{"id":105,"date":"2019-05-14T09:39:00","date_gmt":"2019-05-14T07:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=105"},"modified":"2022-07-25T12:25:38","modified_gmt":"2022-07-25T10:25:38","slug":"carson-mccullers-un-coeur-de-jeune-fille-de-josyane-savigneau-editions-stock","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=105","title":{"rendered":"Carson McCullers, un coeur de jeune fille de Josyane Savigneau (Editions Stock)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><a style=\"clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;\" href=\"https:\/\/3.bp.blogspot.com\/-5csC419KPVM\/XNp-WULD3UI\/AAAAAAAAFbw\/jWp2y4n_BY8Oye3IqaE0jYZxfRBydTRSACLcBGAs\/s1600\/carson.png\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/3.bp.blogspot.com\/-5csC419KPVM\/XNp-WULD3UI\/AAAAAAAAFbw\/jWp2y4n_BY8Oye3IqaE0jYZxfRBydTRSACLcBGAs\/s320\/carson.png\" border=\"0\" \/><\/a>Dans cet essai, Josyane Savigneau se lance sur les traces de Carson McCullers, cette \u00e9tonnante fille, \u00e9crivaine pr\u00e9coce, qui a \u00e9crit un chef d\u2019\u0153uvre <i>Reflets dans un \u0153il d\u2019or<\/i> \u00e0 24 ans. Les biographies ou autobiographies ne m\u2019int\u00e9ressent en g\u00e9n\u00e9ral pas \u2013 je crois l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 dit dans ce site \u2013 et je pr\u00e9f\u00e8re lire l\u2019homme \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre que l\u2019inverse ; et ce sont les \u00e9cueils que je redoute, la surinterpr\u00e9tation, la projection de sa propre sensibilit\u00e9, de ses propres m\u00e9canismes de r\u00e9flexions que Josyane Savigneau tente d\u2019\u00e9viter dans cet essai. L\u2019\u00eatre humain est souvent enclin \u00e0 adopter les raisonnements qui ne le mettent pas mal \u00e0 l\u2019aise ; et Carson McCullers est certainement une \u00e9crivaine qui a beaucoup d\u00e9rang\u00e9, d\u2019abord parce qu\u2019elle a eu du succ\u00e8s tr\u00e8s t\u00f4t. <!--more-->Et \u00e9galement parce que les personnages de ses romans sont \u00e0 la fois \u00e9tranges et attachants. Elle sait creuser ses th\u00e8mes avec profondeur sans reculer devant leurs complexit\u00e9s, en mettant l\u2019emphase sur des personnages o\u00f9 la symbolique et la puissance nerveuse et corporelle priment, ce qui lui permet d\u2019\u00e9crire avec une certaine concision.<\/p>\n<p>A travers des t\u00e9moignages \u00e9crits, journaux, et surtout en mettant en valeur la grande coh\u00e9rence de l\u2019\u0153uvre de Carson McCullers, Josyane Savigneau dresse le portrait d\u2019une \u00e9crivaine \u00e0 la fois fragile et opini\u00e2tre. Elle s\u2019attarde sur sa vie affective, notamment dans sa relation avec Reeves, son mari, qui avait \u00e9galement des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019\u00e9crivain mais qui \u00e9tait psychologiquement tr\u00e8s fragile. Elle dresse \u00e9galement son portrait \u00e0 travers ses relations amicales et amoureuses plus ou moins tourment\u00e9es, notamment avec Anne-Marie Schwarzenbach, Tennessee Williams qui lui restera fid\u00e8le jusqu\u2019au bout, Marie Tucker son professeur de piano, Truman Capote avec qui elle entretiendra une relation conflictuelle, Otto Franck p\u00e8re d\u2019Anne Franck, et l\u2019ami de toujours Edwin Peacock. Elle revient sur le parcours de Reeves qui a rarement eu dans sa vie l\u2019occasion de percer dans un domaine quelconque et qui restera toujours dans l\u2019ombre des r\u00e9ussites flamboyantes de Carson et finira par se suicider.