{"id":111,"date":"2019-03-07T09:47:00","date_gmt":"2019-03-07T08:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=111"},"modified":"2020-11-22T20:24:31","modified_gmt":"2020-11-22T19:24:31","slug":"carlos-et-budd-ovation-et-silence-de-yves-revert-editions-verdier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=111","title":{"rendered":"Carlos et Budd, ovation et silence de Yves Revert (Editions Verdier)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"clear: both; text-align: center;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-ccW9w8e0Lj8\/XIDWljKT8NI\/AAAAAAAAAd0\/bGU_vqEIexkVHNH_Ff7rJwUU-FJcKt8JACLcBGAs\/s1600\/20190301_140730.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/4.bp.blogspot.com\/-ccW9w8e0Lj8\/XIDWljKT8NI\/AAAAAAAAAd0\/bGU_vqEIexkVHNH_Ff7rJwUU-FJcKt8JACLcBGAs\/s320\/20190301_140730.jpg\" width=\"240\" height=\"320\" border=\"0\" data-original-height=\"1600\" data-original-width=\"1200\"><\/a><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Voici l\u2019histoire d\u2019un cin\u00e9aste Budd qui a v\u00e9cu dans une maison aux cornets de glace renvers\u00e9s. Il a d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 plusieurs films \u00e0 succ\u00e8s. Son fantasme le plus cher est de porter \u00e0 l\u2019\u00e9cran la vraie vie du grand matador Carlos. C&rsquo;est ce Carlos lui-m\u00eame qui doit jouer le r\u00f4le, et<\/span><\/span> <span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Budd est pr\u00eat \u00e0 tout pour arriver \u00e0 ses fins <span style=\"background-color: transparent; color: black; display: inline; float: none; font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: 24px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u2013 <\/span>toute ressemblance avec un \u00e9crivain en qu\u00eate de son personnage est fortuite.&nbsp;<\/span><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Alors qu&rsquo;il songe \u00e0 remettre sa vie en jeu apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre retir\u00e9, c<\/span><\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">e matador lui avoue un jour \u00ab <i>j\u2019avais perdu tous mes encha\u00eenements, \u00e7a a dur\u00e9 trois ou quatre secondes et j\u2019ai cru que je n\u2019allais plus pouvoir rien rattraper.<\/i><span style=\"background-color: transparent; color: black; display: inline; float: none; font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: 24px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\"> \u00bb<i> <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"background-color: transparent; color: black; display: inline; float: none; font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: 24px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00ab <\/span><i>Il y a cet instant o\u00f9 quand il va plonger l\u2019\u00e9p\u00e9e, <\/i>dit le narrateur au sujet du matador,<i> le poids du corps sur les orteils et non sur les talons. Priv\u00e9 de presque tout contact avec le sol, il bascule en avant, t\u00eate haute, la charni\u00e8re du buste dans le prolongement, il pourrait tout aussi bien prendre son envol et dispara\u00eetre dans les airs.<\/i> \u00bb (page 126)<\/span><\/span>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Carlos est insaisissable. <!--more-->Il ne se laisse pas facilement prendre par la cam\u00e9ra de Budd, ne se laisse pas amadouer ni conqu\u00e9rir. Ni ne se lie d\u2019amiti\u00e9 avec lui. Il ose m\u00eame donner son avis, l\u2019accuse de voler la vie des autres ; mais quand il commence \u00e0 douter de lui, quand l\u2019ombre d\u2019un doute appara\u00eet, il s\u2019offre \u00e0 Budd pour finaliser le tournage et lui demande sans le regarder : <\/span><\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00ab<i> Et o\u00f9 veux-tu que je me mette pour mourir ?<\/i> \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<div><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Voici donc l\u2019histoire d\u2019un raconteur d\u2019histoire qui a r\u00e9ellement exist\u00e9, Budd Boetticher, r\u00e9alisateur de western \u00e0 Hollywood, qui traque <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XCwq1-Jt0hg\">Carlos Arruza<\/a>, le c\u00e9l\u00e8bre torero mexicain, un homme au geste s\u00fbr, admir\u00e9 de tous. Et ce r\u00e9cit nous est rapport\u00e9 par le raconteur-metteur en sc\u00e8ne Yves Revert avec une verve exceptionnelle. Avec son regard qui voit la sc\u00e8ne et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la sc\u00e8ne, le langage du corps et ce que le corps cache. Le d\u00e9cor et l\u2019envers du d\u00e9cor.