{"id":107,"date":"2019-04-19T18:06:00","date_gmt":"2019-04-19T16:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=107"},"modified":"2020-11-22T20:23:09","modified_gmt":"2020-11-22T19:23:09","slug":"le-retour-de-gustav-flotberg-de-catherine-vigourt-editions-gallimard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=107","title":{"rendered":"Le retour de Gustav Fl\u00f6tberg, de Catherine Vigourt (Editions Gallimard)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Catherine Vigourt aurait pu se lancer dans une diatribe savante et document\u00e9e sur l\u2019\u00e9tat de notre litt\u00e9rature, sur la fadeur, la fatuit\u00e9 de certains auteurs, le comique des situations. Les circonlocutions des uns et des autres pour attirer le chaland. Faire un inventaire de ce qui d\u00e9finit la vigueur \u2013 l\u2019absence surtout \u2013 d\u2019une plume. Le d\u00e9sir. Ah, la vigueur ! La vie-leurre\u2026<\/p>\n<p>Mais Catherine Vigourt aime s\u2019amuser. Elle aime les situations cocasses. Si en plus elle peut le faire en jouant avec la langue, c\u2019est encore mieux.<\/p>\n<p>Alors, prenez un roman culte, que beaucoup d\u2019entre nous ont lu plus d\u2019une fois ; prenez donc par exemple&nbsp;<i>Madame Bovary<\/i>. Plongez ce cher Monsieur Flaubert dans notre \u00e9poque moderne et flanquez-lui un agent, Nancy Erocratos, d\u2019une servilit\u00e9 sans faille devant son g\u00e9nie moderne productif \u2013 comprenez le g\u00e9nie d\u2019un \u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s qui a \u00e9crit la trilogie :&nbsp;<i>La femme qui voulait marcher dans le ciel avec des palmes<\/i>. Quelle est la question qui s\u2019impose ? La post\u00e9rit\u00e9 bien s\u00fbr ! La post\u00e9rit\u00e9 dans le cirque litt\u00e9raire d\u2019aujourd\u2019hui. Mais aussi d\u2019hier, car \u00e9videmment, il y avait aussi \u00e0 cette \u00e9poque une sc\u00e8ne litt\u00e9raire o\u00f9 la vanit\u00e9 et la bassesse \u00e9taient de mise.<\/p>\n<p><!--more-->Alors comment s\u2019y prend-elle ? Avec humour, non sans oublier d\u2019en faire un r\u00e9cit instructif. La plume de Catherine Vigourt est vive, enlev\u00e9e, sarcastique. Et puisqu\u2019il faut s\u2019y atteler, autant d\u00e9mystifier ce grand Flaubert et voir quel homme se cache derri\u00e8re le personnage. On y croise \u00e9galement Maxime Du Camp&nbsp;<b>\u00ab toujours \u00e0 son aise avec les derni\u00e8res manifestations du temps, dans sa marotte ind\u00e9crottable du progr\u00e8s. Et lui, \u00e9gar\u00e9 du si\u00e8cle d\u00e8s la naissance, aspirant \u00e0 l\u2019antique, sceptique des nouveaut\u00e9s. Ils s\u2019\u00e9taient bien engueul\u00e9s au pied des pyramides. Du Camp acharn\u00e9 sur ses n\u00e9gatifs papier et ses kilos d\u2019hyposulfite de soude raillant le pacha de Croisset pour qui aucune photographie ne valait chose v\u00e9cue. Le pire, c\u2019est que cette \u00e9poque lui donne raison, ruminait Flaubert, les ic\u00f4nes sont partout. \u00bb&nbsp;<\/b>(page 42)<\/p>\n<p>Catherine Vigourt met \u00e9galement en sc\u00e8ne l\u2019amour de Flaubert pour les statues. On peut comprendre cette fascination dans la mesure o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait chirurgien ; et \u00e0 cette \u00e9poque, les avanc\u00e9es en chirurgie \u00e9taient importantes notamment gr\u00e2ce \u00e0 la dissection (on pense \u00e0 son contemporain Charcot et l\u2019effervescence que la dissection a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans l\u2019imaginaire de certains \u00e9crivains plus tard ; pour vous en persuader, lisez ce livre de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blog\/post\/edit\/661786216807919329\/4085525055902983284?hl=fr#\" data-original-attrs=\"{&quot;data-original-href&quot;:&quot;https:\/\/lapagederita.blogspot.com\/2018\/11\/le-singe-lidiot-et-autres-gens-de-w-c.html&quot;}\">W. C. Morrow<\/a>). On