<\/p>\n<p>Un parcours chaotique donc, le parcours de cette \u00e9crivaine \u00e0 la sant\u00e9 fragile que l\u2019on suit dans les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa vie de jeune prodige. Ind\u00e9niablement, Carson McCullers n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 surm\u00e9diatis\u00e9e puisque l\u2019on est nombreux aujourd\u2019hui \u00e0 penser que ses \u00e9crits sont de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. Cette \u00e9tonnante fille avait un sens de l\u2019analyse et une acuit\u00e9, une vision de la litt\u00e9rature totalement intuitive, d\u2019une grande sensibilit\u00e9, comme le d\u00e9montrent de nombreux extraits dans cet essai. Elle \u00e9tait d\u2019une tr\u00e8s grande rigueur ; et la lecture de cet essai, on comprend qu\u2019elle a tout donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture m\u00eame quand son corps \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 paralys\u00e9, et ce d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 30 ans \u00e0 la suite d\u2019une maladie non diagnostiqu\u00e9e pendant son enfance. Sa connaissance musicale (Carson McCullers \u00e9tait pianiste) est tr\u00e8s apparente dans son \u0153uvre. Son sens du tissage des th\u00e8mes, avec une m\u00e9lodie de fond, des motifs implicites et explicites qui reviennent t\u00e9moignent de sa grande sensibilit\u00e9 musicale ; et un certain nombre de passages dans ce livre qui abonde en citations et extraits (dont des extraits pr\u00e9cieux d\u2019une partie non disponible au public) en t\u00e9moignent.<\/p>\n<p>Une partie tr\u00e8s int\u00e9ressante est relat\u00e9e dans le chapitre <b>\u00ab une \u00e9pouse de guerre \u00bb<\/b>, quand Reeves rejoint l\u2019Europe pendant la seconde guerre en tant qu\u2019officier. Ce chapitre est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode de la vie de Carson McCullers o\u00f9 sa souffrance morale et ses rapports avec Reeves semblent apais\u00e9s. On d\u00e9couvre qu\u2019elle a lu Clausewitz (la th\u00e9orie du \u00ab fog and friction \u00bb est certainement un concept tr\u00e8s int\u00e9ressant pour tout \u00e9crivain). On d\u00e9couvre que pendant cette p\u00e9riode elle a du mal \u00e0 \u00e9crire ; elle s\u2019\u00e9loigne de sa blessure purulente \u2013 le sentiment de solitude. Probablement la p\u00e9riode o\u00f9 le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un groupe pour chacun d\u2019eux est le plus important. Reeves, pour la premi\u00e8re fois, se sent utile et s\u2019\u00e9panouit dans son travail. Un \u00e9change de lettres t\u00e9moigne de la grande \u00ab normalit\u00e9 \u00bb de leur relation \u00e0 cette p\u00e9riode, de leur affection r\u00e9ciproque. Jacques Tournier fait une analyse compl\u00e8tement rocambolesque de cette p\u00e9riode qui est relat\u00e9e dans ce chapitre.<\/p>\n<p>Une tr\u00e8s juste analyse sur la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre et les biais des lecteurs et des critiques nous est livr\u00e9e dans le chapitre d\u00e9di\u00e9 au p\u00e9riple de Carson en Europe <b>\u00ab consid\u00e9rer Frankie Addams comme <i>le chef d\u2019\u0153uvre des chefs-d\u2019\u0153uvre<\/i> et le meilleur roman de Carson McCullers, loin devant les autres, est peut-\u00eatre une d\u00e9rive de lecteurs plus soucieux du biographique qu\u2019ils ne veulent l\u2019avouer. Ce texte est, certes, le plus clairement autobiographique\u2026 \u00bb<\/b>. Josyane Savigneau nous explique que les critiques ont re\u00e7u cette \u0153uvre de fa\u00e7on beaucoup plus favorable que <i>Reflets dans un \u0153il d\u2019or<\/i> (qui est \u00e0 mes yeux un chef d\u2019\u0153uvre). Un biais des plus classiques.