<\/span><\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\">Du d\u00e9cor, des sc\u00e8nes, chemins trac\u00e9s, il est question, tout le long du livre. \u00ab <i>J\u2019ai v\u00e9cu ces journ\u00e9es avec l\u2019impression de d\u00e9ambuler dans ces labyrinthes de foire o\u00f9 \u00e0 chaque tournant, vous attendent des miroirs d\u00e9formants. Vous vous reconnaissez mais ce n\u2019est pas vous, ou l\u2019inverse. C\u2019\u00e9tait ce que cherchait Budd, \u00e0 b\u00e2tir un labyrinthe d\u2019images pour prendre la vie au pi\u00e8ge. <\/i>\u00bb Restera-t-il toujours \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de cette vraie vie qu\u2019il essaye de saisir ? \u00ab <i>Peut-\u00eatre l\u2019erreur de sa vie avait \u00e9t\u00e9 de ne pas persister \u00e0 devenir matador. <\/i>\u00bb Et c\u2019est cette histoire de prise de risque, ce basculement de la bravoure \u00e0 la faiblesse, ce passage de la vie \u00e0 la mort, ce balancement entre le d\u00e9sir et la confrontation au r\u00e9el, cet attrait pour le silence du monde et pour l\u2019ovation, qu\u2019Yves Revert explore ici, avec une \u00e9criture au plus pr\u00e8s de l\u2019action. Des corps. Les sc\u00e8nes sont d\u00e9crites comme le ferait une cam\u00e9ra. Son \u0153il d\u2019\u00e9crivain parcourt les sc\u00e8nes en diagonale, \u00e0 l\u2019horizontale, vers le haut, donnent une teinte particuli\u00e8re au r\u00e9cit de l&rsquo;auteur. Une tr\u00e8s belle d\u00e9couverte donc, pour un premier roman qui a les qualit\u00e9s d\u2019un grand roman-film. Un nouveau genre ? \u00c7a nous change de la disparition annonc\u00e9e de la fiction, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et fantasm\u00e9e !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: large;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><span style=\"font-size: large;\">Pour finir, voici quelques extraits dans la derni\u00e8re partie du livre qui d\u00e9crit la prise de vue finale o\u00f9 s\u2019alternent la vie du taureau, du matador dans l\u2019ar\u00e8ne, la prise de vue cin\u00e9matographique et le zoom sur les personnages secondaires. Cette partie est extr\u00eamement bien romanc\u00e9e. Le sentiment d\u2019attente, de puissance, la dilatation des sentiments se m\u00ealent. L\u2019\u0153il qui voit dedans et l\u2019\u0153il qui voit dehors. Tous ces effets combin\u00e9s en quelques pages donnent un texte dense, d\u2019une tr\u00e8s grande beaut\u00e9, d\u2019une coh\u00e9rence psychologique, d\u2019une violence presque lancinante ; et on se prend \u00e0 devenir taureau au milieu de l\u2019ar\u00e8ne du monde. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: large;\">\u00ab <i>L\u2019animal va se prendre dans les plis de l\u2019\u00e9toffe et s\u2019y perdre. Il est l\u00e0 et il n\u2019est plus l\u00e0. La foule voit et elle ne voit pas. Elle voit ce qu\u2019elle croit normal de voir, mais le secret reste cach\u00e9 derri\u00e8re le pan d\u2019\u00e9toffe. Elle attend la r\u00e9apparition du taureau, qu\u2019il resurgisse du tourbillon de tissu et d\u00e9cha\u00eene \u00e0 nouveau sa fureur. La b\u00eate se pr\u00e9cipite\u2026 Carlos, d\u2019un seul mouvement, capte la force du taureau et lui impose sa vitesse. Le fauve passe la cape, t\u00eate baiss\u00e9e. L\u2019instant d\u2018apr\u00e8s, les images repartent en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9\u2026 Budd ne l\u00e8ve plus la t\u00eate du viseur comme s\u2019il allait en surgir, \u00e0 force de scruter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, une image cach\u00e9e. Il lui semble entendre respirer l\u2019animal. Le poids entier de la carcasse repose sur les piliers des cuisses. Les d\u00e9coupes des muscles creusent des crevasses. Elles gonflent et se d\u00e9gonflent avec de brusques d\u00e9tentes\u2026 Ce qu\u2019il cherche \u00e0 surprendre en images, ce n\u2019est pas la mort, non, c\u2019est la seconde o\u00f9 la vie se contracte et ondule\u2026<\/i>\u00bb (pages 130-131)<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\">&nbsp;<\/span><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: 'georgia' , 'times new roman' , serif; font-size: medium;\"><i><span style=\"font-size: large;\">\u00ab\u00a0Carlos et Budd, ovation et silence\u00a0\u00bb ; Yves Revert ; Editions Verdier ; 2017.<\/span><\/i><\/span><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Voici l\u2019histoire d\u2019un cin\u00e9aste Budd qui a v\u00e9cu dans une maison aux cornets de glace renvers\u00e9s. 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