y apprend \u00e9galement que Flaubert a \u00e9conduit Louise Collet avec une phrase bien tourn\u00e9e :&nbsp;<b>\u00ab Ne viens jamais ici, il nous serait topographiquement parlant impossible de nous r\u00e9unir. \u00bb<\/b>&nbsp;Superbe phrase, que je m\u2019empresse de noter au cas o\u00f9\u2026<\/p>\n<p>Dans une sc\u00e8ne particuli\u00e8rement bien vue, Catherine Vigourt r\u00e9sume en quelques lignes les romans \u00ab \u00e0 n\u00e9vrose \u00bb de l\u2019homme contemporain (ces nombreux livres que l\u2019on ouvre \u00e0 n\u2019importe quelle page et que l\u2019on repose instantan\u00e9ment dans les rayons de librairie). L\u2019auteur plante son d\u00e9cor dans les jardins du Palais-Royal.&nbsp;<b>\u00ab Des arcades dormantes, des magasins inabordables, des vendeurs de m\u00e9dailles. Des salons de th\u00e9 et des minist\u00e8res\u2026 Gustave n\u2019aimait rien\u2026 Non, je veux juste rentrer chez moi. Je t\u2019en prie, fais quelque chose, je veux rentrer chez moi. Elle lui prend la main :<br \/>\n\u2013 Il faudra que tu la gardes pour le livre, cette sc\u00e8ne, tu entends ? Travaille. Tu es chez toi o\u00f9 tu \u00e9cris. \u00bb<\/b>&nbsp;Un beau r\u00e9sum\u00e9, non ? Pour ma part, j\u2019aime particuli\u00e8rement ce trait de \u00ab plume \u00bb quand il se m\u00eale \u00e0 une histoire o\u00f9 l\u2019auteur se met en sc\u00e8ne en tant qu\u2019artiste tourment\u00e9 et s\u2019y vautre avec des phrases telles que : \u00ab ma vie m\u2019\u00e9chappe, mes yeux s\u2019enflamment, je m\u2019\u00e9puise, ce tourbillon de fi\u00e8vre, etc\u2026 \u00bb J\u2019aime beaucoup ; on atteint alors l\u00e0 une forme de parabole inconsistante du vide.<\/p>\n<p>Ce livre montre comment Du Camp et Flaubert ont v\u00e9cu chacun \u00e0 leur mani\u00e8re la reconnaissance par le public.&nbsp;<b>\u00ab Tu t\u2019attaches trop \u00e0 cette babiole de gloire. M\u00eame au pied des pyramides tu voulais des m\u00e9dailles\u2026 \u00bb<\/b>, dit Flaubert \u00e0 Du Camp. Quelques pages plus loin, la sentence tombe quand Flaubert explique \u00e0 Maxime Du Camp&nbsp;<b>\u00ab Je vais t\u2019expliquer pourquoi tu es tomb\u00e9 dans l\u2019oubli,\u2026 Regarde-toi Max : tu te trouves \u00e9patant (une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00e9crivain contemporain \u00e9patant connu ?). Tu es repu, tu n\u2019as faim de rien, comment nourrirais-tu les autres ? \u00bb&nbsp;<\/b><\/p>\n<p>Un autre passage tr\u00e8s dr\u00f4le, page 114 :&nbsp;<b>\u00ab Du Camp exulte en posant sur la table, parmi les haricots du jour, trois tomes intitul\u00e9s&nbsp;<i>L\u2019idiot de la famille<\/i>.<br \/>\n<span style=\"color: #000000;\" data-keep-original-tag=\"false\" data-original-attrs=\"{&quot;style&quot;:&quot;&quot;}\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; \u2013 &nbsp;<\/span>&nbsp;Deux mille cent trente-six pages, dix ans de travail. Ce Sartre est un binoclard assez connu qui a refus\u00e9 le prix d\u2019un fabricant de dynamite. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc une critique tr\u00e8s amusante du monde litt\u00e9raire contemporain. Du monde contemporain tout simplement. J\u2019ai franchement ri de bon c\u0153ur dans des situations cocasses, non sans exulter bien entendu. Cette romanci\u00e8re a un regard espi\u00e8gle et une plume r\u00e9jouissante et cela fait beaucoup de bien !<\/p>\n<p><i>Le retour de Gustav Fl\u00f6tberg ; Catherine Vigourt ; Editions Gallimard ; Janvier 2018.<\/i><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Catherine Vigourt aurait pu se lancer dans une diatribe savante et document\u00e9e sur l\u2019\u00e9tat de notre litt\u00e9rature, sur la fadeur, la fatuit\u00e9 de certains auteurs, le comique des situations. Les circonlocutions des uns et des autres pour attirer le chaland. 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