<\/p>\n<p>Une partie du livre est d\u00e9volue aux probl\u00e8mes de sant\u00e9 de Carson McCullers. Des probl\u00e8mes tr\u00e8s graves puisqu\u2019elle est \u00e0 moiti\u00e9 paralys\u00e9e d\u00e8s 1947, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans. Il lui restera 20 ans \u00e0 vivre avec ce handicap. Plusieurs passages du livre d\u00e9crivent l\u2019\u00e9volution de son \u00e9tat de sant\u00e9, son extr\u00eame maigreur, son teint, son irascibilit\u00e9 et sa grande fatigue nerveuse, sa main gauche maintenue par une planche. A la douleur physique, psychologique apr\u00e8s des s\u00e9jours en h\u00f4pital dans des services de neurologie, voil\u00e0 que s\u2019installe la terreur de devenir d\u00e9finitivement d\u00e9pendante (un probl\u00e8me qui d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages la hantait).<\/p>\n<p>Dans le chapitre d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la relation de Carson McCullers et de Tennessee Williams, il y a une description tr\u00e8s fine et sensible de Sagan qui les a rencontr\u00e9s tous les deux. Elle nous apprend que Carson qui avait alors quarante ans avait <b>\u00ab des yeux bleus comme des flaques, un air \u00e9gar\u00e9, une main fix\u00e9e sur des planchettes de bois [\u2026] Mais que ce soit l\u2019homme blond aux yeux bleus et \u00e0 la moustache blonde, h\u00e2l\u00e9, qui hissait Carson McCullers dans ses bras jusqu\u2019\u00e0 sa chambre, qui l\u2019installait comme une enfant sur son double oreiller, qui s\u2019asseyait au pied de son lit et lui tenait la main jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019endorme, \u00e0 cause de ses cauchemars ;\u2026 La vie de ces deux g\u00e9nies, deux solitaires, \u2026 cette vie de rejet\u00e9s\u2026 \u00bb<\/b>, cette vie est d\u00e9crite avec beaucoup de d\u00e9tails.<\/p>\n<p>On imagine fort bien la tourmente engendr\u00e9e par la paralysie de son corps puisqu\u2019en plus de la priver de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire, ce handicap la prive \u00e9galement de la pratique du piano qu\u2019elle affectionnait tant. Une partie du livre est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 son apprentissage musical et \u00e0 sa sensibilit\u00e9 musicale ; et l\u2019on apprend qu\u2019elle affectionnait Bach \u2013 ce qui est assez coh\u00e9rent avec son \u00e9criture qui manie l&rsquo;enchev\u00eatrement des th\u00e8mes autour du th\u00e8me central avec dext\u00e9rit\u00e9. Ce sont des aspects de son travail qu\u2019elle soigne particuli\u00e8rement. Pendant son travail de mise en sc\u00e8ne de Frankie Addams, elle rel\u00e8ve avec satisfaction que quand elle travaille avec Harold Clurman, elle <b>\u00ab aime ses intuitions de metteur en sc\u00e8ne. Il a tout de suite mis \u00e0 nu le th\u00e8me principal \u2013 cette recherche d\u2019une identit\u00e9, et cette volont\u00e9 de faire partie de quelque chose -, et il a parfaitement dessin\u00e9 le contrepoint des voix autour de ce th\u00e8me&#8230; \u00bb<\/b> Les retomb\u00e9es financi\u00e8res de la pi\u00e8ce qui aura du succ\u00e8s seront importantes par ailleurs pour le couple Carson-Reeves.<\/p>\n<p>Cette paralysie physique a n\u00e9cessairement eu un impact sur son humeur puisqu\u2019en plus de la souffrance physique, elle a d\u00fb affronter l\u2019incapacit\u00e9 de se nettoyer le cerveau, de s\u2019apaiser, de sortir de sa solitude avec la pratique de cet instrument. Et la suite de son parcours se r\u00e9v\u00e8le assez sombre. A la fin de sa vie n\u00e9anmoins, Carson McCullers rencontre une psychoth\u00e9rapeute qui lui sera d\u2019une grande aide, Dr Mary Mercer. Cette derni\u00e8re d\u00e9tient encore des bandes d\u2019enregistrement des s\u00e9ances que Carson McCullers a effectu\u00e9es chez elle. Des passages de deux de ces bandes sont cit\u00e9s. Josyane Savigneau l&rsquo;a rencontr\u00e9e et celle-ci lui a livr\u00e9 ses derniers souvenirs : <b>\u00ab Elle n\u2019avait pas d\u2019\u00e2ge, Carson, seulement un d\u00e9sir fou de rester en vie. Vivre et \u00e9crire. Vivre pour \u00e9crire. C\u2019est cela que je voudrais qu\u2019on sente, qu\u2019on conserve d\u2019elle : cette immense et fondamentale volont\u00e9 de vivre. Je voudrais qu\u2019on retienne son sens de l\u2019humour, son sens du jeu, de la farce. Non seulement la volont\u00e9 de vivre, mais aussi la joie de vivre. Au plus fort de la d\u00e9tresse, elle gardait le go\u00fbt des fac\u00e9ties, elle gardait le bouclier de son rire. