de sa plume, pour tracer sur le sable, vite, avant que la mer ne monte, le socle stable, immuable de son terrain en friche.\u00a0 Alors pour le comprendre, pour l\u2019approcher, il faut faire l\u2019effort &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=113\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Sur les \u00e9paules du fleuve de Marco Carbocci (Editions du H\u00e9ron)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,6],"tags":[],"class_list":["post-113","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-du-heron","category-livres-lus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/113"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=113"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":382,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions\/382"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=113"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}