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>On se r\u00e9jouit d\u2019apprendre qu\u2019il y a eu un dernier sursaut de bonheur en 1967, ann\u00e9e de son d\u00e9c\u00e8s. Malgr\u00e9 l\u2019accumulation impressionnante de probl\u00e8mes de sant\u00e9, alors qu\u2019elle est alit\u00e9e depuis trois ans et attend une place \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour se faire amputer d\u2019une jambe, elle se rend en Irlande gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019invitation de John Huston, le producteur de l\u2019adaptation cin\u00e9matographique de <i>Reflet dans un \u0153il d\u2019or<\/i>. Elle arrive chez lui en ambulance et sa chambre est inond\u00e9e de fleurs de la part de tous ses admirateurs. Ce voyage, elle le d\u00e9crira comme <b>\u00ab l\u2019un des moments les plus heureux de ma vie \u00bb<\/b>. Une <a href=\"https:\/\/www.irishtimes.com\/culture\/books\/carson-mccullers-s-last-visit-to-ireland-was-full-of-illumination-and-glare-1.3333873\">photo par ici<\/a> donne un aper\u00e7u de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de Carson McCullers et de la joie intense que lui a procur\u00e9e ce voyage.<\/p>\n<p>Cette mise au point sur les difficult\u00e9s \u00e9normes qu\u2019a d\u00fb traverser Carson McCullers et la coh\u00e9rence et l\u2019extr\u00eame rigueur avec lesquelles elle a d\u00e9ploy\u00e9 ses talents d\u2019\u00e9crivaine surdou\u00e9e, est certainement un travail indispensable pour r\u00e9habiliter Carson McCullers. A la lecture des passages que cite Josyane Savigneau, on d\u00e9couvre que beaucoup de choses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites ; et elles ont eu pour effet de jeter un doute sur les r\u00e9elles capacit\u00e9s de ce jeune prodige. Certains sont all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 soup\u00e7onner que <i>Reflets dans un \u0153il d\u2019or<\/i> a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit gr\u00e2ce \u00e0 la proximit\u00e9 de Reeves, son mari, ce qui est un soup\u00e7on qui t\u00e9moigne d\u2019une tr\u00e8s mauvaise lecture, au vu de l\u2019extr\u00eame fluidit\u00e9 et de la coh\u00e9rence de ce r\u00e9cit. La premi\u00e8re page est magistrale. Et cette impulsion \u00e0 elle seule suffit \u00e0 donner une id\u00e9e de la qualit\u00e9 de ce qui va suivre*. On apprend d\u2019ailleurs au d\u00e9but de cet essai qu\u2019elle l\u2019\u00e9crit en deux mois \u00ab Pour la premi\u00e8re &#8211; et l\u2019unique fois &#8211; de sa vie, elle a le sentiment que tout est facile, que le travail se fait tout seul : <b>\u00ab J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s fatigu\u00e9e, mais je ne pouvais pas m\u2019arr\u00eater, racontera-t-elle \u00e0 Tennessee Williams, alors j\u2019ai \u00e9crit Post Army d\u2019une traite. J\u2019\u00e9crivais comme on mange des bonbons. Soudainement, tous les personnages m\u2019apparaissaient clairement\u2026 \u00bb<\/b> Plus loin Josyane Savigneau nous explique que malgr\u00e9 la multitude de t\u00e9moignages qui corroborent le fait que ce roman a surgi avec facilit\u00e9, c\u2019est le roman qui<b> \u00ab lui sera le plus contest\u00e9 : sans doute pense-t-on qu\u2019il faut un regard et un imaginaire d\u2019homme pour parler d\u2019une garnison. \u00bb<\/b> Enfin, Kafka n\u2019a jamais mis les pieds en Am\u00e9rique, et on n\u2019a jamais contest\u00e9 le fait qu\u2019il a \u00e9crit l\u2019Am\u00e9rique. J\u2019oserai m\u00eame donner mon humble avis qui est qu\u2019un \u00e9crivain s\u2019exprime mieux quand il sort de lui-m\u00eame ; et que donc quand le r\u00e9cit se situe dans des lieux qu\u2019il conna\u00eet mal, dans la peau de personnages qui lui sont ext\u00e9rieurs, il peut plus facilement lib\u00e9rer son inconscient (qui n\u2019est pas bloqu\u00e9 par des situations v\u00e9cues). Dans une de ses notes sur l\u2019\u00e9criture Carson McCullers \u00e9crit<b> \u00ab Le jaillissement prend toujours sa source dans le subconscient, et il est incontr\u00f4lable \u00bb<\/b> (chapitre II)<\/p>\n<p>Carson McCuller a donc \u00e9t\u00e9 parcourue par un moment de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture de <i>Reflets dans un \u0153il d\u2019or<\/i>. Elle a v\u00e9cu un de ces rares moments o\u00f9 la conjoncture est parfaite, o\u00f9 les th\u00e8mes se d\u00e9ploient et se tissent avec exactement la bonne r\u00e9sonance. Le th\u00e8me principal, la ligne m\u00e9lodique qui ne faiblit pas pendant tout le r\u00e9cit. Il me semble qu\u2019il y a souvent dans l\u2019architecture d\u2019une \u0153uvre un livre qui est l\u2019ultime ach\u00e8vement, celui qui a coul\u00e9 sans encombre, qui est apparu facilement. Parce que les efforts effectu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9closent au bon moment et parce que l\u2019\u00e9crivain se fie \u00e0 ses intuitions et se lib\u00e8re.<\/p>\n<p>Une partie particuli\u00e8rement int\u00e9ressante retrace l\u2019ambiance \u00e0 Brooklyn Heights dans une maison que plusieurs artistes se partageaient. Cette partie retrace le parcours de Carson McCullers dans l\u2019atmosph\u00e8re intellectuelle et les courants de pens\u00e9es de la p\u00e9riode de l\u2019avant-guerre. Les critiques auxquelles elle a d\u00fb faire face. L\u2019animosit\u00e9 qu\u2019a d\u00e9clench\u00e9e son succ\u00e8s imm\u00e9diat \u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s jeune.<\/p>\n<p>Voici donc un essai qui rend \u00e0 Carson McCullers toutes ses lettres de noblesse apr\u00e8s qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9nigr\u00e9e, voire coiff\u00e9e de tous les chapeaux grotesques de l\u2019enfant terrible, d\u00e9test\u00e9e, \u00e9go\u00efste, etc. Josyane Savigneau a men\u00e9 ce travail de recherche en ne tombant pas dans la facilit\u00e9, cette f\u00e2cheuse tendance qu\u2019ont les journalistes et critiques de vouloir expliquer une \u0153uvre en fonction de la distance qu\u2019il y a entre cette \u0153uvre et leur propre vie.<\/p>\n<p>Les auteurs qui ont influenc\u00e9s Carson McCullers sont r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9s dans cet essai avec des extraits tr\u00e8s int\u00e9ressants quand elle parle des points communs entre la litt\u00e9rature russe et la litt\u00e9rature du Sud. Dosto\u00efevski lui a <b>\u00ab ouvert les portes d\u2019un domaine immense et inconnu \u00bb<\/b>. Elle revient souvent sur son admiration pour Faulkner et en particulier pour le bruit et la fureur, <b>\u00ab probablement le plus grand roman am\u00e9ricain \u00bb<\/b>, ainsi que son admiration pour Madame Bovary. <b>\u00ab Pour la premi\u00e8re fois l\u2019\u00e9crivain \u00e9tait en accord avec sa v\u00e9rit\u00e9. \u00bb <\/b>Il n&rsquo;est pas utile d\u2019avoir lu tout Carson McCullers pour \u00eatre happ\u00e9 par cet essai. Je n\u2019ai lu pour ma part que L\u2019horloge sans aiguille et <i>Reflets dans un \u0153il d\u2019or.<\/i> Cet essai peut se lire d\u2019un trait. J\u2019ai aim\u00e9 le lire \u00ab\u00a0en \u00e9toile\u00a0\u00bb, soit en lisant ou relisant des r\u00e9f\u00e9rences que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0, soit en les achetant ou en empruntant \u00e0 la r\u00e9serve de la biblioth\u00e8que centrale les \u00e9ditions \u00e9puis\u00e9es pour le simple plaisir de m\u2019approcher un peu plus de la vie de cette extraordinaire \u00e9crivaine opini\u00e2tre.<\/p>\n<p><i>Carson Mc Cullers un Coeur de jeune fille ; Josyane Savigneau ; Editions Stock ; 1995.\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">* <i>Roman d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Anne-Marie Schwarzenbach. Ce livre d\u00e8s la premi\u00e8re page (on apprend en effet dans cet essai qu\u2019elle passait beaucoup de temps sur ces premi\u00e8res pages) annonce le th\u00e8me principal, la solitude, avec une \u00e9criture tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9e. La progression du r\u00e9cit est \u00e9galement parfaitement ma\u00eetris\u00e9e, avec au milieu, une phrase pivot : \u00ab Et ayant renonc\u00e9 \u00e0 la vie, le capitaine soudain commen\u00e7a \u00e0 vivre \u00bb. Il y a une sc\u00e8ne marquante autour d\u2019un cheval qui subit la rage du capitaine. La topologie des lieux d\u00e8s la premi\u00e8re page est remarquable : lignes rigides par contraste aux \u00e9rables frissonnants et d\u00e9licats. Le motif de l\u2019ombre qui est fra\u00eeche puis revient tr\u00e8s souvent aussi bien de fa\u00e7on explicite qu\u2019implicite est tr\u00e8s bien travaill\u00e9 tout le long du r\u00e9cit et annonc\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re page. La dilatation du temps aussi. La corr\u00e9lation entre les \u00e9v\u00e8nements \u00e0 l\u2019allure inoffensive et l\u2019intensit\u00e9 dramatique : \u00ab temps de paix\u2026 toujours semblable\u2026..exc\u00e8s de loisir\u2026drame\u2026meurtre \u00bb Tout \u00e7a en une page tout de m\u00eame. Et \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 24 ans. C\u2019est, je trouve, absolument impressionnant. Un livre qu\u2019il faut avoir lu.<\/i><\/p>\n<p><br style=\"-webkit-text-stroke-width: 0px; color: black; font-family: Georgia, &amp;quot; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\" \/><span style=\"-webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: white; color: black; display: inline !important; float: none; font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: justify; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">PS : Un tr\u00e8s utile lexique permet de rep\u00e9rer les auteurs et titres cit\u00e9s dans cet essai.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/pbs.twimg.com\/media\/D6cPu44WkAAshV4.jpg\" \/><\/p>\n<p>Carson Mccullers et Tennessee Williams c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Et Samuel Goldwyn Jr. (Source : \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb de Tennessee Williams chez Robert Laffont)<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet essai, Josyane Savigneau se lance sur les traces de Carson McCullers, cette \u00e9tonnante fille, \u00e9crivaine pr\u00e9coce, qui a \u00e9crit un chef d\u2019\u0153uvre Reflets dans un \u0153il d\u2019or \u00e0 24 ans. Les biographies ou autobiographies ne m\u2019int\u00e9ressent en g\u00e9n\u00e9ral pas \u2013 je crois l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 dit dans ce site \u2013 et je pr\u00e9f\u00e8re lire &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lapagederita.com\/?p=105\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Carson McCullers, un coeur de jeune fille de Josyane Savigneau (Editions Stock)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,17,6],"tags":[],"class_list":["post-105","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editions-stock","category-essais","category-livres-lus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=105"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1491,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions\/1491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lapagederita.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}